"En indemnisant la victime présumée, DSK peut se sortir d'affaire rapidement"

Robert Zara, avocat au barreau de New York, décrypte pour La Tribune les aspects juridiques de l'affaire DSK. Après avoir décrit le système pénal américain, l'accord à l'amiable, très fréquent aux Etats-Unis, la possibilité offerte à la victime de retirer sa plainte, il évoque le pouvoir de l'argent dans une procédure de ce type.
Copyright Reuters

Dans notre dernier entretien, vous avez suggéré qu'un arrangement financier à l'amiable avec la victime pouvait mettre fin à la procédure en cours. Quels seraient les montants en jeu ?

Quelques millions de dollars, assurément. Le versement d'une telle somme pourrait offrir a DSK une sortie de secours.

En France un tel scénario serait probablement interprété comme une preuve incontestable de sa culpabilité. Qu'en pensez-vous ?

Un ami français résident depuis longtemps à New York m'a tenu le même propos. Je lui ai dis que c'est une erreur de penser de la sorte.

Pourquoi ? S'il dédommage la victime présumée, DSK n'admet-il pas sa culpabilité? S'il est innocent, ne devrait-il pas consacrer son argent pour défendre sa réputation ?

Il faut comprendre qu'en l'absence de preuve vidéo, un procès n'est en fin de compte que l'opposition de deux interprétations diamétralement opposées d'un événement passé. Et que les interprétations peuvent être différentes. Tout dépend notamment de la façon dont les éléments du dossier leur seront présentés. Les témoignages divers, les photos, les nombreuses appréciations d'experts qui leur seront présentés sont des éléments fragmentaires et isolés qui peuvent donner lieu à des interprétations aléatoires.

Et les preuves dites scientifiques comme l'ADN ?

Même les preuves dites scientifiques et donc supposées infaillibles, comme les traces ADN, ne pourront en aucune manière trancher si la relation a été consentie ou non.

On ne peut donc rien prouver alors ?

Il faut bien admettre que des individus peuvent avoir des interprétations différentes. Chacun de nous interprète le monde à travers un système de valeurs qui est le fruit de son expérience personnelle. Je veux rappeler le cas de l'espagnol Joaquín José Martínez accusé d'un double meurtre en 1996 en Floride. Il fut jugé coupable par un premier jury qui l'a condamné à la peine de mort. Puis, lors d'un second procès, le jury composé d'autres individus l'a acquitté, bien qu'aucun élément nouveau n'ait été apporté au dossier. Simplement, l'interprétation des faits a été différente. Je veux bien croire à son innocence mais personne ne sait réellement s'il a commis le double crime en question. Seul lui le sait.

Quel est le rapport avec le cas DSK ?

Aux Etats-Unis, même si vous êtes complètement innocent, comparaître devant un jury comporte certains risques. Décider de ne pas les prendre est, je pense, totalement légitime. Si DSK fait le choix de dédommager la victime présumée, il ne faut pas en déduire qu'il est coupable. Il faut se rappeler qu'il risque d'être condamnée à passer plus de vingt ans derrière les barreaux. Quand vous risquez une peine aussi longue, et que vous en avez les moyens, tous les moyens sont bons pour se sortir de cette situation.