Retraites, fiscalité, pouvoir d’achat : Friedrich Merz dévoile son plan pour sortir l'économie allemande de l'inertie

Le chancelier allemand le 2 juillet 2026.
REUTERS - Axel Schmidt - Axel Schmidt

Le chancelier allemand le 2 juillet 2026.
REUTERS - Axel Schmidt - Axel Schmidt
Compromis de coalition : Friedrich Merz annonce un accord sur les retraites (départ au-delà de 67 ans), une baisse d’impôts de 10 milliards d'euros pour les revenus modestes et un contrôle accru des arrêts maladie.
Urgence économique : Le gouvernement cherche à sortir le pays de la stagnation (croissance rampante à 0,5 % visée en 2026), subissant le contrecoup énergétique de la guerre en Iran et la perte de compétitivité industrielle.
Sursaut politique : Miné par 80 % d'opinions défavorables, le chancelier doit prouver sa capacité d'action pour contrer l'essor de l'extrême droite (AfD) avant les régionales de septembre.
Un nouveau vent de réformes en Allemagne. La coalition au pouvoir a trouvé un compromis sur les retraites, la fiscalité, la compétitivité et le pouvoir d’achat pour sortir le pays de l’ornière économique, a annoncé ce jeudi le chancelier allemand Friedrich Merz.
« Nous veillons à accroître la flexibilité de nos entreprises. Nous veillons à réduire la bureaucratie. Nous veillons à préserver notre État providence et nous veillons à alléger la charge qui pèse sur les salariés et les entreprises en baissant les impôts », a annoncé devant la presse Friedrich Merz, après des mois de dissensions entre les partenaires de la coalition.
Conservateurs et sociaux-démocrates se sont entendus sur l’adoption d’ici la fin de l’année d’une réforme des retraites, prônée par une commission indépendante. Elle conduira à une hausse progressive de l’âge légal de départ au-delà des 67 ans, l’élargissement de l’assiette des cotisants et l’introduction d’une dose de capitalisation.
La coalition a aussi décidé d’un allègement fiscal de dix milliards d’euros sur l’impôt sur le revenu pour les revenus faibles et moyens, accompagné d’une hausse de la fiscalité pour les plus fortunés.
« Je veux dire que je suis très reconnaissante que nous ayons réussi à trouver ensemble ce chemin », a dit de son côté la ministre du Travail (SPD), Bärbel Bas.
Pour lutter contre l'absentéisme au travail, le gouvernement a décidé d'introduire l'obligation d'un arrêt de travail dès le premier jour de maladie et interdit la délivrance après une simple consultation téléphonique.
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Après un peu plus d’un an aux affaires et un bilan limité, Friedrich Merz a sonné le rappel des troupes au printemps, confronté à une économie naviguant entre récession et stagnation et à une extrême droite en plein essor et le devançant dans les sondages.
Au premier trimestre 2026, le PIB allemand a malgré tout surpris en affichant une hausse de 0,3 %, même si le deuxième trimestre devait selon les analystes davantage refléter les effets de la guerre en Iran sur la dynamique de reprise économique.
En avril, le gouvernement a d'ailleurs réduit de moitié sa prévision de croissance pour 2026, de 1,0 % à 0,5 %, en prévoyant le choc énergétique de la guerre en Iran. Si elle se confirme, cette performance serait inférieure à celle de ses voisins européens. Quant à l’inflation, la prévision est de 2,7 % cette année, contre 2,1 % en janvier et 2,8 % l’an prochain.
Quant au taux de chômage, il est resté stable à 6,3 % en juin, signe de l'absence prolongée d'une reprise printanière sur le marché du travail. Sur un an, le nombre de personnes sans emploi a toutefois augmenté de 22 000 personnes.
Aujourd'hui, le défi du chancelier est donc de montrer que son gouvernement n’est pas condamné à l’inertie, et peut réformer un pays en manque d’innovation et dont l’industrie exportatrice, longtemps motrice du succès allemand, est plombée par le coût de l’énergie, du travail, la bureaucratie, la concurrence chinoise et les tarifs douaniers américains.
Démontrer sa capacité d’action est d’autant plus important que CDU-CSU et SPD veulent empêcher à tout prix que le parti d’extrême droite AfD puisse prendre pour la première fois les commandes dans deux régions de l’Est, lors de régionales en septembre.
Une telle situation serait une première dans l’Allemagne d’après-guerre et constituerait un séisme politique pour un chancelier très critiqué, à droite comme à gauche, et qui est à plus de 80 % d’opinion défavorable.
L'Allemagne fait aussi face à cet autre défi de taille : gérer la crise démographique, à cause d'une vague massive de départs en retraite et d'une restriction de l'immigration. Un constat dressé par l'institut IW de Cologne dans une étude parue la semaine dernière. Selon lui, le nombre de travailleurs potentiels baissera d'ici 2036 de 4,3 millions pour s'établir à 51 millions, soit un recul d'environ 7 %.
L'Allemagne, qui a enregistré en 2025 une baisse de sa population inédite depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, est confrontée depuis un demi-siècle à un vieillissement démographique qui a fait du pays le plus âgé de l'UE.
L'économie allemande va bientôt manquer des « travailleurs nécessaires pour créer de la prospérité et financer l'État-providence », expliquait dans le rapport l'économiste de l'IW Holger Schäfer. Pour l'institut, « davantage de personnes doivent travailler plus longtemps et il faut faciliter l'arrivée de travailleurs qualifiés étrangers ». La réforme des retraites envisagée par Merz est censée aller en ce sens.
(Avec AFP)