L'économie thaïlandaise est indifférente aux soubresauts politiques

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LA SOEUR DE THAKSIN SE PRÉPARE À DIRIGER LA THAÏLANDE
LA SOEUR DE THAKSIN SE PRÉPARE À DIRIGER LA THAÏLANDE (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2011. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
Malgré une instabilité politique notoire, la Thaïlande jouit d'une forte croissance économique depuis cinquante ans. Le retour au pouvoir du camp Thaksin ne devrait pas changer la donne.

Cinq ans après le coup d'Etat qui a provoqué son exil, l'ex-Premier ministre Thaksin Shinawatra prend sa revanche : lors des élections législatives du dimanche 3 juin, le parti Puea Thai, dirigé par sa s?ur cadette Yingluck Shinawatra, a remporté 265 des 500 sièges, soit la majorité absolue.

L'armée thaïlandaise va-t-elle remettre en cause ce résultat, comme elle l'a si souvent fait par le passé ? Quand bien même ce serait le cas, l'économie thaïlandaise ne devrait pas trop en souffrir : sa croissance reste insolemment positive malgré l'instabilité politique dans le royaume. D'ailleurs l'indice de la Bourse de Bangkok a progressé de 4,69% lundi à sa réouverture, après l'annonce de la victoire du camp Thaksin.

Le Premier Ministre en fonction Abhisit Vejjajiva a concédé sa défaite le soir même du scrutin, son parti n'ayant obtenu que 159 sièges. La question maintenant est de savoir si l'armée thaïlandaise acceptera ces résultats. En effet, les militaires, proches de la monarchie, se considérant comme "défenseurs légitimes de la nation", sont à l'origine des dix-sept coups d'Etat depuis l'établissement d'une monarchie constitutionnelle en 1932. Depuis, la Thaïlande n'a pas vraiment eu de gouvernement stable, à l'exception des années Thaksin (2000-2006). L'armée a de nouveau orchestré un coup d'Etat en 2006 pour déposer cet homme d'affaires devenu Premier ministre. Depuis, les "chemises rouges" (la couleur des partisans de Thaksin), des citoyens ruraux pour la majorité d'entre eux, ont conduit de nombreuses manifestations, réclamant son retour au pouvoir.

Les "chemises jaunes" (opposants à Thaksin recrutant plutôt parmi la classe moyenne de Bangkok et les aristocrates) ont rétorqué en apportant leur soutien à la monarchie, ce qui a souvent abouti à des émeutes, comme en mars 2010.

Cependant, malgré cette instabilité politique, la Thaïlande connaît une croissance économique étonnante. Son Produit Intérieur Brut (PIB) a augmenté en moyenne de 7,9% par an entre 1960 et 1995, et de 5% entre 2000 et 2007. Comment peut-on expliquer ce paradoxe d'une croissance économique dans un environnement aussi instable ?

Selon Edgardo Torija-Zane, économiste chez Natixis, les fondamentaux économiques de la Thaïlande sont très solides : son épargne domestique est élevée, son taux de chômage faible, son secteur financier sain, la Banque de Thaïlande contrôle l'inflation et dispose de réserves de change abondantes. David Camroux, chercheur à Sciences Po (CERI), ajoute que la monarchie thaïlandaise a toujours plus ou moins maintenu le pouvoir, au détriment des gouvernements instables et faibles. Elle constitue ainsi un facteur de stabilité en entretenant des liens avec les entreprises et différents acteurs économiques.

Certes, des évènements politiques ponctuels comme l'annulation du sommet de l'Asean à Pattaya en 2009 à cause des manifestations des "chemises rouges" ont eu des répercussions directes sur l'économie, notamment le tourisme. Edgardo Torija-Zane constate également une corrélation entre ces évènements et les investissements directs étrangers : leur volume a certes baissé depuis 2006, mais les capitaux continuent d'affluer. A l'approche des élections, la production manufacturière en Thaïlande a diminué, mais pas de manière significative.

Finalement, l'instabilité politique a un impact restreint sur l'économie thaïlandaise. Celle-ci reste beaucoup plus influencée par la conjoncture macroéconomique mondiale que par son climat politique interne. En effet, la Thaïlande a une économie tournée vers l'extérieur : ses exportations représentent 75% de son PIB. Elle a notamment été très touchée, mais brièvement, par la crise financière mondiale: au premier trimestre 2009, son PIB a chuté de 7% (par rapport au trimestre précédent) avant de rebondir de 8% dès l'été 2009. Face à la montée de la concurrence chinoise et vietnamienne, il est nécessaire que la Thaïlande ne dorme pas sur ses lauriers et que son industrie monte en gamme, estime l'économiste de Natixis. "La Thaïlande possède aujourd'hui tous les éléments pour poursuivre un développement économique durable", soutient-il.

Lundi, Yingluck Shinawatra a annoncé qu'elle formerait un gouvernement de coalition. Il reste à savoir si ce dernier sera en mesure de durer sans remettre en cause les bons fondamentaux de l'économie thaïlandaise.

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