La Chine populaire réalise son rêve de puissance

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(Crédits : © 2009 Thomson Reuters)
Elle célèbre ce jeudi 1er octobre, en grande pompe, le soixantième anniversaire de la prise de pouvoir par Mao et l'instauration du communisme.

Pour son 60e anniversaire, le régime communiste chinois ne pouvait espérer meilleur cadeau. La communauté internationale vient de consacrer la Chine au rang de grande puissance en lui ménageant une place de choix au sein du G20. À cette réhabilitation diplomatique, Pékin ajoutera le 1er octobre un éclat militaire en faisant défiler l'impressionnant arsenal de sa défense dont le ministre, Liang Guanglie, affirme qu'il a franchi un "saut qualitatif".

Bien sûr, les révolutionnaires loqueteux emmenés par Mao Zedong, qui se sont emparés de Pékin le 1er octobre 1949, ne pouvaient imaginer que six décennies plus tard leur pays deviendrait la troisième puissance économique mondiale. Mais "le rétablissement d'une Chine riche et puissante figurait au programme de tous les réformateurs et modernisateurs chinois depuis la fin du XIXe siècle", rappelle Gilles Guiheux, professeur à l'université Paris Diderot. De là à dire que leur mission est aujourd'hui accomplie ? "En partie peut-être, mais au prix d'erreurs magistrales", estime le chercheur. Le Grand Bond en avant et ses millions de morts de faim, la Révolution culturelle et ses millions de victimes ? "Des utopies de Mao qui se sont soldées par des catastrophes humaines et qui ont troublé le parcours de la Chine", explique pour sa part Marie-Claire Bergère, auteur de "Capitalismes et capitalistes en Chine" (Perrin, 2007). Mais au bout du compte, "le pragmatisme l'a emporté".

Le grand virage se prend en 1978 avec Deng Xiaoping. "Devenir riche est glorieux", lancera-t-il quelques années plus tard à ses compatriotes. Les zones économiques spéciales, enclaves capitalistes, éclosent un peu partout, les entreprises privées se multiplient, le peuple voit des marges de liberté s'ouvrir dans la sphère civile et le concept d'"économie socialiste de marché" prend corps. Entre 1980 et 2008, le revenu réel du pays est multiplié par 14.

Le dogme demeure

Mais malgré ces transformations, le dogme du parti unique demeure (le Parti communiste compte 73,4 millions d'adhérents) avec pour légitimité la croissance du PIB et l'exaltation nationaliste. Les salariés restent privés de liberté syndicale et les inégalités sociales se creusent. "Si le régime chinois ne peut plus être qualifié de totalitaire, il n'en demeure pas moins autoritaire", commente Marie-Claire Bergère. À l'issue de la session du plénum du 17e comité central, qui vient de s'achever, les dirigeants ont déclaré que la démocratie interne au parti est "un élément vital". Cheng Li, spécialiste de la Chine à la Brookings Institution, voit se dessiner un débat d'idées au sein du PC entre le camp des "populistes", favorables à l'instauration d'une sécurité sociale, et celui des "élitistes", partisans de la poursuite de la croissance forcenée et du libre-échange. Mais ces évolutions sont progressives. "Les dirigeants le disent eux-mêmes, il n'y aura pas de démocratie avant longtemps", souligne Marie-Claire Bergère.

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