Des oligarques font dissidence dans la campagne de Poutine

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Si la plupart des grandes entreprises mettent d'importants moyens au service du Premier ministre sortant, certains oligarques comme Alexandre Lebedev ou Mikhaïl Prokhorov s'affichent avec l'opposition.

Les mécanismes d' "agit-prop" soviétiques sont réactivés pour l'élection présidentielle russe, dont le premier tour se déroulera le 4 mars. D'immenses affiches marquées du logo de trois grands groupes industriels russes et portant des slogans pro Poutine sont apparus simultanément ce week-end dans l'Oural. Les affiches ne mentionnent ni le nom ni la photographie de Vladimir Poutine, mais reprennent les couleurs du drapeau national et, surtout, utilisent le mot-clé et idée principale de la campagne du Premier ministre russe : stabilité. L'affiche la plus explicite est celle d'Evraz, un groupe sidérurgique dont l'actionnaire principal, Roman Abramovitch, est un des oligarques les plus proches de Vladimir Poutine. Les phrases "Pour une Russie forte !" et "Pour la stabilité dans le pays !" sont juxtaposées à des cases cochées : précisément comme sur un bulletin de vote russe. Le producteur de cuivre UGMK et premier employeur de la région, proclame : "Nous sommes pour des lendemains stables !". L'aciériste NLMK, dont l'actionnaire majoritaire Vladimir Lissine, est aussi l'homme le plus riche du pays, y va de son slogan "pour la stabilité et l'épanouissement de la Russie !".

 

Le parti communiste irrité

Cette « stabilité » dont Vladimir Poutine cherche à se faire le synonyme, ce ne sont certes pas les « lendemains qui chantent » promis par les autorités communistes. La modestie relative du slogan a toutefois irrité le KPRF, nom du parti communiste russe, qui a décidé de saisir les tribunaux pour protester contre cette campagne partisane qui ne dit pas son nom. D'autant plus que dans cette même région de l'Oural, les autres partis se plaignent de ce que les agences publicitaires refusent de coller leurs affiches sous prétexte qu'il ne « reste plus un panneau de libre ». Avant 1990 et la fin de l'URSS, les grands combinats industriels étaient des relais privilégiés de la propagande soviétique. Chaque ouvrier était tenu de voter, et le faisait souvent sur le lieu même de l'usine. Depuis janvier dernier, de nombreuses sociétés publiques comme privées à travers tout le pays s'emploient à mobiliser leur personnel pour des manifestations de soutien à Vladimir Poutine. Il s'agit d'un test de loyauté non seulement envers le Premier ministre, mais également envers les autorités locales, elles-mêmes mises sous pression par le Kremlin pour obtenir des suffrages en faveur du pouvoir.

 

Affiches déchirées

Certains hommes d'affaires se démarquent du loyalisme ambiant. Le banquier milliardaire Alexandre Lebedev a décidé à la mi-février de se faire représenter au conseil d'administration d'Aeroflot (dont il possède 15%) par la bête noire du Kremlin, le blogueur Alexeï Navalny, une des personnalités les plus populaires de l'opposition. Conséquence directe ou non, vendredi dernier, la banque de Lebedev a fait l'objet d'une descente musclée du FSB (ex-KGB) et des enquêteurs de la Banque Centrale. En rivalité directe avec Vladimir Poutine pour le scrutin présidentiel, le milliardaire candidat Mikhaïl Prokhorov se plaint lui qu'on déchire ou retire illégalement ses affiches de campagne. C'est vrai que celles-ci ne comportent pas le mot "stabilité". Comme il l'a expliqué à "La Tribune", son mot d'ordre à lui, c'est "développement".


 

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Commentaires
a écrit le 01/03/2012 à 20:17 :
La Russie a un manque évident de population; surtout en Sibérie. Il est probable que Mr Poutine commence le repeuplement avec des oligarques russes. On pourrait aussi lui en envoyer quelques uns (Dassaults, Lagardère, Bolloré, Arnault , Pinault et quelques autres. Je constate même que les indignés américains pensent comme moi.
Jean-Claude Meslin
a écrit le 22/02/2012 à 17:09 :
Attention. Bientôt la tôle pour eux. Et pas moins de 30 ans.
a écrit le 21/02/2012 à 21:30 :
Ils s'afichent avec l'opposition mais une fois l'opposition élue il changeront de peaux et vont mettre un autre Poutine !
Réponse de le 22/02/2012 à 11:01 :
Ce ne serait pas un peu pareil chez nous juste moins visible après les attaques sur les élites, les banquiers et leur salaire,??

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