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Le casse-tête syrien de Vladimir Poutine

François Roche

Publié le 02 février 2012 à 10:21

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Pour la première fois, Vladimir Poutine admet la possibilité qu'il ne soit élu au Kremlin qu'au deuxième tour, tout en précisant que cela risque de déstabiliser la vie politique russe. Il a apporté de nouvelles précisions sur son programme économique. Mais le souci principal de Moscou reste l'attitude à tenir face à la Syrie, un dossier sur lequel Moscou est soumise à une intense pression aux Nations-Unies.

Le crime de lèse-majesté a été commis: mercredi matin, des opposants anonymes ont déployé sur un panneau publicitaire géant , situé en face du Kremlin, une immense bannière sur laquelle figurait le visage de Vladimir Poutine barré d'une croix et ce slogan : "Poutine, va-t-en !". Même si elle n'est restée acccrochée que quelques heures, cette bannière est le symbole que l'opposition à Poutine ne désarme pas, quelques heures avant les grandes manifestations qui doivent se tenir dans la capitale ce 4 février, rassemblant, dans des quartiers séparés, opposants et partisans de Vladimir Poutine. Ce dernier déroule patiemment sa campagne. Il était hier mercredi devant une assemblée de jeunes avocats, devant lesquels il a admis la possibilité d'un deuxième tour à l'élection présidentielle. "Ce ne serait pas horrible" a-t-il dit, précisant qu'il y était tout à fait prêt, même si cela risque de conduire à "une déstabilisation du pays".

Pour l'instant, selon les derniers sondages, la candidature de Vladimir Poutine est soutenue par 50% des électeurs, un niveau qu'aucun autre candidat déclaré n'est  en mesure d'obtenir. Mais Vladimir Poutine, qui avait déjà fait sa campagne présidentielle de 2000 sur le thème, "pourquoi dépenser de l'argent pour un deuxième tour, élisez-moi donc au premier", prépare doucement l'opinion à la possibilité d'une élection à deux tours, et nul doute que les communiquants du Kremlin y puiseront un argumentaire convaincant sur le fait que cela démontrerait à ceux qui en doutent, que la démocratie gagne des points en Russie.

Sur le front économique, le Premier ministre russe dévoile peu à peu ses intentions, par le biais d'articles qu'il signe dans les grands titres de la presse russe. Le dernier en date à été publié dans le quotidien économique Vedomosti , l'équivalent russe du Financial Times. Il exprime le désir de Poutine de poursuivre dans la voie du capitalisme d'Etat. Il insiste sur le fait que les entreprises contrôlées par l'Etat sont les seules à même de projeter la Russie dans la modernisation de l'économie et dans le développement des nouvelles technologies, car, dit-il, les entreprises privées sont incapables de prendre de tels risques. Ces propos ne sont guère encourageants pour le secteur privé.

L'un des économistes les plus respectés du pays, Sergueï Aleksashenko, ancien vice-gouverneur de la banque centrale, a même osé ce commentaire : "ce n'est pas Poutine 2.0, ni même Poutine 1.0, c'est Poutine 0.1". Ce plaidoyer pour le captalisme d'Etat est d'ailleurs un peu contradictoire avec des déclarations précédentes prônant un désengagement de l'Etat de l'économie et la privatisation d'un certain nombre de ces entreprises publiques. Cela ne fait que confirlmer qu'au sommet de l'Etat, deux visions se confrontent: l'une, nourrie par les proches de Poutine qui ont trouvé dans le capitalisme d'Etat un terrain propice à satisfaire leurs ambitions de pouvoir, l'autre développée par les "libéraux" qui entourent Medvedev et qui peinent à se faire entendre des premiers.

Mais là n'est pas l'essentiel des préoccupations actuelles du candidat à la présidence. Pour l'heure, son problème numéro un s'appelle Bachar el-Assad. Comme on le sait, la Russie s'oppose au vote d'une résolution sur la Syrie. Le ministre russe des affaires étrangères, Sergueï Lavrov et et l'ambassadeur de Russie aux Nations-Unies, Vitaly Churkin, ont participé hier, avec leurs collègues du Conseil de sécurité, à une réunion de plus de trois heures sur cette fameuse résolution. Le projet de texte préparé par le Maroc sur le modèle d'une version précédente rédigée par la Ligue Arabe, invite le président syrien à "déléguer" le pouvoir à son vice-président, lequel doit former un gouvernement de transition intégrant des membres de l'opposition, dans le but de rédiger une nouvelle constitution et d'organiser des élections.

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Or la Russie s'oppose à ce que l'on mentionne explicitement le fait que le leader syrien doit quitter son poste et balaye du revers de la main toute hypothèse d'intervention militauire extérieure, sur le modèle libyen. D'où des discussions intenses sur le choix des mots. Les diplômates ont discuté longuement hier du sens du mot "déléguer" et s'il implique-t-il que Bachar el-Assad "quitte" son poste, auquel cas la Russie continuera de s'opposer à cette résolution.

Cette bataille diplômatique menée par  Moscou, que l'on pourrait qualifier d'arrière-garde, tant la position de Bashar el-Assad se fragilise de jour en jour, est en partie motivée par les liens très forts qui unissent la Syrie et la Russie dans le domaine de la coopération militaire. La Syrie est l'un des quatre plus importants clients du complexe miliatro-industriel russe, avec 6 milliards de dollars de commandes en cours de réalisation ou en voie d'être signées.

Ainsi, la Russie a conclu en 2007 un accord pour vendre 24 MiG29M2 à la Syrie, mais est également engagée dans la remise à niveau d'anciens MiG 23 et MiG 29, ainsi que dans la fourniture de plusieurs système anti-missiles. Et après la chute de Khaddafi, qui va coûter quelques miliiards de dollars aux usines d'armement russes, Damas demeure le seul allié de Moscou au Proche-Orient. On comprend, dans ces conditions, que Vladimir Poutine fasse de la résistance et accorde autant d'importance au choix des mots...

François Roche

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