Yuan, affaire Chen Guangcheng : la réunion annuelle Chine-États-Unis sous haute tension

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Le dissident aveugle chinois Chen Guangcheng - Copyright AFP
Le dissident aveugle chinois Chen Guangcheng - Copyright AFP (Crédits : AFP)
Alors que s'ouvre jeudi matin à Pékin la réunion annuelle entre les États-Unis et la Chine sur les grands dossiers économiques et de politique internationale, les relations entre les deux pays ont pris un coup de froid ces derniers jours. En cause : l'affaire Chen Guangcheng, et les tensions sur le yuan.

Le climat n'est pas serein à la veille de l'ouverture du "dialogue stratégique et économique" entre les deux premières puissances mondiales, qui se tient jeudi à Pékin. Ces derniers jours, l'affaire Chen Guangcheng a parasité la relation entre les deux pays, souvent tendue en raison des atteintes régulières aux droits de l'homme du régime chinois, et des pressions des États-Unis sur la Chine pour ré-évaluer son yuan.

L'histoire de ce militant et avocat autodidacte aveugle fait grand bruit et embarrasse les autorités chinoises. Assigné à résidence depuis l'automne 2010, l'homme a réussi une incroyable évasion et s'est réfugié durant six jours à l'ambassade des Etats-Unis, avant de la quitter ce matin pour les Etats-Unis. Vendredi dernier, il a mis en ligne une vidéo dans laquelle il décrivait les brutalités et le harcèlement dont il a fait l'objet, avec sa famille, durant son assignation à résidence.

La Chine condamne le soutien des États-Unis à Chen Guangcheng

Les médias chinois n'ont rendu l'affaire publique que mercredi, lorsque le quotidien officiel Global Times a estimé dans un éditorial que "les relations sino-américaines ne devraient pas être affectées par l'incident". Pourtant, la communauté internationale, notamment les Etats-Unis, ont vivement réagi à l'histoire du dissident aveugle de 40 ans, fervent militant contre les campagnes de stérilisation et les avortements forcés qui se pratiquent dans l'ex-Empire du Milieu. L'accueil du fuyard par l'ambassade américaine a irrité au plus haut point le gouvernement chinois. Celui-ci a dénoncé une "ingérence inacceptable" et exigé des excuses.

La Chine a appelé mercredi les Etats à cesser d'"induire en erreur l'opinion publique" sur l'affaire Chen Guangcheng, à la suite d'une déclaration de la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton sur la poursuite de l'engagement américain aux côtés du militant des droits civiques. "Ce que les Etats-Unis doivent faire, c'est de ne plus continuer à induire en erreur l'opinion publique et à chercher par tous les moyens à masquer et à rejeter sur les autres leurs propres responsabilités dans cette affaire", a déclaré le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Liu Weimin.

Chen Guangcheng, lui, a visiblement apprécié le soutien de la secrétaire d'Etat américaine. "Je voudrais vous embrasser", lui aurait-il lâché lors d'une conversation téléphonique qui aurait fait suite à son départ de l'ambassade américaine de Pékin. Un départ qui soulève d'ailleurs des interrogations. Selon les proches du dissident, Chen Guangcheng a quitté l'ambassade des Etats-Unis sous le coup de menaces et de représailles contre ses proches et non "de son plein gré", comme l'a affirmé le gouvernement chinois. Le secrétaire d'Etat adjoint américain Kurt Campbell, venu plus tôt que prévu à Pékin cette semaine pour dénouer l'affaire Chen Guangcheng, a pour sa part nié que Chen ait quitté l'ambassade sous la menace.

Une réunion sous haute tension

Dans ce climat très tendu, la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton et Timothy Geithner, du Trésor, sont arrivés comme prévu ce mercredi en Asie pour la réunion annuelle entre les deux superpuissances. Et les thèmes à l'ordre du jour ne vont pas réchauffer l'ambiance. Certains sujets qui fâchent sont en effet au programme, comme l'appréciation du yuan.

La monnaie chinoise est en effet une source de tensions récurrentes entre les deux pays, Washington accusant les dirigeants chinois d'agir sur le taux de change du yuan pour l'empêcher de s'apprécier face au dollar. Pour les Etats-Unis, la sous-évaluation du yuan serait en partie responsable de l'énorme déficit qu'accuse la balance commerciale américaine. Mardi, Washington a par ailleurs ouvert la voie à des mesures de rétorsion commerciales contre des bonbonnes de gaz haute pression fabriquées en Chine. Après onze mois d'enquête, le ministère du Commerce a conclu que ces bonbonnes, qui représentaient un marché de 82 millions de dollars en 2011, faisaient l'objet de subventions au détriment des producteurs américains.

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