Khodorkovski coupable

L'ex-patron du groupe pétrolier russe Ioukos, Mikhaïl Khodorkovski, vient d'être reconnu coupable pour "vol de pétrole". Il va faire appel du jugement dont l'énoncé a commencé ce lundi. Quatorze ans de prison ont été requis par une justice considérée aux ordres du Kremlin.
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"Coupable" : tel est, sans surprise, le verdict que vient de rendre public la cour, à l'occasion du deuxième procès de Mikhaïl Khodorkovski, l'ancien magnat du géant pétrolier Ioukos. Mikhaïl Khodorkovski est reconnu coupable pour "vol de pétrole" (218 millions de tonnes d'or noir). Son principal avocat, Vadim Kliouvgant, a annoncé dans la foulée que son client allait "sans doute" faire appel du jugement. L'énoncé du jugement va durer plusieurs jours et la peine ne sera annoncée qu'à la fin. Le parquet a requis 14 ans de camp d'internement contre Mikhail Khodorkovski.

L'ancien patron d'un des poids lourds de l'industrie pétrolière, démantelé au profit d'entreprises proches du pouvoir, Khodorkovski et son principal associé, Platon Lebedev, sont jugés depuis mars 2009 pour  vol  de pétrole. Incarcérés depuis 2003, les deux hommes purgent déjà une peine de huit ans pour escroquerie à grande échelle et évasion fiscale. Si certains observateurs espéraient mesurer, avec un jugement clément, le degré d'ouverture octroyée par l'éxécutif russe à la justice, ils sont fixés ce matin. . « Mon mari va rester en prison jusqu'en 2012 » avait d'ailleurs prédit Inna Khodorkovska, l'épouse de Mikhaïl Khodorkovski, dans un entretien à Snob Magazine.

« Tout voleur doit aller en prison » avait de son côté  tranché à la télévision le Premier ministre Vladimir Poutine à propos de l'ancien tycoon, quelques jours avant l'annonce, ce matin, du verdict. « Ni le président, ni aucun autre responsable n'a le droit d'exprimer sa position avant le jugement » avait cependant rétorqué son successeur à la présidence, Dimitri Medvedev.

Le contexte a en effet changé depuis 2003. Les nombreuses irrégularités et contradictions au cours de ces mois de procès ont démontré qu'il s'agissait d'une parodie de justice. Celui qui était devenu la « bête noire » de Vladimir Poutine suscite aujourd'hui une vague de soutien qui va au-delà de l'intelligentsia russe, pour son courage à dénoncer du fond de sa prison le régime en place. Dans un article dans la presse moscovite, Mikhaïl Khodorkovski, écrit que Poutine lui inspire de la « pitié », car il est « seul », « craint » et son « seul sentiment sincère » serait l'amour des chiens...

Chute brutale

« L'affaire Ioukos » s'inscrit dans la reprise en main de l'économie opérée par le pouvoir russe en 2000, avec l'accession de Poutine à la présidence, et la nomination aux postes clés de nombre de ses proches, en majorité des cadres du FSB, l'ancêtre du KGB. L'ascension de Khodorkovski a commencé sous la présidence de Boris Eltsine. Sur fond de démantèlement chaotique de l'empire soviétique, nombre de jeunes diplômés ambitieux profitèrent de la libéralisation de l'industrie sans encadrement juridique pour mettre la main sur des pans entiers de l'économie pour une bouchée de pain. Parmi ces « oligarques », on compte Roman Abramovitch, Oleg Derispaska, qui deviendra un magnat de l'aluminium à la tête de Rusal. En 1995, Mikhaïl Khodorkovski racheta lui aussi avec ses associés la compagnie pétrolière publique Ioukos pour 350 millions de dollars, valorisée 27 milliards de dollars, à la veille de sa chute en 2003.

Car durant son ascension, qui fera de lui l'homme le plus riche de Russie, Mikhaïl Khodorkovski ne se contente pas seulement de développer son entreprise. Voulant faire de Ioukos un groupe international, il va adopter les standards de transparence financière, introduit des actionnaires américains à son capital, défend des idées libérales, et finance les partis politiques démocratiques opposés au pouvoir de Vladimir Poutine. Populaire et riche, le clan Poutine n'a qu'une idée en tête :  le faire chuter.