Zone euro : la solitude d'Angela Merkel

Et si on réhabilitait le rôle de la chancelière allemande dans la gestion de la crise des dettes souveraines ? Sous la pression d'une opinion hostile, elle mène le jeu en Europe. En solitaire certes, mais avec pour enjeu le choix cornélien entre union fiscale ou éclatement.
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Que l'on salue ou que l'on critique la manière dont la chancelière allemande a mené sa barque depuis le début de la crise de l'euro, force est de constater qu'elle mène le jeu. Elle impose non seulement ses vues à la table du Conseil européen mais elle est aussi, et surtout, la seule à pouvoir tenir tête aux marchés. Quel autre dirigeant européen, s'il annonçait que les détenteurs d'obligations souveraines doivent mettre la main au portefeuille, ne s'exposerait à la défiance et à la suspicion des marchés sur ses propres titres ? Aucun. Tous les poids lourds de la scène européenne vivent dans la peur d'être le prochain à voir sa notation abaisser ou le coût de son financement exploser. Tous, sauf l'Allemagne.

Jusqu'à présent, la chancelière a donc pu fixer ses conditions. Elle l'a fait une première fois en imposant la rigueur à la Grèce et, par extension, au reste de la zone euro, quand les 750 milliards du système de stabilisation de l'euro se sont ajoutés aux 110 milliards du paquet grec. Elle l'a fait une seconde fois cet automne en annonçant, maladroitement certes, mais logiquement, que les créanciers des Etats européens ne devaient pas se croire à l'abri d'une restructuration des dettes souveraines. Après la rigueur imposée aux citoyens bénéficiant de la solidarité européenne, elle demandait une seconde contrepartie : la responsabilité demandée aux investisseurs - fonds de pension, assureurs, banques, fonds souverains - qui ont fait mine de croire pendant des années que le risque irlandais ou grec n'était supérieur à celui de l'Allemagne ou de la France que des quelques petits points de base. Angela Merkel ne faisait finalement que rappeler à tous un fondamental du capitalisme : il n'y a pas de rendement sans risque.

Mais à présent, la chancelière doit faire face à un choix beaucoup plus difficile. La question n'est plus de consolider la zone euro par le haut (s'assurer que les Allemands payeront, ce qui a été fait) mais de la consolider par le bas. Le mécanisme mis en place en mai ne tardera pas, en effet, à montrer ses limites. Les Irlandais ont certes échappé temporairement à la pression des marchés grâce au plan de 85 milliards d'euros agréé mardi à Bruxelles par les ministres des Finances. Mais à quel prix ! Mises bout à bout, les aides du FMI et de l'EFSF lui coûteront plus de 5% en moyenne. Un coût de financement élevé assorti d'une croissance faible (1,7% en moyenne dans la zone euro en 2011 selon les dernières prévisions de la Commission) est incompatible avec des dépenses publiques soutenables. À moins de liquider l'État lui-même. D'où, là encore, l'intérêt de faire rentrer la restructuration des dettes dans l'équation. Pour la Grèce, le prix n'est pas moins élevé. Le Portugal risque lui aussi de se retrouver pris en tenaille entre le coût de financement, y compris "solidaire" de l'EFSF, et sa propre croissance.

Le risque, dès lors, est qu'une partie grandissante de la classe politique grecque ou irlandaise ou, demain, portugaise, estime que les arrangements noués à Bruxelles ne soient plus dans l'intérêt national, qu'ils ne leur offrent pas véritablement les avantages de la solidarité, tout en leur retirant leur souveraineté. L'heure n'est peut-être pas si loin où il faudra convaincre les "Olivenländer" (les pays de l'olive, aussi appelés du "Club Med") de rester dans la zone euro.

D'où l'intérêt des eurobonds, dont l'idée est relayée par le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker. Communautariser la partie de la dette de la zone euro jugée acceptable (à concurrence de 40%, 50% ou 60% du PIB) permet de recréer une incitation pour les pays du Sud à y rester, sans les soustraire ni à la perte de souveraineté fiscale, ni, en réalité, au risque de restructuration du reste de leur dette. L'opinion allemande n'y est pas prête, a rappelé récemment le ministre des Finances Wolfgang Schäuble, défenseur jadis d'une union politique entre la France et l'Allemagne.

Comme l'écrivait Wolfgang Münchau, la zone euro fait face à une alternative entre deux issues également impensables il y a quelques mois : l'union fiscale ou l'éclatement. Dans le silence assourdissant de Paris qui ne pense qu'à détourner l'attention des marchés de son propre cas, le débat européen risque de se réduire à un face-à-face germano-allemand entre les défenseurs de l'union économique, d'un côté, et les sécessionnistes de l'autre. Outre-Rhin, l'ancien patron des patrons allemands et professeur d'économie, Hans-Olaf Henkel, a regagné récemment de la visibilité politique en plaidant pour la séparation de la zone euro en "Neuro" et "Zeuro" : au Nord, les vertueux, autour de l'Allemagne, et que le Sud se débrouille. Madame Merkel doit se sentir bien seule...

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Commentaires 2
à écrit le 18/05/2011 à 10:40
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"Dans le silence assourdissant de Paris qui ne pense qu'à détourner l'attention des marchés de son propre cas". Toujours la vieille lune de la vertueuse Allemagne seule dans une Europe de flemmards gominés. Vous avez pris connaissance des statistique...

à écrit le 08/12/2010 à 23:21
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Qu'il y est en Allemagne des réticences cela se comprend, dire qu'elle est seule c'est une vue de journaliste . si la Grèce voulait quitter l'euro -ce dont elle nous menace depuis des années- elle serait dans l'obligation de payer ses dettes illico,...

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