Figure majeure du tourisme depuis les années soixante, le fondateur du groupe Pierre & Vacances est mort à 88 ans le 25 juin.
Il aurait aimé être un artiste, musicien de jazz en l’occurrence, mais il est devenu – un peu par hasard - entrepreneur. Gérard Brémond, fondateur emblématique et figure majeure du tourisme depuis les années soixante, s’est éteint à l’âge de 88 ans le 25 juin. Avec lui disparaît l’un des derniers géants d’un secteur qu’il a contribué à transformer, notamment en imaginant les premières résidences de tourisme. Le groupe qu’il a créé, Pierre & Vacances Center Parcs (PVCP), a réalisé en 2025 un chiffre d’affaires de près de 2 milliards d’euros. Et emploie plus de 12.000 personnes, exploite près de 45.000 appartements sur 282 sites en Europe, avec plus de 8 millions de clients accueillis en 2024.
Né en 1937 à Boulogne-Billancourt, ce fils de promoteur immobilier a d’abord cherché sa voie loin du béton. Passionné par les accords de Miles Davis et de John Coltrane, il devient journaliste pour la revue Jazz Hot pendant cinq ans, avant de la sauver de la faillite en 1965. Mais la tradition familiale le rattrape lorsque son père, promoteur immobilier, lui confie la conception de la station de ski d’Avoriaz en 1964. Un projet hors-normes, né ex-nihilo à 1.800 mètres d’altitude en Haute-Savoie, qui jette les bases de sa future entreprise.
Avec une équipe d’architectes visionnaires, Jacques Labro, Jean-Marc Roques et Jean-Jacques Orzoni, épaulé par les champions de ski Annie Famose et Jean Vuarnet, l’ancien condisciple de Sacha Distel au lycée parisien Janson de Sailly imagine une station sans voitures, à l’architecture minérale. Une rupture totale avec les codes de l’urbanisme alpin de l’époque. Après quelques années incertaines, Avoriaz devient un succès en 1973. Gérard Brémond rachète alors des terrains aux Ménuires ou à Val-d’Isère, mais aussi sur le littoral, à Juan-les-Pins et Sainte-Maxime.
En 1967, cet hommes d’affaires curieux et volontiers taquin lance Pierre & Vacances, avec un concept inédit : la « nouvelle propriété ». Cette formule permet à des particuliers d’acquérir à des prix réduits des appartements, confiés ensuite en location au groupe. En échange, les propriétaires bénéficient de droits de séjour réguliers. Ce modèle de financement original a permis une expansion accélérée du groupe, qui revendique depuis deux décennies un « tourisme de proximité ».
Un développement international
En 1997, il s’allie au géant Accor pour créer une coentreprise donnant naissance à Adagio, une marque de résidences urbaines, qui lui ouvre les portes du développement international. Deux ans plus tard, en 1999, il franchit une étape symbolique en introduisant son groupe en Bourse. Et enchaîne les rachats : Maeva (2001), Résidences MGM et, surtout, le spécialiste des villages de vacances en famille Center Parcs (2003), une marque néerlandaise en pleine croissance.
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Ceux qui l’ont côtoyé décrivent un homme d’une grande finesse. Jean-François Rial, PDG de Voyageurs du Monde, salue en lui un « immense entrepreneur ». Pour les dirigeants actuels du groupe, Georges Sampeur et Franck Gervais, il restera « l’un des entrepreneurs les plus créatifs de sa génération », un « esprit libre, passionné et curieux », propriétaire de la radio TSF Jazz et du club parisien Le Duc des Lombards.
Mais la crise sanitaire de 2020, un « cataclysme » pour Gérard Brémond, ébranle durement l’entreprise. Pour éviter la faillite, il se résoud en 2022 à une restructuration financière indispensable. Et perd le contrôle de son groupe plus d’un semi-siècle après sa création, au profit de ses créanciers et investisseurs.
Sa disparition survient à un moment charnière, puisque l’entreprise dirigée par Franck Gervais depuis 2021 et de nouveau rentable depuis deux ans, a reçu une offre ferme de rachat de la part de la société d’investissement émiratie Mubadala Capital le 22 juin. Cette opération, qui valorise le groupe à environ un milliard d’euros, pourrait entraîner une sortie de la Bourse de Paris.