Poussée historique des Verts allemands sur la vague anti-nucléaire

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La Tribune Infographie / CLACHKAREFF
La Tribune Infographie / CLACHKAREFF (Crédits : La Tribune Infographie / CLACHKAREFF)
Malgré - ou à cause - de son revirement opportuniste sur l'énergie nucléaire, le parti de la chancelière Merkel semble avoir perdu son bastion depuis soixante ans dans la région du Bade-Wurtemberg. Elle perd du même coup sa majorité relative à la Chambre haute du parlement (Bundesrat). Angela Merkel devra désormais "cohabiter" avec une majorité relative de gauche au Bundesrat.

L'onde de choc de l'accident nucléaire japonais de Fukushima s'est faite sentir ce dimanche à des milliers de kilomètres de la centrale japonaise: au sud de l'Allemagne.

Et la magnitude du séisme politique est très forte pour la chancelière chrétienne-démocrate (CDU/CSU) Angela Merkel: lors du scrutin régional dans le bastion de son parti depuis l'après-guerre, le Bade-Wurtemberg, la CDU enregistre, d'après les estimations, son plus mauvais score depuis 1952 !
Le parti de la chancelière obtiendrait, selon l'estimation (à 20 heures 41), 39,1 % des suffrages (soit presque 5 points de moins qu'il y a cinq ans) dans cette région qui est une des plus riches d'Allemagne et au taux de chômage des plus bas.
Avec la chute similaire de son allié libéral du FDP dans cette région (-5,6 points à 5,3 %, soit à peine le plancher pour être représenté au parlement régional), la coalition conservatrice et libérale (CDU/CSU-FDP) au pouvoir à Stuttgart (et au niveau national à Berlin) risque d'avoir perdu sa majorité au Bade-Wurtemberg.
Une situation sans précédent depuis 1953 pour cette région qui abrite moult fleurons de l'industrie allemande, de Daimler-Benz (Mercedes) à Bosch en passant par Hugo Boss.
La CDU et le FDP obtiendraient ensemble 69 sièges (soit respectivement 61 élus pour la CDU et 8 pour le FDP), selon l'estimation (à 20 heures 41) de la première chaîne publique de télévision ARD.
La gauche, les sociaux-démocrates (SPD) et surtout les écologistes (Die Grünen), disposeraient eux d'une majorité avec, ensemble, 72 sièges.
La sensation est ici que les "Verts" auraient un siège de plus, ou au moins autant, que le SPD (36 élus contre 35 ou 36 sociaux-démocrates), ce qui, en théorie, devrait propulser, pour la première fois dans l'histoire de l'Allemagne, un écologiste au poste de président de la région (ministre président).
Surfant sur la vague anti-nucléaire relancée avec l'accident de la centrale au Japon, Die Grünen doublent littéralement leur score, déjà élevé pour ce petit parti, de 11,7 % en 2006.
Les écologistes obtiendraient 24,1 % des suffrages des électeurs du Bade-Wurtemberg, dépassant de peu les sociaux-démocrates (23,2 %).
D'après les sondages sortie des urnes réalisés par l'institut de sondage Infratest-dimap pour ARD, une grande part des électeurs se sont déterminés avant tout sur le thème de l'acceptation ou du rejet de l'énergie nucléaire.
Pour la majorité des électeurs (47 %) "le nucléaire/ l'environnement est le problème le plus important" dans cette région.
L'éducation n'arrive qu'au deuxième rang (avec 34 %), loin devant le chômage (pour seulement 17 % des électeurs il s'agissait de la principale préoccupation).
La région du Bade-Wurtemberg a connu une croissance de son Produit Intérieur Brut (PIB) de 4,75 % l'an dernier et son taux de chômage est de 4,3 % (chiffre de novembre 2010) contre 7 % pour la moyenne nationale...autant dire que la crise économique n'est plus vraiment un thème dans cet angle sud-ouest (en face de l'Alsace) de l'Allemagne.
La relance du débat sur le nucléaire a doublement profité aux écologistes allemands.
Leur mouvement devenu ensuite parti est en effet né directement du mouvement social des années 1970 contre la construction de centrales nucléaires en Allemagne de l'Ouest (comme à Brokdorf), résumé dans le fameux autocollant à l'arrière des voitures allemandes: "Atomkraft? Nein danke !" ("Centrale nucléaire? Non merci!").
Mais c'est surtout le ralliement, contre toute-attente, il y a quelques jours, de la chancelière Merkel elle-même aux préoccupations contre l'énergie nucléaire qui a dopé un peu plus le score écologiste.
La chancelière chrétienne-démocrate a en effet décidé, peu après l'accident de Fukushima, de fermer sept centrales nucléaires anciennes, dont deux au Bade-Wurtemberg, afin de "coller" à l'émoi public suscité en Allemagne par l'accident nucléaire.

Mais cette décision, d'ailleurs non avalisée par le Parlement, est apparue comme une volte-face: en septembre dernier la même chancelière, et ancienne ministre fédérale de l'Environnement sous Helmut Kohl, avait elle-même poussé à prolonger de plusieurs années l'exploitation des 17 centrales nucléaires, même les plus anciennes, alors que son prédécesseur social-démocrate Gerhard Schröder avait fait voté la sortie du nucléaire, aidé par ses alliés de gouvernement écologistes.

Selon le sondage sortie des urnes d'Infratest-dimap, 78 % des électeurs ont perçu comme "une manoeuvre électorale" la fermeture des sept centrales à quelques jours du scrutin.

Au niveau national, la chancelière reçoit donc une nouvelle gifle électorale après la défaite de son parti l'an dernier aux élections régionales de Rhénanie du Nord-Westphalie (mai 2010) et celle à Hambourg le mois dernier.

Surtout son camp ne disposerait plus de la majorité relative au Bundesrat (la chambre des Länder, équivalent du Sénat français) et devrait donc systématiquement négocier avec l'opposition de gauche pour des projets et des réformes importantes.
69 sièges/voix au Bundesrat (Chambre des Länder) (majorité à 35 sièges)

La coalition de centre-droit d'Angela Merkel (chrétiens-démocrates et/ou libéraux) perdrait les 6 sièges qui reviennent à la région du Bade-Wurtemberg au profit de la gauche.

Le camp de la chancelière ne disposerait que de 25 sièges sur un total de 69 sièges, à dix sièges de la majorité.  Les Verts et les sociaux-démocrates auraient eux désormais 30 sièges au Bundesrat. De quoi gâcher la fin de la législature de la chancelière.

 Dans un autre Land du sud-ouest de l'Allemagne, la Rhénanie-Palatinat, où les électeurs ont là aussi renouvelé leur Parlement régional, les sociaux-démocrates devraient conserver la région, en alliance avec Die Grünen, et donc leurs quatre sièges au Bundesrat.
Les écologistes y ont enregistré une forte percée, à 15,3 %, soit près de 11 points de mieux qu'il y a cinq ans.

Trois autres élections régionales auront lieu cette année en Allemagne : le 22 mai dans la cité-Etat de Brême, le 4 septembre dans le Mecklembourg-Poméranie occidentale et le 18 septembre à Berlin.

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