Les patrons italiens pressent Berlusconi de crédibiliser son plan de rigueur

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Réunis ce week-end sur les rives du lac de Côme (nord) pour un mini-Davos à l'italienne, décideurs et patrons ont pressé Berlusconi de mettre en oeuvre sans tergiverser ses mesures d'austérité afin de restaurer la crédibilité de l'Italie.

« Un plan de rigueur décisif pour la crédibilité de l'Italie ». C'est en ces termes que le président de la BCE Jean-Claude Trichet a pressé samedi le gouvernement italien de respecter les objectifs de réduction du déficit contenus dans son nouveau plan de rigueur. Il s'exprimait ce week-nd au Forum Ambrosetti, sorte de mini-Davos à l'italienne réunissant jusqu'à dimanche des personnalités du monde politique et de la finance à Cernobbio, sur les rives du lac de Côme (nord). « Il est essentiel que l'objectif qui a été annoncé pour diminuer le déficit soit pleinement confirmé et mis en ?uvre », a déclaré Jean-Caude Trichet appelant le gouvernement à renforcer la "flexibilité" de l'économie italienne.

La BCE avait décidé début août de reprendre son programme de rachat d'obligations publiques, adopté au printemps 2010 pour porter assistance à la Grèce, en raison de l'aggravation de la crise de la dette qui menaçait des économies comme l'Italie ou l'Espagne. Ces rachats ont permis de calmer les tensions, faisant redescendre les taux obligataires de l'Italie et de l'Espagne, qui avaient atteint des niveaux record. Mais la BCE entend être déchargée au plus vite de cette tâche qui ne fait pas l'unanimité au sein de son conseil des gouverneurs. La semaine dernière, Jean-Claude Trichet a une nouvelle fois appelé les gouvernements de la zone euro à tenir les promesses faites le 21 juillet pour résoudre la crise de la dette. L'une d'elles prévoit que le Fonds européen de stabilité financière (FESF), créé pour venir en aide aux Etats en difficulté de la zone euro, prenne le relais de la BCE pour le rachat d'obligations publiques.
Mais en marge du Forum Ambrosetti, Franco Frattini le ministre italien des Affaires Etrangères a indiqué que le gouvernement italien insistera auprès de la BCE pour qu'elle poursuive son programme de rachat d'obligations publiques, notamment italiennes. « J'exclurais que la BCE décide d'arrêter d'aider dans ces termes, en achetant des titres d'Etat », a-t-il ajouté, tout en soulignant que « beaucoup dépendra de l'approche cohérente » de l'Italie dont le Parlement doit « vite adopter le nouveau plan d'austérité afin de mettre à l'abri les finances publiques ».

Face à la perte de confiance des marchés qui a fait dangereusement grimper le coût de l'énorme dette de 1.900 milliards du pays, le gouvernement de Silvio Berlusconi a adopté en urgence le 12 août une nouvelle cure d'austérité de 45,5 milliards d'euros, qui s'ajoute à un plan de 48 milliards entériné en juillet. Ces nouvelles mesures doivent permettre à l'Italie de parvenir à l'équilibre budgétaire en 2013, et non en 2014 comme prévu auparavant. En 2010, le déficit du pays s'est élevé à 4,6% du PIB. Mais le gouvernement a depuis renoncé à l'une des mesures phares de ce plan, une « taxe de solidarité » pesant sur les Italiens les plus riches, et a également abandonné une mesure contestée sur les retraites: des tergiversations qui ont alors soulevé des questions sur la crédibilité de son action. Afin de compenser le manque à gagner, il mise sur le renforcement de la lutte contre l'évasion fiscale, dont les résultats sont toutefois très difficiles à estimer selon les économistes, et a annoncé jeudi plusieurs mesures dont des peines de prison pour les personnes coupables d'évasion pour un montant supérieur à trois millions d'euros.
La Commission européenne s'est inquiétée vendredi de ce poids accordé à la lutte contre l'évasion. Tout comme le patronat italien qui s'est dit « déconcerté » par ces mesures « approximatives » destinées à compenser l'abandon d'autres mesures. S'il indique « partager depuis longtemps l'objectif d'une lutte sérieuse et efficace contre l'évasion fiscale », l'organisation patronale Confindustria, dénonce « la hâte » avec laquelle le gouvernement a mis au point des mesures « approximatives qui devront nécessairement être revues ». Elle critique notamment le fait que les sociétés en pertes trois ans de suite seront soupçonnées d'être des sociétés créées uniquement pour cacher des biens au fisc et feront l'objet de contrôles. Or, avec la crise, de nombreuses sociétés ont accusé des pertes et ne peuvent pas être davantage pénalisées en étant soupçonnées d'évasion, argumente le patronat. L'organisation se dit par ailleurs « stupéfaite » que sa proposition d'abaisser à 500 euros le seuil d'utilisation de l'argent liquide dans les transactions, plus efficace selon elle contre l'évasion, n'ait pas été retenue.

La veille de la réunion, la Confindustria avait déjà qualifié le plan de rigueur de « faible et inadéquat » dans l'ensemble et avait exprimé sa « forte inquiétude ». Selon les patrons, le gouvernement doit en effet accélérer sur les réformes structurelles afin de relancer une croissance déjà atone qui sera inévitablement ralentie sous l'effet des mesures d'austérité. Pour le patron du chausseur Geox, Mario Moretti Polegato, « le problème le plus grave est le chômage des jeunes » qui atteint près de 30%. Selon lui, « l'Italie souffre aujourd'hui plus que les autres pays européens car elle a un système politique pris dans la confusion. Nous attendons des réformes, des amendements du gouvernement mais ils changent tous les jours. Le patron de Geox va même jusqu'à alerter les esprits sur une possible insurrection populaire : « si nous n'intervenons pas, nous ne relancerons pas l'économie et nous risquerons notre démocratie, car ces jeunes feront comme en Libye ou en Tunisie. Ils descendront dans la rue ».

Même son de cloche chez son homologue, Gabriele Galateri di Genola, président de l'assureur Generali : « On ne peut pas attendre que, chaque fois, une décision soit annoncée puis remise en cause et à nouveau revue. Mon souhait, c'est vraiment qu'on ne perde plus de temps afin que la crédibilité revienne et que l'Italie puisse faire des réformes structurelles plus lourdes avec beaucoup plus de tranquillité ».

La crédibilité de la stratégie italienne est d'autant plus sur la sellette que son propre chef de gouvernement suscite lui-même des doutes. La presse internationale a fait ses choux gras des propos quasi injurieux tenus par Silvio Berlusconi à l'encontre de son pays (le qualifiant de « shitty country », c'est-à-dire de « pays de m.... »). Certes, il s'agit d'une conversation avec un ancien rédacteur en chef de journal interceptée par les médias, mais cela en dit long sur le sentiment de perte de contrôle de la situation par le gouvernement italien. L'économiste Nouriel Roubini, présent ce week end à la réunion de Cernobbio, a suggéré que Berlusconi restaure la confiance en s'entourant d'un nouveau gouvernement de technocrates, propre à sortir le pays de la confusion.
 

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a écrit le 05/09/2011 à 9:00 :
Il y a un autre phénomène très italien. Pendant des décennies, des pans entiers de la société italienne ont vécu sans verser le moindre sou d'impôts. Demander une facture à un dentiste, à un avocat, à un menuisier vous exposait à voir la facture doubler ou tripler. Les Italiens ont toujours cru qu'un tel système pouvait être gérable ad vitam eternam. Il est en train d'exploser. Les journaux financiers de la péninsule nous indiquent que la fraude fiscale annuel représentent environ 270 milliards d'euros.Il suffirait de récupérer de telles sommes mais personne ne le veut vraiment. Ni la gauche, ni la droite. ET c'est bien là le problème
a écrit le 04/09/2011 à 15:01 :
Le problème à Rome comme à Paris d'ailleurs c'est que la politique est devenue un métier juteux. Entre le bien d'un pays et la possibilité de conserver son siège, le choix est vite fait. Dans les élécraties, les hommes politiques sont des produits de consommation. Tout va toujours bien, la crise (c'est quoi la crise ?). Il n'y a qu'à voir la difficulté des politiques hexagonaux à prononcer le mot RIGUEUR ou à admettre la hausse du chômage. Tutto il mondo è paese dit-on chez nous (c'est partout pareil)...
Réponse de le 04/09/2011 à 15:31 :
pardon, dans les élécraties, les hommes politiques sont des comédiens complices des voyous de la finance. Meme les Israéliens le disent haut et fort dans la rue ... alors !!!
Réponse de le 04/09/2011 à 19:01 :
A la veille des élections ceux là même qui peuvent encore payer ! crise oblige- font "pression" pour ne rien payer ou si peu que - les dirigeants des états ne sont plus crédibles aux yeux du Marché - d'ailleurs si la France et l'Italie sont très endettés c'est que trop de cados fiscaux eont empêché l'argent de rentrer dans les caisses des etat s ...
a écrit le 04/09/2011 à 12:10 :
Monsieur berlusconi devrait s'entourer d'un couple très avisé de consultants disponibles : le couple DSK dont lépouse trompée est enjouée. Voilà un super couple à inviter dans les émissions de télé réalités italiennes, en choisissant les plus sallasses possibles, mais pour Berlusconi, c'est facile ...
a écrit le 04/09/2011 à 11:58 :
Ils sont marrants les Bruxellois et les patrons Italiens. Ils forcent le gouvernement de Berlusconi a faire un plan et voila que maintenant ils voudraient que le plan soit applique.Passe encore pour Bruxelles(encore que), mais les patrons Italiens....comme s'ils ne connaissaient pas la regle du jeu

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