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La catastrophe a fragilisé un pays en plein doute

Régis Arnaud à Tokyo

Publié le 07 mars 2012 à 05:36

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Pour l'économie japonaise, le séisme, le tsunami et l'accident nucléaire auront eu moins d'impact sur la croissance que la chute de la banque américaine Lehman Brothers. En revanche, ils auront servi de révélateur et d'accélérateur au déclin économique du pays et auront un grave impact social pour les régions sinistrées.

Le Japon n'a pas quitté l'année 2011 à regrets. Le séisme puis le tsunami qui ravagèrent le Tohoku, enfin l'accident nucléaire de Fukushima le 11 mars furent toutes des catastrophes intérieures terribles pour le Japon. Pourtant, le choc économique fut moins important que l'onde de choc de la faillite de la banque Lehman Brothers, événement totalement exogène, en septembre 2008. Le rythme de la croissance s'était effondré de 9% en un an, avant de rebondir en 2010. Rien de tel cette fois.

Premier déficit commercial en 30 ans

Selon l'économiste Nobuyuki Saji, de MUFG, le Pib japonais a enregistré une croissance de 1,3% au cours de l'exercice qui s'achèvera à la fin du mois. Le Japon n'a pas profité de Fukushima pour entamer les réformes nécessaires à la relance de son économie fatiguée. La catastrophe n'a été qu'une étape dans son déclin. "Aujourd'hui, le Pib japonais est encore 4% inférieur à son niveau de 2008", estime l'économiste Richard Katz. Comment expliquer cette résistance du Japon à une des pires tragédies de son histoire? Les quatre préfectures touchées hébergeaient certes quelques-uns des plus indispensables fabricants de composants (lecteurs de disque durs, pièces pour robots industriels, microprocesseurs...) de la planète, mais elles sont rurales et de peu de poids dans l'économie nippone : 7% du Pib et de la population de l'Archipel. La catastrophe de Fukushima a même été moins néfaste pour l'économie que le séisme de Kobé, survenu dans une région très dynamique et densément peuplée. Elle a cependant eu un effet collatéral psychologique désastreux : elle a contribué au premier déficit commercial essuyé par le Japon depuis trente ans.

Accélération de la désertification dans une partie du pays

La machine à exporter qu'est l'Archipel s'est grippée dans les premiers mois qui ont suivi Fukushima, conséquence d'une baisse de la demande mondiale, des inondations en Thailande, mais aussi des difficultés du Japon à fournir à la demande après que son tissu industriel ait été endommagé. Pour le pays, ce revers est un terrible coup de semonce. Certes, ce sont des facteurs conjoncturels exceptionnels qui ont entraîné la balance commerciale négative du Japon. Mais ce dernier a basé son modèle économique entièrement sur sa capacité à exporter. Celui-ci lui permet notamment de se financer sans recourir aux marchés étrangers et de soutenir des taux d'intérêt ultra-bas. La rapidité du redressement industriel n'en reste pas moins spectaculaire dans les préfectures touchées. En moins de six mois, toutes les usines affectées par le tsunami avaient été rouvertes. Mais le sinistre a accéléré la désertification à l'?uvre dans cette partie du Japon depuis des années.

Le "grenier du Japon" sinistré

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Sur place, la côte du Tohoku, arasée, déblayée mais pas encore reconstruite, baigne dans une ambiance fantômatique. L'activité est encore soutenue par les budgets supplémentaires massifs de reconstruction votés à la Diète, chiffrés en centaine de milliards d'euros. Mais ils contribuent davantage à l'assistanat à des populations en difficulté qu'à la mise en place d'une véritable vision d'avenir pour cette région-martyre. La plupart des jeunes du coin sont partis vers les agglomérations chercher du travail. Les industries de la pêche et de l'agriculture, importantes pour la région et pour tout le pays (le Tohoku est surnommé « le grenier du Japon ») sont sinistrées. Elles parviennent mal à écouler leurs produits en raison des peurs de contamination qui sont attachées à tout ce qui provient de la région. Cette dernière espère, sans trop y croire, que le gouvernement accouchera de "villes intelligentes" pour remplacer celles aujourd'hui détruites. "Le Tohoku est devenu une feuille blanche pour tout urbaniste. C'est très stimulant", estime Satoshi Kitahama, fondateur de l'Ong Kizuna, très active dans la région.

Régis Arnaud à Tokyo

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