Dixième jour de crise en Iran : de nouvelles victimes et un journaliste de la BBC expulsé

"Plusieurs" personnes ont trouvé la mort samedi soir à Téhéran à l'intérieur d'une mosquée incendiée en marge de manifestations de protestation, annonce la télévision nationale, qui attribue cet incident à des "émeutiers".

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Dix jours après l'élection de Mahmoud Ahmadinejad, la contestation perdure et s'envenime.  La télévision nationale a annoncé dimanche que "la mosquée Lolagar a été incendiée et malheureusement, plusieurs de nos concitoyens sont morts en martyrs à l'intérieur". Un acte provoqué, selon elle, aux "émeutiers". Le grand ayatollah Hossein Ali Montazeri, entré depuis plusieurs années en dissidence a déclaré dans un communiqué diffusé dimanche qu'il estime justifiées, y compris du point de vue religieux, les demandes des manifestants qui contestent la régularité du scrutin et réclament l'annulation du vote du 12 juin.

Mais le président iranien Mahmoud Ahmadinejad dont la victoire est vivement contestée, s'entête à tenir bon. Accusant la Grande-Bretagne de "complot" et "d'ingérence" dans les affaires iraniennes, Téhéran a décidé d'expulser le correspond de la BBC en Iran estimant pour soutien aux contestataires du scrutin présidentielle le 12 juin dernier. Le président s'en est également pris aux Etats-Unis à qui il reproche l'ingérence dans les affaires intérieures iraniennes. "Ce n'est pas en tenant des propos hâtifs que vous entrerez dans le cercle des amis de la nation iranienne", a déclaré Mahmoud Ahmadinejad sur son site internet. "Pour cette raison, je vous demande de cesser vos ingérences."Il faut dire que face à cette escalade de violences dans le pays, le président américain Barack Obama a adopté un ton plus ferme par rapport à ses précédentes déclarations appelant le gouvernement iranien "à mettre fin à tous les actes de violence et d'injustice contre sa propre population".

Dans la journée de samedi, la police anti-émeute aurait, selon des témoins,  tiré dans la journée des balles et des gaz lacrymogènes, eu recours aux canons à eau et matraques pour disperser les manifestants qui ont défié l'appel de Ali Khamenei à cesser la contestation dans la rue. 457 personnes auraient été arrêtées dans les affrontements de samedi soir autour de la place Azadi à Téhéran, ont indiqué lundi des sources policières citées par la radio d'Etat.
Selon l'agence Fars, qui cite également des sources policières, 40 policiers auraient  été blessés et 34 bâtiments gouvernementaux endommagés. La télévision d'Etat affirmait pour sa part  dimanche que 10 personnes avaient été tuées, mettant en cause des "agents terroristes" munis d'armes à feu et d'explosifs, qu'elle n'a pas identifiés. La chaîne de télévision publique en anglais Press-TV a faisait état de 13 morts. Ces décès sont les premiers depuis ceux des sept manifestants qui ont péri lors des manifestations de lundi dernier.

Mir Hossein Moussavi, principal candidat malheureux à la présidentielle du 12 juin, a accusé, sans le nommer, le numéro un du régime de menacer le caractère républicain de la République islamique et de viser l'imposition d'un nouveau système politique. Il a dénoncé "un projet qui va au delà de l'imposition au peuple d'un gouvernement non voulu, l'imposition d'une nouvelle vie politique au pays". Il a invité ses partisans à continuer de manifester leur hostilité au pouvoir tout en faisant preuve de retenue. "Lors de vos protestations, continuez à faire preuve de modération. J'attends pour ma part des forces armées qu'elles s'abstiennent de tout acte dommageable", a-t-il dit dans une déclaration. Protester contre les mensonges et la fraude (électorale) est votre droit. Aujourd'hui, le pays pleure (...) ceux qui ont été tués lors des manifestations de protestation. "Je vous appelle à conserver votre calme", a ajouté le candidat malheureux à l'élection présidentielle contestée du 12 juin dans une déclaration mise en ligne sur son site internet.

Evoquant l'argument de Ali Khamenei selon lequel aucune fraude ne pouvait expliquer une aussi large victoire de M. Ahmadinejad (62,63% des voix), il a rétorqué: "si cette énorme taille de la fraude (...) est présentée comme la preuve d'une absence de fraude alors l'aspect républicain du système sera massacré et cela prouverait que l'islam est incompatible avec la République".

Depuis l'annonce le 13 juin de la victoire de l'ultraconservateur Ahmadinejad, Mir Hossein Moussavi, un conservateur modéré soutenu par les réformateurs, n'a cessé de prendre à contre-pied le guide suprême, en défiant à chaque fois ses injonctions.

Le Conseil des Gardiens, qui s'est dit prêt à un recomptage de 10% des urnes, choisies au hasard, rendra sa décision d'ici mercredi.

Depuis le 13 juin, les partisans de Moussavi organisent des manifestations quasi quotidiennes à Téhéran, dont l'une a dégénéré lundi avec la mort, selon une radio officielle, de sept manifestants. Bravant l'interdiction de protester contre la réélection d'Ahmadinejad, des milliers de manifestants sont descendus ce week-end dans le centre de Téhéran malgré l'avertissement du chef de la police Ahmadi Moghadam de les "réprimer fermement". "La police a interdit aux gens d'approcher" de la place Enqelab et "bloqué les gens sur les trottoirs, les poussant sur la chaussée et les frappant", a dit un témoin. Devant l'Université de Téhéran, la police a utilisé des canons à eau et des gaz lacrymogènes pour disperser un à deux milliers de manifestants, a indiqué un autre témoin.

Selon un troisième témoin, des milliers de manifestants se sont rassemblés près de la place Azadi. Ils se rassemblaient en groupes généralement silencieux. Mais on entendait des slogans comme "Mort au dictateur", en référence à Mahmoud Ahmadinejad. Au moins un homme aurait été blessé par balle, selon un autre témoin. Un manifestant a raconté à l'AFP que la police et la milice islamiste des bassidjis avaient lancé une attaque "brutale" contre un rassemblement pacifique. "Ma tête est encore pleine des cris des femmes", a-t-il dit.

L'ensemble des médias étrangers ne sont pas autorisés à couvrir les manifestations interdites mais les images de la télévision d'Etat montre civils sur un trottoir frappés à coups de matraques par des policiers et un manifestant embarqué dans un véhicule. Entretemps, un "terroriste" s'est tué en faisant détoner sa veste explosive au mausolée de l'imam Khomeiny, père de la révolution islamique, à Téhéran, blessant jusqu'à trois pèlerins, selon des médias.

Avertissant qu'il "ne cèdera pas à la rue", l'ayatollah Khamenei avait fait porter la responsabilité "du sang et du chaos" aux chefs de l'opposition.

 

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Commentaires 6
à écrit le 09/10/2009 à 13:41
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Les peuples ont toujours évolués vers plus de démocratie, de liberté, de justice et de progrès, chaque fois qu'ils ont osés briser le poids des religions et des traditions. Celles-ci ne sont acceptables que lorsqu'elles demeurent une affaire de consc...

à écrit le 09/10/2009 à 13:41
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MERCI AUX INTERNAUTES DU MONDE ENTIER Après les élections en Iran,le peuple iranien privé de communications mobiles et de l'accès aux grandes chaînes de télévision internationales se rabattent sur Internet pour s'organiser,s'informer,et informer l...

à écrit le 09/10/2009 à 13:41
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Enfin le monde regarde en face le vrai visage de ce régime, et entend le cri de Liberté du peuple iranien à travers le Net.

à écrit le 09/10/2009 à 13:41
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Il est temps de foute les pépés gâteux qui gouvernent l'iran dans des monastères avec du pain et de l'eau et que l'iran sorte du moyen âge !

à écrit le 09/10/2009 à 13:41
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Les états unis, avec leurs moyens satellites, ne peuvent-ils pas filmer et envoyer au monde entier les images de ce qui se passe en Iran? il faut en finir avec ces petits dictateurs et ayatollah qui pourrissent la paix du monde.

à écrit le 09/10/2009 à 13:41
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lLA REVOLUTION SE FAIT PAR LES ARMES ,SURTOUT SI LES AUTORITES S UTILILEE LA FORCE POUR REPRIMER LA LIBERTE ET LA DIGNITE DU PEUPLE. AUX ARMES CITOYENS SI C EST NECESSAIRE.a

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