Ce carburant vert qui fait peur aux automobilistes allemands

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Les automobilistes ont refusé d'utiliser le nouveau biocarburant E10 à base d'éthanol, provoquant une désorganisation de la distribution. L'affaire a vite pris un tour politique.

A la station service de la Hanauer Landstrasse à Francfort, non loin du futur siège de la Banque centrale européenne (BCE), une pompe reste désespérément libre. Peu loquace, le pompiste reconnaît finalement que seule une poignée de clients s'y hasarde. Sur le flanc de la pompe, un autocollant géant affiche un sigle qui est au centre de la vie publique allemande depuis plusieurs jours. "E10", l'abréviation d'un nouveau carburant contenant 10 % d'éthanol issu de la betterave. Un carburant vert introduit depuis le début de l'année outre-Rhin à la place du classique "super 95" et qui a rencontré un vrai rejet de la part des automobilistes.

En théorie, près de 90 % des autos allemandes acceptent pourtant ce carburant. Mais le défaut d'information a conduit les consommateurs à la défiance. Craignant pour leurs moteurs, ils n'ont guère été rassurés par les pompistes qui, par prudence ou ignorance, leur ont souvent conseillé de se replier sur le plus cher et plus polluant, mais aussi plus sûr, super 98. Du coup, le phénomène est vite devenu préoccupant pour l'industrie pétrolière. Selon BP Allemagne, la part de marché du E10 atteindrait avec peine la moitié de celle de feu le super 95. Du coup, alors que les stocks de carburant vert restaient pleins, ceux de super 98 se vidaient rapidement, menaçant de désorganiser l'ensemble de la distribution. Si bien que jeudi dernier, la Fédération des industries pétrolières, la MWV, a décidé de suspendre temporairement la production du nouveau carburant E10 afin de s'adapter à la réalité du marché.

Diktat de l'État

Cette révolte des consommateurs a rapidement occulté les autres grands sujets du moment dans les médias allemands. Le ministre de l'Économie, Rainer Brüderle a dû convoquer ce mardi un sommet de crise auquel ont participé pas moins de quatre ministres fédéraux. Il est vrai que chacun s'est renvoyé la balle des responsabilités. La MWV s'en est pris au diktat de l'État qui a contraint les groupes à passer au E10. Son président, Klaus Picard a ainsi déploré que "dans des conditions de marché normales, si nous n'avions pas une intervention massive de l'État, nous retirerions ce produit". En face, le ministre de l'Environnement Norbert Röttgen, très contesté, a renvoyé les pétroliers au manque d'information du consommateur. Il s'est aussi caché derrière les directives de Bruxelles, oubliant cependant que la législation européenne adoptée en 2007, notamment sous la pression allemande, ne dit rien du E10, mais demande seulement l'introduction de 10 % d'énergie renouvelable dans les transports en 2020.

Sans surprise, l'affaire a pris rapidement une dimension politique. Face aux critiques de l'opposition, les Libéraux du FDP, toujours aux abois dans les sondages, ont réclamé que l'on retire le nouveau carburant. Mais à l'issue du sommet, le gouvernement fédéral réaffirme son intention d'imposer le E10 au marché moyennant une offensive d'information et la reconnaissance d'une responsabilité commune de tous dans la crise. Une crise qui risque cependant de marquer les esprits à deux semaines du grand dimanche électoral du 27 mars où se dérouleront plusieurs scrutins locaux déterminants.

 

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Commentaires
a écrit le 13/03/2011 à 8:46 :
Que d'ignorance dans la leçon de choses prodiguée par Charl à 11:40. Une somme d'amalgames indifférenciés, pour beaucoup déjà démentis pourtant, mais répétés et colportés encore, par paresse intellectuelle, parce qu'on ne sait plus comment appréhender une réalité complexe autrement que dans le repli foetal que constitue le principe de précaution. Philippe Muray dénonçait l'infantilisation de notre société. En voilà un exemple.
a écrit le 13/03/2011 à 8:35 :
Et au Brésil, les voitures européennes roulent au superéthanol, pendant que l'Europe se meurt dans ses peurs et ses angoisses qui ont remplacé ses vertus perdues. Emportée, la vieille Europe...
a écrit le 13/03/2011 à 3:11 :
Cela fait longtemps qu'on a de l'éthanol dans le super en France et du Diester dans le Gasole ... où est le drame ?
a écrit le 12/03/2011 à 19:10 :
L'ecologie doit aller avec économie pour l'utilisateur, si le litre de E10 est inférieur de 2 a 3 centimes au prix du 95 ou est l'economie quand la consommation est nettement supérieure, on ne fera de l'ecologie quand on la rendra compétitive , il semble que l'interet des gouvernements ne va pas en ce sens.
a écrit le 12/03/2011 à 10:40 :
Le problème majeur de ce carburant E10 c?est l?augmentation de 30% constatée par beaucoup d?automobilistes ; Alors quel intérêt autre que celui d?ordre écologique et dieu sait si dans ce domaine toute la soupe qu?on nous sert depuis 5 ou 6 ans est sujette a polémique.
L?introduction du E10 a pour dessein de satisfaire aux objectifs écologiques de la France : savoir que les biocarburants devaient représenter en 2010 7% de la consommation en carburant dans le pays Bien sûr, l?intention est louable : lutter contre les gaz à effet de serre et, ipso facto, contre le pseudo réchauffement climatique. Mais la production de biocarburants (ou agro carburants, terme plus adéquat mais moins connu), telle qu?elle est définie aujourd?hui, c?est-à-dire basée sur la culture intensive de céréales ou de cannes à sucre (éthanol), revient à alimenter le réservoir de sa voiture au détriment des estomacs humains. Elle accentue la déforestation (forêt amazonienne et Brésil, notamment, l?un des pionniers forcené en la matière), enchérit le prix des denrées alimentaires de 15 à 75 % selon les sources, car celles-ci sont distraites au bénéfice des agro carburants, mobilise des millions d?hectares arables au seul profit de la consommation énergétique et au détriment de l?agriculture alimentaire.
D?autres part l?intérêt économique peut être mis en doute lorsqu?on constate le caractère volatile des matières premières depuis quelques mois.
En tous cas moi j?en ai fait l?essai et j?ai vite abandonné, ces carburants sont certes moins chers, mais vu l?augmentation de la conso et le risque mécanique, qui quoi qu?on dise, existe, l?intérêt d?emploi est nul. C'est une vrai arnaque a l'écologie.On est en présence de phénomene croissant d'écologie mercantile

Réponse de le 17/03/2011 à 5:00 :
30% de consommation en + ce n'est pas le E10 mais le E85, ce qui est normale. faut pas tout mélanger.
a écrit le 12/03/2011 à 8:26 :
Non, la Tribune a retrouvé Hergé! C'est quand le prochain album de Tintin?
a écrit le 12/03/2011 à 7:29 :
Encore et encore l'anti-démocratique commission européenne et ses diktats, aux commandes de tous nos faits et gestes? Mais quand allons-nous leur faire rendre gorge, comme aurait dit l'autre?

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