Pour la France, comment reconquérir le terrain perdu en Afrique ?

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Quelles sont les recettes pour profiter du réveil économique de l'Afrique ?
Quelles sont les recettes pour profiter du réveil économique de l'Afrique ? (Crédits : Reuters)
Les positions de la France sont très fragiles dans la zone Franc. L’Afrique anglophone est à conquérir. Un rapport dévoilé jeudi formule une série de pistes. Selon ses calculs, un doublement des exportations françaises vers le continent africain permettraient la création de 200.000 emplois.

Comment profiter du réveil économique africain ? Conscient de l'enjeu, le gouvernement a lancé mercredi une série de mesures dans le cadre du Forum France-Afrique à Bercy. Il a également missionné Hubert Védrine, l'ancien ministre des affaires étrangères de Lionel Jospin. Remis mercredi à Pierre Moscovici, son rapport formule une série de mesures contenues dans quinze propositions pour permettre aux entreprises de profiter des opportunités potentielles.

Lesquelles ? Les chiffres actuels sont éloquents.

"La croissance économique est depuis plus d'une décennie de 5 % par an en moyenne, juste derrière l'Asie et loin devant l'Europe : la croissance du PIB africain devrait atteindre 5,6 % en 2013 et s'élever à 6,1 % en 2014. Même si elle ne représente encore que 2 % du commerce mondial, l'Afrique a connu la plus forte croissance dans les échanges internationaux entre 2000 et 2011, avec une croissance des importations au Sud du Sahara de 16 % par an en moyenne. Par ailleurs, l'Afrique est le continent qui épargne le plus après l'Asie ; les réserves de change y sont estimées à 500 milliards de dollars. La capitalisation boursière a été multipliée par neuf depuis les années 90, et plus de 2.000 entreprises sont désormais cotées ", précise le rapport qui rappelle également que la part de l'Afrique dans les investissements directs étrangers (IDE) mondiaux est passée de 1,2 % en 2007 à 3,1 % en 2012 et que ce continent est l'une des rares régions à avoir enregistré une hausse des entrées d'IDE en 2011 et 2012 alors que les flux mondiaux baissaient sur la même période.

Un potentiel enviable

Quant au potentiel, il est très prometteur si l'on en croit le rapport. " La population africaine doublera d'ici 2050 pour atteindre quasiment 2 milliards d'individus, ce qui en fera l'un des plus grands marchés du monde ; les dépenses des ménages africains devraient passer de 840 à 1.400 milliards de dollars en 2008 et 2020. Enfin, 72 milliards de dollars d'investissements annuels dans les infrastructures sont attendus ".

Même si la part de marché de la France a fondu ces dernières années, la France peut encore compter sur un certain nombre d'atouts. Ses entreprises peuvent notamment s'appuyer sur la communauté francophone en Afrique, soit près de 100 millions de personnes. Le rapport rappelle aussi que près de 2,3 millions d'immigrés en France avaient pour origine un pays d'Afrique en 2008 et que plus de 235.000 Français y vivent. Il insiste également sur le fait que la France reste le premier pays d'accueil au monde d'étudiants africains avec 111.200 étudiants en 2010 et que plus de 400 partenariats unissent les collectivités locales françaises et africaines.

Quinze propositions pour relancer les exportations françaises

Que propose le rapport piloté par Hubert Védrine et les experts qui l'ont accompagné ? Il suggère notamment de miser sur le capital humain en poursuivant en priorité la rénovation des procédures de visas économiques et de leur mise en œuvre " qui constituent un frein important à une croissance partagée ". Faire la promotion de la formation en Afrique à travers des partenariats dans la formation professionnelle, y compris dans le supérieur, et développer l'enseignement en ligne à destination, notamment de l'Afrique est également souhaité. Il plaide également en faveur d'une meilleure détection des jeunes talents économiques africains ;

Le rapport propose aussi de rechercher des solutions de financements diversifiés, via par exemple la sécurisation des investissements en Afrique grâce à une meilleure évaluation de la réalité du risque africain et à un meilleur partage de ce risque à travers le développement de systèmes de garanties. La mise en place de partenariats industriels dans les secteurs clés sont aussi fortement recommandés. Sont cités l'agriculture, l'énergie, le transport, le développement urbain, les biens de grande consommation, le numérique, les industries culturelles, la santé, le tourisme et la sécurité.

Convaincu qu'une Afrique économique unie sera plus forte, Hubert Védrine recommande de continuer à accompagner son intégration régionale, en soutenant les pays africains dans leur négociation avec l'Union européenne sur les accords de partenariat économiques.

L'influence de la France doit être améliorée

Pour relancer l'influence de la France, l'ancien ministre recommande de relancer les relations de haut niveau de l'État français vers le continent africain, d'associer davantage encore la diaspora africaine de France à la définition et à la mise en œuvre de la politique économique africaine de la France tout en intensifiant le dialogue économique entre la France et l'Afrique.

Enfin, pour favoriser l'investissement des entreprises en Afrique, Hubert Védrine souhaite notamment la création d'un régime temporaire d'assurance-crédit du risque politique " Afrique " au profit des Investisseurs et le renforcement du dialogue entre les acteurs financiers publics (CDC, Bpifrance, Ubifrance, Coface, DG Trésor, Proparco) et les milieux d'affaires français " pour utiliser au mieux leurs connaissances du tissu économique africain au service des entreprises françaises ".

Changer de logiciel

" Sur ce point, il faut aussi que les mentalités des investisseurs français évoluent. Contrairement aux investisseurs anglo-saxons, qu'ils soient australiens ou canadiens par exemple qui exigent une rentabilité de leurs projets à trois-cinq ans, les investisseurs français rechignent à prendre des risques démesurés, en raison de l'instabilité politique et juridique. Il faut que cette prise de risque soit davantage évaluée puis intégrée par les investisseurs français s'ils veulent profiter plus pleinement des opportunités en Afrique ", explique Ali Boroumand, membre du Barreau de Paris, avocat associé au sein du cabinet d'avocats Heenan Blaikie.

Des milliers de créations d'emplois en France à la clé

Alors que le gouvernement a décidé d'intervenir en Centrafrique - une décision qui pourrait troubler l'image de la France sur le Continent - le jeu en vaut-il la chandelle ? Selon les calculs du rapport Védrine, si la France parvient à doubler la valeur des ses exportations vers le continent africain d'ici cinq ans - celle-ci s'est élevée à 28 milliards d'euros en 2012 selon les Douanes -, l'économie française pourrait créer au moins 200.000 emplois. Mais « cet objectif suppose que la France et l'Afrique développent un dialogue équilibré qui permet de faire fructifier les intérêts économiques de chacun »… S'il était atteint, le temps de la Françafrique serait donc - peut-être - révolu.

 

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Commentaires
a écrit le 05/12/2013 à 12:28 :
france ,should not dream , it is impossible to compete with China' s strategies in Africa , the Chinese are here in Africa to stay for the ever .
a écrit le 05/12/2013 à 9:17 :
La France a déjà perdu du terrain sur son propre territoire "métropolitain" alors comment voulez vous qu'elle n'en perde pas ailleurs! Plus notre France se dilue dans le magma européen moins elle devient crédible!

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