"Dans les pôles de compétitivité, ne reçoivent beaucoup que ceux qui donnent beaucoup"

Dans un entretien accordé à La Tribune, Jean-Luc Beylat, le président du pôle Systematic, annonce la création imminente de l'Association française des pôles de compétitivité, dont il décline les objectifs
(Crédits : Reuters)

La Tribune - Le 23 janvier, l'Association française des pôles de compétitivité sera officiellement lancée. Comment est née cette idée d'associer les pôles de compétitivité ?

Jean-Luc Beylat - Depuis leur naissance officielle, en 2005, les pôles de compétitivité souffrent d'un manque de reconnaissance auprès du grand public. Beaucoup de chose ont été dites, bien souvent par des gens qui ne connaissaient pas le sujet et la réalité que recouvrent les pôles de compétitivité. C'est en partie de notre faute car nous n'avons pas bien su valoriser nos actions et faire connaître les résultats concrets déjà obtenus. Qui sait que la plupart des entreprises françaises présentes au CES de Las Vegas s'étaient développées au sein des pôles de compétitivité ? Ce problème de notoriété s'explique aussi par le fait que la recherche et développement était au centre des priorités lors des premières phases de développement des pôles. Il était difficile pour eux de communiquer, d'informer sur des travaux de cette nature.

Combien de pôles ont décidé de rejoindre l'Association française des pôles de compétitivité (AFPC) ?

Au départ, nous étions dix-huit, regroupés dans le club informel des pôles mondiaux. Aujourd'hui, une quarantaine de pôles  s'apprêtent à rejoindre l'association.

Quels sont les objectifs de cette association ?

Nous en avons déterminé trois. Le premier, vous l'aurez compris, est de valoriser l'action des pôles et leur impact sur le développement de l'innovation.

Le deuxième est de profiter enfin des opportunités que nous offre l'Europe en matière de soutien à l'innovation. Nos amis allemands et finlandais notamment y parviennent très bien. Pourquoi pas nous ? Nous allons également nous attacher à multiplier les passerelles entre nos pôles et les nombreux clusters européens.

Notre troisième objectif est de mettre en place une véritable politique structurante permettant de favoriser le développement de nos PME en ETI de taille mondiale. Sur ce point, nous mèneront des actions dans le domaine du financement mais aussi de l'achat public. De ce point de vue, la volonté du ministère du Redressement productif de réformer le code des marchés publics pour favoriser les achats innovants des services de l'Etat est très encourageante. Nous mènerons également des actions pour aider les entreprises à l'international et pour valoriser le label " Entreprise innovante des pôles " qui, bien qu'il existe depuis 2010, reste méconnu. 

Au début de leur histoire, on a beaucoup reproché aux pôles de compétitivité de ne pas parvenir à établir des relations de confiance entre les différents acteurs. Ce problème est-il résolu ?

C'est ce qui fait la différence entre les pôles qui marchent et les autres. Ne reçoivent beaucoup que ceux qui donnent beaucoup. Collaborer, échanger n'est pas incompatible avec le souci de protéger ses activités stratégiques. Au sein des pôles, les grands groupes ne considèrent pas les PME comme des sous-traitants et les chercheurs de tous les horizons travaillent sur des projets communs dans le cadre des Instituts de recherche technologique. C'est une petite révolution, à mettre au crédit des pôles de compétitivité.   

Avec Pierre Tambourin, vous avez rédigé un rapport intitulé « L'innovation, un enjeu majeur pour la France » qui a beaucoup inspiré la « Nouvelle donne pour l'innovation » présentée en octobre par le Premier ministre. Exhaustif, ce rapport couvrait beaucoup de sujets. En est-il un que vous aimeriez approfondir davantage ?

Il serait très intéressant de revenir sur la partie Education. Il faut en mettre en place des bonnes pratiques capables de faire de l'innovation un réflexe naturel, notamment à l'école. Il faut préparer notre jeunesse à anticiper, à évoluer rapidement, à innover. Actuellement, sur ce point, les principes enseignés par le système éducatif ne vont pas dans le bon sens.

Seriez-vous favorable à la création d'un grand ministère de l'Innovation ?

Je n'y suis pas véritablement favorable. L'innovation est dans tout, partout et concerne tout le monde. En créant un tel ministère, le gouvernement prendrait le risque de mettre en place une nouvelle technostructure, trop colbertiste, qui serait sans rapport avec ce que recouvre l'innovation. Il n'y a pas de pré carré dans l'innovation. Au contraire, il faut favoriser les interactions transverses entre les différents ministères. Un ministère qui porte les grands principes de l'innovation comme le fait madame Pellerin est bien, un super bunker de l'innovation ne serait pas la solution. Il faut décloisonner en France.  

Les entreprises innovantes souffrent-elles d'un problème de financement de leurs projets en France ?

L'Etat a mis en place les outils nécessaires. En revanche, le financement par les acteurs privés reste largement insuffisant, et je ne parle pas que des banques. Il faut que la société civile puisse participer davantage au financement de l'innovation. Le Royaume-Uni compte 50.000 business angels quand la France en recense à peine 5.000.

 

 

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Commentaire 1
à écrit le 17/01/2014 à 16:58
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En France, les politiciens RPR UDF UMP Nouveau Centre avaient déjà inventé des inutiles et ruineuses structures, Les socialistes ne sont pas en reste, ils adorent et perpétuent allègrement ces très mauvaises habitudes pour caser copains, copines, ...

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