BCE : un nouveau patron pour de nouvelles ambitions

 |   |  737  mots
La Tribune infographie
La Tribune infographie
Mario Draghi succède à Jean-Claude Trichet à la tête d'une banque européenne sous pression. A court terme, il lui faudra éviter tout dérapage du marché obligataire, un blocage du marché monétaire et conjurer les risques de récession. Mais il devra aussi accompagner la marche vers une gouvernance économique de la zone euro.

La physionomie de l'Europe n'a pas changé en une nuit, fût-elle de sommet marathon. La Banque centrale européenne reste après treize ans d'existence et restera encore longtemps le seul organisme fédéral de la zone euro. Les traités européens ne seront pas modifiés du jour au lendemain, la marche vers une gouvernance économique de la zone, si elle apparaît désormais comme une ardente obligation pour la survie de la zone euro, prendra des années. Et à ce titre, la BCE va rester incontournable. D'autant plus incontournable que les quatre années de crise qui ont secoué la planète depuis l'éclatement de la crise des subprimes aux États-Unis, puis de la dette souveraine de la zone euro, ont fait d'elle un acteur politique de premier plan.

L'ambitieux testament légué par Jean-Claude Trichet servira de guide, mais le choc fédéral ne s'enclenchera que très progressivement. Quelques mois avant la fin de son mandat, le président avait posé cette question qui pouvait alors paraître saugrenue : « Serait-ce trop audacieux, d'un point de vue économique, avec un marché unique, une monnaie unique et une banque centrale unique d'envisager un ministre des Finances de l'Union ? » Si l'idée a commencé à faire son chemin, il n'en reste pas moins qu'elle implique, outre un abandon de souveraineté, répulsif pour bon nombre de responsables européens, une révision pure et simple des traités européens. Il s'agit donc d'un projet de moyen terme.

Les défis de la BCE restent énormes

À court terme, à l'heure du passage de témoin de Jean-Claude Trichet à Mario Draghi, les défis de la BCE restent énormes. Certes, l'accord des Dix-Sept de la zone euro décroché aux premières heures du 27 octobre a permis d'éviter une catastrophe, mais il ne constitue qu'un pare-feu. Il faut à tout prix éviter que le marché obligataire, source essentielle du financement de l'économie, ne dérape, que le marché interbancaire ne s'asphyxie et que l'économie ne s'enfonce dans la récession.

Pour la première de ces trois missions, la BCE a réussi à préserver son indépendance en n'étant pas impliquée dans le processus d'optimisation du Fonds européen de stabilité financière (FESF). Mais le FESF ne va pas pour autant, malgré sa force de frappe démultipliée, lui permettre, comme elle l'aurait souhaité, de se désengager rapidement du marché de la dette où elle était entrée à contrecoeur en mai 2010, lors de la première phase de la tragédie grecque. La BCE a actuellement en portefeuille pour 173,5 milliards d'euros d'emprunts d'État, essentiellement grecs, portugais et irlandais et depuis août dernier espagnols et italiens. Des titres acquis sur le marché secondaire, celui de la revente par les investisseurs, car le traité européen lui interdit de financer directement les États. Ce montant n'est certes pas comparable à celui accumulé par la Fed, via la monétisation de la dette publique, dont le bilan est gorgé de quelque 1.700 milliards d'actifs. Mais un retrait trop rapide de la BCE serait ravageur pour le marché obligataire, où les rendements à long terme des pays notés triple A de la zone euro se maintiennent à des niveaux voisins de leurs records.

La deuxième mission de la BCE, qui consiste à alimenter le circuit bancaire en liquidités, est d'autant plus cruciale que - c'est une spécificité de la zone euro - les banques assurent 75 % du financement de l'économie. Ayant déjà détricoté ses mesures de sortie de crise, notamment en exhumant les adjudications à un an, la BCE va devoir se concentrer sur son rôle captif de refinancement des banques, ses capacités étant en théorie illimitées. L'objectif : éviter une thrombose du marché monétaire de même nature que celle qui l'avait étranglé après la faillite de Lehman Brothers, lorsque les banques étaient entrées dans l'ère du soupçon.

Enfin, face au coup de froid qui s'abat sur l'économie, la BCE risque d'être contrainte de faire marche arrière sur sa politique monétaire conventionnelle. Après les deux tours de vis d'avril et juillet, qui ont porté le taux directeur de 1 % à 1,5 %, c'est à une détente que s'attendent maintenant les marchés. Ce pourrait être l'acte fondateur du nouveau président, d'ici à la fin de l'année.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 03/11/2011 à 4:01 :
Ah bon?
Parce que maintenant la BCE doit être instrumentale dans la construction même du fédéralisme européen qu'on veut nous imposer au détour d'une crise dont l'origine est déjà cette volonté?
Quand on lit en détail le texte instituant le MSE (nouvel avatar du fond de solidarité) on se demande bien ce qui reste de notre démocratie. Nous ne serons plus gouvernés et administrés que par des organismes ne répondant pas devant nous de leurs décisions, avec à leur tête des personnes non élues et protégées de tout recours: ni enquête, ni saisie, ni mise en cause possible ni par les états, ni par les cours...
a écrit le 01/11/2011 à 20:09 :
Ce nouveau patron est un ancien de Goldman Sachs, donc j'ai beaucoup beaucoup de craintes.
a écrit le 31/10/2011 à 18:40 :
Baisser le taux directeur de la BCE alors que l'inflation caracole depuis 11 mois à 3% ne semble pas être la meilleure décision que M. Draghi puisse adopter en prenant ses fonctions. Le manque de croissance n'est pas la conséquence d'un taux directeur trop élevé. Le taux de croissance est plombé par l'endettement excessif, et lâcher du lest va faire grossir les excès de dettes et bulles en tout genre. Question : 1) l'endettement, on veut le faire baisser ou l'augmenter. 2) Pour rétablir la confiance, ne faut-il pas faire baisser l'endettement ?
Bref, on peut se poser des questions sur M. Draghi, ce qu'il veut vraiment faire, comment il se situe par rapport aux banques, etc...
a écrit le 31/10/2011 à 15:31 :
C'est hallucinant de constater qu'aucun journal de fait état du fait que Mr Draghi est l'ancien CEO Europe de Goldmann & Sachs, laquelle banque a aidé la Gèce é trafiquer ses comptes pour entrer dans l'euro. J'ai la vague sensation que l'on met à la tête des pompiers le pyromane en chef ...
Réponse de le 31/10/2011 à 18:35 :
+1
Réponse de le 31/10/2011 à 23:43 :
Sujet archi traité mais vous ne l'avez peut etre pas vu :
extrait d'un article de mai 2011 (http://ged.latribune.fr/zetasearch/hweb/index.html?DN_ART=549087 pour les abonnés) "On peut néanmoins s'interroger sur ses activités de président de Goldman Sachs Europe de 2002 à 2005, à une époque où la banque « conseillait » le gouvernement grec pour maquiller ses comptes. Mais les dirigeants européens n'en ont pas fait un obstacle à sa candidature."
Réponse de le 03/11/2011 à 18:57 :
Bonjour et MERCI de signaler cette aventure de Draghi. En effet la mémoire fait défaut en cette époque de médiatisation intense des faux scoops..MERCI encore de signaler cette vérité que bien des médias veulent omettre....ou pire, ignorent!
a écrit le 31/10/2011 à 12:35 :
""L'inflation pour le mois d'octobre dans la zone euro est restée à 3% tandis que les prévisions tablaient sur un repli à 2,8 ou 2,9%. C'est le onzième mois de suite que l'inflation est supérieure à 2%, seuil que vise à moyen terme la banque centrale européenne.""

Laisser filer l'inflation comme la BCE le fait en ce moment est pire que de prendre des mesures pour la contenir. Ce sera un bon test de voir ce que va faire Mario Draghi, et dans quel sens il va infléchir la politique de la BCE par rapport à J-Cl.Trichet.
a écrit le 31/10/2011 à 11:09 :
šPaul krugman dit sur son blog:

"Quelques jours seulement après le prétendu plan de sauvetage, on s'aperçoit que papashultz (oui bon ben on a chacun ses références culturelles) n'a pas pissé très loin. l'Italie doit refinancer sa dette à des taux insoutenable et le dépatouillage avec l'euro est toujours en cours.

Cela semble impossible de sauver le système sans un changement de politique de la BCE et de sa philosophie. Si cela est impossible, alors, comme beaucoup le disent, l'euro aura été une expérience non concluante."

Lien avec plein d'articles d'économistes anglosaxons : http://tinyurl.com/5t5tr3t
a écrit le 31/10/2011 à 10:38 :
Jeu de chaises musicales.C e sont toujours les membres d'un même club fermé. Le nouveau était aussi chez Goldman Sachs.
En attendant il va falloir trouver une belle retraite dorée pour Trichet afin qu'il ne soit pas obligé de prendre sa voiture et de chercher un logement !
a écrit le 31/10/2011 à 10:31 :
Je rejoins le mouvement TOUT SAUF GOLDMAN SACHS. Ils sont a la source de biens des maux de cette crise.
a écrit le 31/10/2011 à 10:09 :
pour les allemands, Triché = grosser Filou !
son remplaçant va Dragher (draguer) nos sous jusqu'aux derniers.
Comment voulez-vous être optimiste ?
a écrit le 31/10/2011 à 9:52 :
Nous avons une organisation fumeuse, où la BCE assure la liquidité, mais n'a pas vraiment les moyens de faire pression sur les états pour qu'ils deviennent, enfin, plus sages, dans leurs dépenses. C'est comme si un ménage en surendettement avait des droits sur son banquier pour que celui-ci continue, sans frein, à lui fournir des liquidités. On sent bien que cela n'est guère raisonnable. Malheureusement, il est dès lors certain que nous allons vers de nouvelles crises, les états ayant montré leur incapacité à mettre en place des budgets en équilibre, continuant à rêver à des croissances désormais du passé.
a écrit le 31/10/2011 à 9:45 :
Le loup est dans la bergerie, on peu maintenant imaginer le pire.
a écrit le 31/10/2011 à 9:14 :
Espérons que le Mario Draghi sera moins obsédé par l'inflation et s'occupera d'avantage d'encourager le retour de la croissance.
Réponse de le 31/10/2011 à 10:11 :
Il a été l'un des artisans du Traité de Maastricht et il s'est fort de convaincre les allemands de son attachement à la stabilité de la zone euro. Il ne faut donc pas rêver. En toute cohérence, il devrait maintenir le taux directeur à 1,5%.
a écrit le 31/10/2011 à 9:08 :
Goldman Sachs !! çà ne vous rappelle rien au sujet des Grecs ???
Réponse de le 03/11/2011 à 18:54 :
Eh oui DRAGHI ancien de chez Goldman and Sachs et surtout qui à supervisé la mise en place des intruments comptables et financiers pour l'intégration grecque en Europe ainsi que la refonte de sa comptabilité publique...Supervisé oui vous avez bien lu, viser avec x coups d'avance!
a écrit le 31/10/2011 à 8:47 :
Bravo ! Draghi ancien de Goldman Sachs, nommé pour le coup de grâce et l'hyper taxation, à part ça c'est pas un complot visant à ruiner l'Europe, on nous parle d'Europe et les états ne peuvent pas emprunter de la monnaie à taux zéro à la BCE notre propre banque, merci Giscard d?Estaing ancien de chez Rothschild et qui à inclus cette même loi de 1973 qui empêche la France d'emprunter à sa propre banque à taux 0 dans la constitution Européenne, la ruine des états programmé, merci Giscard et tes amis banquiers

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :