Affaire Areva : Anne Lauvergeon contre-attaque

Sylvain Rolland

Sylvain Rolland
Calme et souriante face à la presse, réunie ce mercredi 21 mai à Paris, Anne Lauvergeon s'est livrée à un exercice périlleux : éteindre l'incendie provoqué par le pré-rapport très critique de la Cour des comptes sur sa gestion d'Areva. Ce document de 122 pages, qui se focalise sur la période 2006-2012, pointe notamment du doigt les méthodes de gouvernance de l'ancienne présidente, le fiasco de l'EPR finlandais, les éventuelles irrégularités dans le rachat du canadien Uramin, ou encore la politique de rémunération des dirigeants.
Après l'actuel président du directoire d'Areva, Luc Oursel, l'ancienne dirigeante, qui a officié de la création d'Areva en 2001 jusqu'en 2011, a donc décidé de contre-attaquer. Celle qui fut envisagée pour intégrer le gouvernement de Manuel Valls s' « étonne fortement » de l'extrême personnalisation du rapport, qui souligne la « concentration des pouvoirs » autour de sa personne.
Selon l'ancienne présidente, les Sages n'ont pas pris en compte la réalité et la collégialité d'Areva. « Nous étions une équipe composée de personnalités fortes qui n'auraient pas accepté d'être des pantins. Toutes les décisions étaient prises collégialement, dans le respect des statuts », précise-t-elle.
Comme pour prouver son absence d'autoritarisme, « Atomic Anne » est restée étrangement en retrait pendant la conférence de presse. C'est Jean-Cyril Spinetta, assis à ses côtés, qui a assuré la défense de celle pour laquelle il garde « un profond respect ». Pendant une heure trente -un laps de temps durant lequel Anne Lauvergeon n'a pas ouvert la bouche- l'ex-président du conseil de surveillance de 2009 à 2011 s'est livré à un exposé technique très précis pour répondre aux critiques de la Cour des comptes sur le dossier Uramin.
En 2007, Areva rachetait pour 1,8 milliard d'euros cette société minière canadienne détentrice de trois gisements d'uranium en Afrique. Mais ces gisements ont fait l'objet d'une grande dépréciation et sont aujourd'hui inexploités par le groupe. Anne Lauvergeon aurait-elle livré des informations erronées à l'Etat pour permettre ce rachat ? C'est la question que se posent les enquêteurs de la brigade financière, à qui les Sages de la Cour des comptes ont confié leurs doutes. D'où l'ouverture d'une enquête dans laquelle Anne Lauvergeon devra répondre de « présentation ou publication de comptes annuels inexacts ou infidèles », « diffusion d'informations fausses ou trompeuses », « faux et usages de faux » et « abus de pouvoir ».
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Des soupçons inacceptables pour Jean-Cyril Spinetta, qui « vit très mal » la remise en cause de l'intégrité d'Anne Lauvergeon. L'ancien président du comité de surveillance, qui n'était pas en poste au moment des faits mais qui « connaît très bien » le dossier, tient à être clair :
Anne Lauvergeon et Jean-Cyril Spinetta sont également revenus sur la division par cinq de la valeur comptable d'Areva soulevée par la Cour des comptes. Le groupe avait dû inscrire dans ses comptes de 2010 et de 2011 des provisions d'un montant total de près de 1,9 milliard d'euros. Une réévaluation due essentiellement, d'après eux, à la crise du secteur nucléaire après la catastrophe de Fukushima, en 2011. « Ne pas intégrer cet élément comme élément majeur qui justifie les provisions est un non-sens économique absolu », a déclaré Jean-Cyril Spinetta.
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Anne Lauvergeon a assuré que les zones d'ombres seraient éclaircies. Elle attend maintenant le rapport définitif de la Cour des comptes, qui devrait « équilibrer » les choses. « Ce genre de pré-rapport est généralement à charge, ça fait partie de l'exercice », a-t-elle rappelé. Et de conclure : « Il y a eu des tas d'enquêtes sur moi. Ils n'ont rien trouvé... Et pour cause ! Je suis bêtement honnête ».
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