La chute de Bo Xilai confirme la lutte interne pour le contrôle du parti communiste chinois

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Bo Xilai/AFP
Bo Xilai/AFP
A quelques mois du 18è Congrès du Parti communiste, sa chute est une défaite pour le clan des conservateurs.

La disgrâce de Bo Xilai, véritable star politique et chef du Parti de la municipalité de Chongqing était attendue. La nouvelle est tombée jeudi vers 10 heures à Pékin via l'agence Xinhua, qui indiquait en une phrase que la décision de démettre Bo Xilai de ses fonctions avait été prise par le Comité central. Bo Xilai, prince rouge, fils de l'éminent révolutionnaire Bo Yibo, espérait récupérer une place dans le très sélect Comité permanant du Politburo composé de 9 membres, lors de la relève politique prévue en novembre.

Récit d'une chute programmée

Encore encensé l'été dernier, le vent avait tourné depuis plusieurs mois pour ce politicien particulièrement charismatique et conservateur. Il était critiqué tant sur le fond que sur la forme. L'incident « Wang Lijun » du nom de son ancien bras droit et chef de la police de la ville de Chongqing en début février n'a fait qu'accélérer sa chute. Ce dernier après avoir été démis de ses fonctions s'était rendu au consulat américain de Chengdu. Toutes les rumeurs ont fusé sur les raisons de sa visite : demande d'asile politique, livraison de documents compromettants... Quoi qu'il en soit, Wang Lijun avait quitté le consulat américain après plus de 24 heures, et est depuis sous le contrôle de la police à Pékin. Les analystes politiques avaient alors prédit sinon la fin de la carrière politique de Bo Xilai, du moins la fin de son ascension.

Critiqué par le Premier ministre Wen Jiabao

Bo Xilai a eu beau minimiser l'affaire, il n'a pas réussi à convaincre. Son absence, officiellement pour cause d'une "mauvaise toux", lors d'un meeting politique mercredi dernier durant la session annuelle de l'Assemblée avait été le premier signe public de son isolement croissant. Mercredi, durant sa très longue conférence de presse, le Premier ministre Wen Jiabao s'est permis - ce qui est rare en Chine - de critiques à peine voilées à l'égard de l'ancien ministre du Commerce. "Le Comité du Parti de la ville de Chongqing et le gouvernement de la ville doivent sérieusement réfléchir sur l'incident de Wang Lijun et en tirer les conséquences", avait-il dit en réponse à une question sur le sujet.
Pourtant Bo Xilai - qui n'a jamais fait l'unanimité au sein du Parti - avait tout fait pour s'assurer une place au Comité permanant, quitte à tomber dans le populisme. En trois ans, il a transformé la ville de Chongqing de fond en comble. Projets d'infrastructures, zone financière, aéroport international..., la municipalité qui compte pas moins de 30 millions de personnes est passée du statut d'une ville de seconde zone industrielle et polluée à celui de mégalopole moderne attirant des investissements du monde entier.

Remise de la "culture rouge" au goût du jour


Mais Bo Xilai s'est surtout fait connaître pour avoir éradiqué la mafia de la ville - de manière souvent très critiquée par les avocats des droits de l'homme -, d'y avoir renforcé la sécurité publique et d'avoir remis tout ce qui est "culture rouge" au goût du jour. Depuis trois ans, chants et danses révolutionnaires étaient devenus le quotidien de toute une partie de la population qui ne se retrouvait plus dans les valeurs de la nouvelle Chine.

D'abord tenu l'écart puis consacré par toute une partie des conservateurs et de la population, Bo Xilai était aimé autant qu'haï - le prochain président Xi Jinping lui avait rendu visite en personne, alors que Hu Jintao l'actuel président s'en est toujours abstenu. On lui reprochait tant ses méthodes jugées brutales que d'afficher aussi clairement son ambition politique. Mais surtout il était imprévisible,  une attitude peu appréciée dans la classe politique chinoise.

Une défaite pour le clan des conservateurs

A quelques mois du 18è Congrès et alors que les tractations entre factions vont bon train en coulisses, son limogeage sonne avant tout donc comme une défaite pour toute une partie des conservateurs. "C'est une défaite pour eux. C'est sûr. La politique de Bo Xilai était critiquée tant sur le fond que sur la forme par toute une partie de la classe politique. Ces méthodes ne passaient pas", explique Jean-Pierre Cabestan, professeur de sciences politiques à L'Université Baptiste de Hong Kong. "L'affaire Wang Lijun a servi d'excuse pour s'en débarrasser", poursuit-il.
Bo Xilai va être remplacé par Zhang Dejiang, un militaire formé en Corée du Nord. Un autre conservateur et prince rouge. Un choix qui s'inscrit dans la continuité sans doute pour préserver un certain équilibre entre les factions. Pour autant, à six mois du Congrès, les jeux ne sont pourtant pas faits. "La bataille va se poursuivre jusqu'à cet été. Il est possible qu'en echange les conservateurs puissent placer leurs pions au sein des différents échelons du Parti", analyse Jean-Pierre Cabestan, qui ajoute : "Ca fait parti du jeu politique".
 

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