Le gouvernement japonais perd la majorité au Sénat

D'après les sondages réalisés à la sortie des urnes, le Parti démocrate au pouvoir au Japon a perdu les élections sénatoriales. Le Premier ministre Naoto Kan japonais, fragilisé, n'a pourtant pas l'intention de démissionner. Il doit s'attaquer à la la réduction de la dette publique.
(Crédits : Photo : Toru Hanai/Reuters)

Le gouvernement japonais a perdu dimanche sa majorité au Sénat. Les sondages réalisés à la sortie des urnes créditent le Parti démocrate (PDJ) au pouvoir de 47 sièges. Le Nouveau parti du peuple, dont l'appoint lui assurait la majorité à la chambre haute, n'aurait quant à lui aucun élu. Crédité de 50 sièges, le Parti libéral démocrate (PLD), principale formation de l'opposition, remporterait le scrutin.

Naoto Kan, le Premier Ministre s'était pourtant fixé une victoire à 54 sièges. Il risque désormais d'être contesté dans son propre camp mais la chaîne de télévision publique NHK rapporte qu'il resterait à son poste. Le PDJ, toujours majoritaire à la chambre basse, devra forger de nouvelles alliances au Sénat, ce qui va vraisemblablement le contraindre à des concessions, au moment où Tokyo s'attaque à une dette qui atteint près de deux fois le montant du PIB.

Le Sénat compte 242 sièges, dont la moitié, soit 121, étaient en jeu dimanche. Il a moins de pouvoir que la chambre basse, mais, faute de majorité, le gouvernement pourrait se trouver face à une paralysie de l'appareil législatif.

Naoto Kan, cinquième Premier ministre en trois ans, sera en outre sous la menace d'Ichiro Ozawa, le "Shogun de l'ombre" du PDJ, qui pourrait chercher à le débarquer lors du renouvellement des instances dirigeantes du parti, en septembre. "On peut supposer qu'Ozawa va parler de motion de censure à l'encontre de Kan et qu'il est responsable", prédit Gerry Curtis, professeur à l'université américaine de Columbia. "Ce sera un gouvernement faible et minoritaire à la chambre basse, parce que je pense que personne ne s'associera à la coalition", poursuit-il. Selon Yukio Edano, secrétaire général du PDJ, le gouvernement pourrait chercher l'appui de formations de l'opposition au coup par coup, sans élargir la coalition.

Les chefs de file de Votre Parti et du Nouveau Komeito, deux partenaires potentiels du PDJ, ont exclu de s'y associer. Sadakazu Tanigaqi, président du PLD, a quant à lui écarté l'hypothèse d'une "grande coalition".

Une TVA fatale?

"Kan a perdu les élections en se prononçant pour une hausse de la TVA", a commenté Koichi Haji, économiste en chef à l'institut NLI Research. "C'est un énorme revers pour la réforme de la fiscalité. La question est maintenant de savoir si Kan pourra rester au pouvoir ou non", a-t-il ajouté.

Le PDJ est arrivé aux affaires en septembre 2009 en détrônant le Parti libéral-démocrate (PLD), qui dominait la vie politique du Japon depuis la Seconde Guerre mondiale, mais sa cote de popularité s'est rapidement dégradée.

Début juin, Yukio Hatoyama, nommé à la tête du gouvernement après cette alternance historique, a brutalement démissionné, laissant son fauteuil à Naoto Kan. Ce changement a relancé le PDJ, mais le parti s'est à nouveau tassé dans les sondages lorsque Kan a évoqué l'idée d'une hausse de la TVA pour réduire la dette publique.

La réduction de la dette est jugée nécessaire par les pouvoirs publics pour échapper à une spirale "à la grecque". Avec un taux de 5% (contre 19% en Allemagne ou 17,5% en Grande-Bretagne et en Grèce), la TVA japonaise est parmi les plus faibles des grandes économies. "Ainsi que l'a montré l'exemple grec, l'analyse des marchés sur l'ampleur de la dette publique ou d'un risque souverain est devenu très sévère", expliquait le mois dernier Naoto Kan lors d'un débat électoral télévisé.

Face au recul de son parti dans les sondages, il a toutefois promis qu'il n'augmenterait pas la TVA d'"un seul yen" avant les prochaines élections à la chambre basse, prévues d'ici fin 2013.

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