Education, innovation : les vraies "réformes structurelles" pour la France

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Le CAE propose notamment de mieux adapter les formations en ouvrant les filières professionnelles post-bac.
Le CAE propose notamment de mieux adapter les formations en ouvrant les filières professionnelles post-bac. (Crédits : Reuters)
Une note du Centre d'analyse économique (CAE) met en avant l'urgence, pour renforcer la croissance potentielle de la France et sauver son modèle social, de donner la priorité aux questions de formation et d'innovation.

Dans le grand jeu européen en action, la France tente « d'amadouer » l'Allemagne en lui promettant force « réformes structurelles. » Ce terme, devenu omniprésent dans le langage européen, est souvent - y compris dans l'esprit de ceux qui le prononcent - synonyme de baisse du coût du travail. Mais cette baisse des coûts de production, dont le travail n'est d'ailleurs qu'un facteur parmi d'autres, n'est pas la seule réponse dont l'économie française a besoin pour améliorer sa croissance potentielle à long terme. Le Centre d'analyse économique (CAE) a publié mercredi 1er octobre une note sur les leviers que la France pourrait actionner pour redresser sa croissance potentielle.

Le lien entre baisse de la productivité, croissance et endettement

Cette note part d'un diagnostic résumé par Agnès Bénassy-Quéré, présidente déléguée  du CAE: « La croissance française a commencé à ralentir par rapport au « peloton de tête » européen avant la crise. » Une situation qu'elle partage avec l'Italie et que le CAE estime provenir d'une baisse plus notable qu'ailleurs de la productivité. En comparant la France aux Etats-Unis, à la Suède, à l'Italie, à l'Espagne et à l'Allemagne, on constate que la progression de la productivité horaire en France est la plus faible après l'Italie sur la période 2000-2013. Cet affaissement relatif - car la progression de la productivité s'est ralentie partout depuis les années 1970 - serait le signe, selon le CAE, d'une baisse de la croissance potentielle du pays.

Et cette baisse n'est pas anodine pour l'avenir de la France. Selon la note, une croissance moyenne de 1,6 % d'ici à 2040 - toute chose étant égale par ailleurs - permettrait d'augmenter le PIB sur 26 ans de 51 %. A 1 % de croissance moyenne, la hausse ne serait que de 31%. Plus généralement, le taux d'endettement public de la France, qui vient de passer la barre des 2.000 milliards d'euros, presque 100% du PIB, serait réduit de moitié en 2040 avec une croissance de 1,6 %, tandis qu'elle dépasserait 145 % du PIB avec une croissance de 1 %. « L'enjeu est celui de la sauvegarde et du financement de notre modèle social, notamment notre capacité à faire face à la hausse des dépenses de santé  », explique Agnès Bénassy-Quéré. « La question essentielle est donc de savoir si, au-delà des phénomènes de court terme, la France a les moyens de redresser sa capacité à créer de la richesse », conclut-elle.

Les raisons de la baisse de la productivité française

Pour trouver des moyens de redresser la croissance potentielle, la note s'interroge sur les raisons de la baisse de la productivité. La rapide désindustrialisation de la France pourrait être une raison du ralentissement de la croissance puisque l'industrie manufacturière est le secteur où les gains de productivité sont les plus forts. Mais le CAE estime que cela ne suffit pas pour expliquer  la situation française. « Les Etats-Unis ont également connu une forte désindustrialisation sans pour autant connaître le même phénomène de perte de productivité que la France », explique une des auteurs de la note, Cecilia Garcia-Peñalosa. La note propose donc trois autres explications.

Investissement productif trop faible

La première, c'est la nature de l'investissement français. Si, en effet, l'investissement global en France semble en ligne avec ceux des autres pays étudiés, l'investissement productif, celui qui permet d'améliorer l'outil de production et donc la productivité, est beaucoup plus faible. En termes de nombre de robots, par exemple, la France fait jeu égal avec l'Espagne, loin derrière l'Allemagne, les Etats-Unis et même l'Italie. A terme, évidemment, la capacité d'améliorer la productivité est donc plus faible. La France doit donc plus investir dans son appareil productif. Les auteurs de la note y voient le fruit d'un cercle vicieux où le recul des marges conduit à un recul de l'investissement productif qui maintient la tendance des marges à la baisse. Pour corriger cette situation, le CAE propose de doper la concurrence dans les services intermédiaires.

Manque de lien entre recherche et entreprise

Deuxième explication : le manque de lien entre recherche et entreprise. La France est bien placée en termes de brevets. Mais « elle peine à transformer cette capacité d'invention en capacité d'innovation dans les entreprises », souligne Cecilia Garcia-Peñalosa. Le CAE propose alors de conserver le Crédit impôt recherche (CIR), dispositif « neutre » s'adressant à l'ensemble des secteurs. « Il est impossible de savoir en effet dans quel secteur l'innovation émergera dans l'avenir », explique Agnès Bénassy-Quéré. Mais ce CIR doit être « complété » par des aides directes et par une réflexion sur la rentabilité du capital-risque en France. En tout état de cause, Cecilia Garcia-Peñalosa précise que « nous ne proposerons pas de réduire les dépenses publiques dans le domaine du soutien à la recherche. »

Faiblesses du système éducatif et de formation

Troisième explication : le niveau de compétences de la force de travail en France parfois inadapté pour répondre aux besoins des entreprises et souvent inférieur à celui de nos grands partenaires. Le CAE fait à ce titre plusieurs propositions pour développer les filières technologiques et professionnelles et l'accès à la formation continue et pour augmenter le  taux d'emploi en haut et en bas de la distribution d'âges. Le CAE propose notamment de mieux adapter les formations en ouvrant les filières professionnelles post-bac, plus difficiles d'accès que les filières générales, en renforçant l'alternance - y compris pour les adultes et en favorisant l'évolution des formations en fonction des besoins des entreprises.

Marges de progrès réelles

Selon Agnès Bénassy-Quéré, « il est impossible de quantifier l'impact de ces mesures sur la croissance potentielle, mais ce sont des domaines où les marges de progrès de notre pays sont réelles. » Tout en reconnaissant qu'il est difficile de faire « bouger le système éducatif  », elle estime que le contexte est « favorable », « car les enquêtes de l'OCDE portant sur les compétences des jeunes, mais aussi celles des adultes, mettent désormais bien en évidence les faiblesses du système français. » Sans doute la volonté affichée du gouvernement de chercher à réconcilier l'entreprise avec la société l'amènera à se pencher sur ces propositions.

La note promeut du reste l'amélioration de la rentabilité comme la clé de la solution pour briser les « cercles vicieux » qui, en obérant la rentabilité, empêche les entreprises d'investir et de former. Mais, sur ce sujet, il existe aussi des freins culturels importants. On a vu que, les entreprises françaises n'ont pas investi moins malgré le recul de leur rentabilité, mais moins bien. Parallèlement, la France est un pays où la distribution de dividendes est la plus élevée (notamment plus qu'en Allemagne). On perçoit aussi combien les habitudes seront difficiles à combattre, notamment en ce qui concerne les investissements dans la formation et le développement de l'emploi en dehors des 15-35 ans. Pour Agnès Bénassy-Quéré, cependant, faciliter la tâche des entreprises en favorisant la qualité et l'adéquation des formations à leurs besoins permettra à l'Etat d'être plus exigeant envers elles. « Il sera alors plus facile  de leur demander d'embaucher davantage d'apprentis », estime-t-elle.

Les conséquences structurelles d'une faible demande durable

Reste enfin la dernière hypothèque, qui nous ramène à la situation actuelle de la zone euro. Si l'apathie de la demande se poursuit en Europe, si l'inflation faible demeure, la capacité à investir et à améliorer la productivité sera plus faible. Cette question n'était pas le but de la note du CAE, qui s'est concentré sur les aspects purement « structurels » de la future croissance en considérant que les problèmes de demande sont « conjoncturels. » Mais il est un moment où les problèmes conjoncturels, lorsqu'ils durent, deviennent structurels. Et c'est précisément l'enjeu du débat européen actuel : parvenir à mobiliser des forces pour extirper les économies du Vieux continent de la nasse pour leur permettre, ensuite, de relever les défis « structurels. »

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Commentaires
a écrit le 02/10/2014 à 10:14 :
les problèmes de demande sont « conjoncturels. » . !!!
Ce qui reste à démontrer...quand depuis plus de trente ans on s'efforce de réduire le coût du travail, c'est-à-dire les salaires directs et indirects (cotisations/revenus de transfert).
Les chefs d'entreprise préfèrent, quand la demande n'augmente pas, geler l'investissement de capacité et augmenter les dividendes. Les seuls investissements qui sont alors rentables sont les investissements de productivité, ceux qui permettent de réduire les effectifs. Cela réduit encore la demande globale, mais c'est tout à fait logique de leur point de vue.
Une politique de l'offre, sans politique de la demande revient à faire la course sur une seule jambe.
a écrit le 02/10/2014 à 7:49 :
1 fexisecurité a la suedoise
les directeurs d école qui recrutent tous le perssonnels des ecoles
selection a l entree des facs et toutes les etudes supérieur
etc ..
a écrit le 01/10/2014 à 23:52 :
on pouvait lire il y a peu dans le FT que le UK a une productivité inférieure de 29% aux US et de 25% à la France. la productivité anglaise ne semble pas vraiment augmenter ces derniers temps (au dernier trimestre du moins). l'investissement global est inférieur au nôtre et l'investissement des entreprises est plutôt à la baisse (stable, à un niveau un peu plus élevé chez nous, d'après Eurostat). la croissance British est pourtant bonne et le chômage baisse.
notre taux de R&D est supérieur au UK. Paris est devant Londres en capital intellectuel/innovation pour PWC. France est 1ère du Deloitte Fast 500 EMEA.
comment ça marche la croissance UK ?
a écrit le 01/10/2014 à 23:28 :
Déjà, le fait que les auteurs de cette note imaginent que l’on puisse augmenter le PIB de 50% d’ici à 2040 est juste démentiel.

Notre pays consomme déjà entre 1,5 et 3 planètes de ressources, selon les estimations, et il faudrait consommer encore plus ? C’est juste intenable. C’est de la folie furieuse.
Réponse de le 02/10/2014 à 0:19 :
Un cours de maths génère du PIB, et ne détruit pas la planète.
a écrit le 01/10/2014 à 20:31 :
C'est la note n°6 qui est efficace. Elle est passée aux oubliettes.

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