Santé : ce à quoi les Britanniques ont échappé

La réforme britannique de la santé a été en grande partie enterrée ce mardi. L'ouverture au secteur privé, en particulier, est diluée et les médecins pourront choisir ou non de prendre le contrôle de leur budget.
Le premier ministre britannique David Cameron (à droite) et Nick Clegg le numéro du 2 du gouvernement britannique en discussion avec un patient au Guys Hospital de Londres. Copyright Reuters
Le premier ministre britannique David Cameron (à droite) et Nick Clegg le numéro du 2 du gouvernement britannique en discussion avec un patient au Guys Hospital de Londres. Copyright Reuters (Crédits : Reuters)

C'est fou ce qu'il se passe quand un homme politique se met à écouter. Après dix semaines de "pause" pour un "exercice d'écoute", le gouvernement britannique a décidé de fortement diluer sa réforme de la santé. David Cameron, Premier ministre britannique, a bien tenté de retourner l'argument, affirmant que les changements sont la preuve de son ouverture d'esprit et de sa capacité d'écoute, mais il faut pourtant se rendre à l'évidence: la grande réforme du NHS (National Health Service, le service de santé britannique) n'aura pas vraiment lieu (lire le communiqué de Downing Street en anglais).

Le demi-tour partiel lui coûte pourtant cher politiquement. David Cameron, qui a promis de ne pas réduire le budget de la santé (le seul ministère à échapper à la grande cure d'austérité du pays), jouait gros sur cette réforme, en tentant de s'attaquer au mamouth qu'est le NHS, très cher au coeur des Britanniques.
Il proposait deux vastes changements. Le premier était de donner la gestion du budget du NHS aux médecins; le second était d'accélérer l'ouverture au service privé.

Les deux idées étaient révolutionnaires pour le NHS, un système de santé entièrement gratuit (les Britanniques n'ont pas un centime à débourser en allant voir le médecin) mais très bureaucratique et lent. Actuellement, le budget est géré par des organismes administratifs pour chaque grande région du pays. Le confier aux médecins relevait d'une idée simple : ce sont eux qui connaissent les vrais besoins de leurs patients. De plus, cela devait permettre de supprimer une couche administrative. Mais certains médecins répliquent qu'ils n'ont ni le temps, ni la compétence, ni même l'envie de gérer un budget. Surtout, ils ne veulent pas se retrouver dans la position de consciemment refuser de prescrire un médicament, ou de réduire la durée des visites, pour des raisons budgétaires. Selon eux, gérer le budget et soigner les patients est un conflit d'intérêts permanent.

Quant à l'ouverture à la concurrence du secteur privé, elle existe partiellement depuis les années Blair. Mais il était question de fortement l'étendre. Le personnel du NHS craignait en particulier que le secteur privé ne s'occupe que des cas les plus simples, où un bénéfice peut être dégagé, laissant au secteur public les patients le plus durs. Au passage, cela aurait renforcé l'apparente mauvaise "productivité" du NHS, tout en réduisant ses ressources, détournées par le privé.

David Cameron a donc tranché ce mardi. Le transfert des budgets aux médecins aura lieu, mais la date butoir de 2013 est retirée. Les médecins qui ne seront pas "prêts" à cette date pourront continuer à repousser l'échéance. Autrement dit, cette partie de la réforme dépendra du succès qu'elle a auprès des médecins.
Mais la vraie concession concerne l'ouverture à la concurrence. Le principal rôle du régulateur médical, Monitor, ne sera plus de renforcer la concurrence, mais d'améliorer le choix des patients. Une façon comme une autre de diluer l'idée originelle...

Politiquement enfin, cette réforme en partie avortée est une petite victoire pour les libéraux-démocrates, les partenaires juniors de la coalition. Après leur grave défaite électorale le mois dernier, ils pourront s'accrocher à cette bouée de secours comme la preuve de leur "utilité" au pouvoir.

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaires 14
à écrit le 30/06/2011 à 14:26
Signaler
Le problème n'est pas la protection sociale mais la manière dont elle est organisée et fiancée.En France elle est organisée sur des bases corporatistes ( par profession ) et financées par le travail ( cotisations sociales ).Alors que la protection s...

à écrit le 15/06/2011 à 18:43
Signaler
Il faut bien se rendre à l'évidence, face à l'accroissement d'une population européenne vieillissante, les dirigeants sont en train de chercher la méthode à adopter pour amoindrire le coût de la santé publique. Nous devons craindre une nouvelle fois ...

à écrit le 15/06/2011 à 15:15
Signaler
M. Albert, merci pour cet article instructif, mais faites attention à deux détails : les réformes préconisées ne concernent que le système de santé anglais ; l?Écosse, le Pays de Galles et l'Irlande du Nord ont des régimes différents. Plus important,...

à écrit le 15/06/2011 à 12:57
Signaler
La médecine coûte cher c'est vrai, mais si vous aviez un enfant atteint de maladie grave "les hôpitaux d'enfants en sont pleins" vous ne parleriez pas comme ça. Parlez d'une médecine de luxe c'est parler comme un ignorant des souffrances que la malad...

à écrit le 15/06/2011 à 9:22
Signaler
Beaucoup de salariés ont une assurance privée par leur employeur. Mais il doivent recevoir l'aval du médecin du NHS pour y accéder. La France a encore une médecine de luxe qu'elle ne pourra pas payer indéfiniment. Accouchement outre-Manche : 24 heure...

le 15/06/2011 à 9:43
Signaler
Une amie americaine a accouché aux USA : 72h en hopital car l'accouchement a pris du temps. Et une semaine plus tard = 25.000 euros de facture, accouchement sans complication

le 15/06/2011 à 14:35
Signaler
et bien, sans assurance on fait pas d'enfant pour ce cout là.. vaut mieux les adopter en afrique comme certains vip!! sans allé jusque là; la medecine sera toujours un poste de dépense plus que de recette, c'est pourquoi il faut le rationaliser au ma...

à écrit le 14/06/2011 à 22:03
Signaler
Un peu comme nous, déléguer aux privée va couter plus cher au final pour le patient, pour que au bout de plusieurs années les frais soit de moins en moins remboursé. L'ouverture aux privée n'a jamais fait de bien, surtout pour un secteur de nécessit...

à écrit le 14/06/2011 à 20:57
Signaler
Je ne comprends pas cette intrusion du privé dans le domaine médical. C'est croire quelque part que le fric va améliorer ou optimiser la qualité des soins. Cette conception de la médecine me paraît viciée et immorale. Je croyais que la médecine repos...

à écrit le 14/06/2011 à 17:58
Signaler
penser que l ouverture au prive ferait baisser les couts, c est mal connaitre la situation des etats-unis...

le 15/06/2011 à 5:33
Signaler
Ceux qui veulent privatiser la santé connaissent au contraire tres bien la situation de gavage aux USA et souhaitent ainsi l'installer en Europe pour pouvoir a leur tour se gaver sur le dos des malades.

le 15/06/2011 à 8:01
Signaler
propos a nuancer, ce ne sont pas forcement les medecins qui se gave, d'ailleur un article recent de la tribune faisait etat du fait que la france produit plus de medecin que les usa, etrange non pour une profession qui se gave, non le probleme est ai...

le 15/06/2011 à 9:08
Signaler
J'ai vecu 8 ans aux USA : visite chez le generaliste = 60 dollars au minimum non rembourse, visite chez le specialiste (120 dollars au minimum) et assurance santé privée à 350 euros par mois (et j'ai de la chance je n'etais pas fumeur sinon l'abonnem...

le 16/06/2011 à 7:54
Signaler
c est plus complique et globale que cela, c est meme un cercle vicieux en fait: il faut prendre en compte un element tres important pour les usa>>>> la judiciarisation des relations, il faut savoir et vous ne me direz pas le contraire que "les patien...

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.