Mario Draghi surprend dès son arrivée en baissant les taux

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Infographie La Tribune
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Face à une situation économique dégradée, le nouveau président de la BCE a procédé à une détente d'un quart de point du taux directeur, ramené à 1,25 %.

Pour un baptême du feu, ce fut un baptême du feu. Cerné de toutes parts, le nouveau président de la Banque centrale européenne, l'Italien Mario Draghi à peine adoubé a dû faire face au maelström qui s'abat sur l'Europe. Lors du premier conseil des gouverneurs sous sa présidence, juste deux jours après son entrée en fonction, il lui a fallu porter secours à un malade en soins intensifs. Au grand maux, les grands remèdes : l'acte fondateur de Mario Draghi aura été une baisse des taux d'un quart de point, ramenant le taux directeur - le refi - à 1,25 %. Un geste que le marché n'attendait pas. C'est la première détente monétaire depuis mai 2009, date à laquelle le refi avait été abaissé au plancher historique de 1 %.

Super Mario

Draghi a donc osé commencer à détricoter la toile tissée par la BCE, annulant la moitié de la hausse des taux opérée depuis avril par Jean-Claude Trichet. Ce dernier, alors quasiment assuré que la reprise était en marche, avait relevé à deux reprises d'un quart de point le taux refi, pour le porter à 1,5 % en juillet. Le coup de froid qui, depuis, s'est abattu sur l'économie de la zone euro, via l'extension de la crise de la dette, militait pour un geste fort. Trichet lui en a laissé la primeur. Super Mario, le surnom dont il a hérité pour le sang-froid dont il avait fait preuve dans la gestion de la crise aiguë de 1992 en tant que directeur du Trésor, après que la lire italienne eut été boutée hors du mécanisme de change du SME, s'affiche d'emblée comme un pragmatique, dans la filiation directe de son illustre prédécesseur. Son diagnostic économique est sans appel. L'inflation, si elle reste élevée, puisque le dernier chiffre ressort à 3 % en glissement annuel, devrait revenir en 2012 en dessous de la ligne jaune de 2 % que la BCE lui assigne, « le niveau qui convient à notre définition de la stabilité des prix ». Parallèlement, la croissance du PIB réel « devrait être très faible au second semestre. Ce que nous observons, c'est une croissance lente qui s'achemine vers une récession modérée d'ici à la fin de l'année ». Sous entendu: cette situation militerait pour un retour au statu quo ante, c'est-à-dire à un nouvel assouplissement monétaire au cours des mois à venir qui ramènerait le taux directeur à 1 %, si les équipes de prévisions de la BCE confirment ce diagnostic lors de leur prochaine mise à jour en décembre. Mais aucune nouvelle baisse des taux n'a été pré annoncée pour cette époque. Et selon toute vraisemblance, Mario Draghi n'ira pas au-delà. L'hommage qu'il a rendu à la Bundesbank lors de sa conférence de presse en dit long sur les limites qu'il ne dépassera pas, alors que les taux d'intérêt réels (défalqués de l'inflation) sont déjà en territoire largement négatifs. La référence à la Buba explique aussi la tiédeur du nouveau président vis-à-vis du programme d'achat de titres de dette de la BCE, qui a porté sur 173,5 milliards d'euros depuis mai 2010. Il le qualifie de « temporaire, limité et justifié pour assurer la transmission de la politique monétaire ». On a cru déceler dans cette phrase une certaine impatience à passer le témoin au Fonds européen de stabilité financière.

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Commentaires
a écrit le 04/11/2011 à 16:57 :
A t-on besoin d'un fonctionnaire au sens noble du terme pour diriger la BCE ?On a besoin d'un homme qui comprenne la situation et prenne les bonnes décisions de gestion de la monnaie face à des situations complexes et dangereuses.Qu'il soit fonctionnaire ou non n'a aucun intérêt.Rappelez- vous que monsieur HAberer, austère fonctionnaire français à la tête du Crédit Lyonnais nationalisé par les socialistes a laissé au contribuable français une ardoise de plusieurs milliards, donc recapitalisé à nos frais pour demander ensuite au C.Agricole d'assurer sa survie dans la sphère privé.J'ai comme l'impression qu'en France, en dehors de qqs personnes, nul ne connait le rôle clé des Bqs, dans la vie économique et qu'un fonctionnaire fut-il français n'est pas forcément le + compétent pour diriger une Banque centrale( Strauss-Kahn ne sortait pas de l'Inspection des Finances et avait été accepté comme Directeur du FMI par toute la communauté internationale.De toute façon les services de la Bce sont gérés par des économistes allemands et rien ne peut se faire sans leur aval. Leur récent désaccord a obligé A.Merkel a changé certains.
a écrit le 04/11/2011 à 10:30 :
Un loup dans la bergerie ? Monsieur Trichet, bien qu'un peu austère, avait l'avantage d'être un fonctionnaire au sens noble du terme, animé seulement par son travail dans le cadre du mandat confié à son institution. Il a du devant la menace internationale prendre la décision (à contre-coeur) de passer outre.
Ce qui m'interpelle avec Monsieur Draghi et, je me permets de douter de ce fait de sa totale dévotion envers l'institution, c'est son passé de banquier d'affaires chez Goldman Sachs, qui pourraît s'avérer un peu trop favorable aux banques. Ceci étant, ces dernières étant en mauvaise posture, ne faut il pas relacher la pression à court-terme sur ces dernières pour aider l'économie. Une politique appliquée par la FED avec un résultat très mitigé !
a écrit le 04/11/2011 à 8:50 :
Il faut que l'Euro retrouve son taux d'échange approprié qui tourne aux alentours de 1,20,- US-dollar. Seul les gros industriels, à l'affut de rachat dans le monde, ont intérêt a voir l'Euro aussi fort qu'actuellement. Un Euro plus faible ne fera pas monter les prix sensiblement puisque nous importons surtout d'autres pays de la Zone Euro et par la même occasion obligera les gros industriels, surtout allemands et français à investir plus dans la Zone Euro. Un Euro fort et surtout nécessaire au fanatisme conquérant des Allemands qui leur permettrait de racheter le monde avec leur excédent commercial exorbitant et permanent.
Il faut tenir compte que le chômage des jeunes a atteint un niveau alarmant dans beaucoup de pays de la Zone Euro.
a écrit le 04/11/2011 à 3:30 :
Pas de problème.
On nomme un ancien de GS à la BCE. On créé l'équivallent de la FED avec encore plus de pouvoir, moins de transparence et aucun contrôle avec le MSE.
Et on met en route les mêmes méthodes en commençant par baisser les taux, ce qui est très favorable aux banques, et on va racheter de la dette souveraine et surtout empêcher les gêneurs de venir mettre leur nez dans les affaires...
Réponse de le 04/11/2011 à 9:16 :
Exactement !
Réponse de le 04/11/2011 à 9:30 :
C'est exactement comme cela que je le ressens aussi. Bref, un bon coup d'accélérateur avant le mur.
a écrit le 04/11/2011 à 1:18 :
Parfaitement prévisible !

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