Isolée au G8, Angela Merkel résiste toujours à toute idée de relance

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La chancelière allemande résiste toujours à toute idée de relance économique. Le président américain et le Premier ministre britannique rejoindraient le camp des partisans de la relance de la croissance menés par François Hollande. Mais Angela Merkel campe sur ses positions : d'abord la consolidation budgétaire.

Angela Merkel va sans doute se sentir un peu seule à Camp David ce week-end durant le sommet du G8. Le président américain Barack Obama s'inquiète désormais lui aussi des conséquences de la crise européenne sur sa propre économie. Il pourrait donc bien montrer une certaine solidarité avec le nouveau président français François Hollande.

Ce possible soutien des Etats-Unis à une initiative de relance ne sera pas isolé. Selon le Times de Londres, le Premier ministre britannique David Cameron aurait également réclamé plus d'initiative à la chancelière allemande pour éviter l'aggravation de la crise de la zone euro. On sait par ailleurs que Mario Monti, confronté à un mécontentement grandissant en Italie et à une vraie difficulté pour allier reprise et austérité, pourrait lui aussi plaider pour une initiative de relance. Quant aux autres pays du G8, Canada, Russie, Japon, ils ont également hautement intérêt à ce que la zone euro ne s'enfonce pas dans une crise durable.

Inquiétudes

L'apathie au mieux, la récession au pire, des économies européennes au premier trimestre - Allemagne exceptée - mais aussi l'aggravation de la crise de la dette souveraine et les premiers signes de la "ruée sur les guichets bancaires" en Grèce et en Espagne, semblent prouver l'échec d'une stratégie basée sur le retour rapide aux équilibres budgétaires. La majorité des dirigeants semblent donc sentir la nécessité de donner un stimulus à l'économie européenne afin qu'elle n'emporte pas l'économie mondiale.

Priorités différentes

La chancelière sent bien qu'elle n'est pas réellement en position de force - du moins sur le plan numérique et de la pensée qui dominera ce sommet. Son porte-parole Steffen Seibert a donc tenté d'assurer ce vendredi qu'il existait un "large consensus sur le fait que la consolidation budgétaire et la croissance n'était pas contradictoires". Certes, mais ce sont les priorités et les calendriers qui sont en cause. Outre-Rhin, on continue de soutenir l'idée qu'il faut d'abord créer les conditions favorables à la croissance par la réduction rapide des déficits. Ailleurs, on considère qu'il faut relancer la croissance vite pour aider à la consolidation budgétaire. Les deux visions ont les mêmes buts, mais elles sont difficilement compatibles.

L'Allemagne ne devrait pas céder

Il est douteux que la chancelière cède lors de ce G8 aux pressions de ses partenaires. L'Allemagne n'a - pour le moment - pas besoin de relance par des investissements étatiques. Après le trou d'air du second semestre 2011, son économie est vivement repartie au premier trimestre avec une hausse de 0,5 %. La reprise de la demande intérieure, soutenue par une politique salariale (légèrement) moins restrictive et par la bonne tenue du marché de l'emploi compense le ralentissement relatif du commerce extérieur.

Par ailleurs, le ministre fédéral des Finances, Wolfgang Schäuble, a promis d'accélérer le rythme de la consolidation budgétaire outre-Rhin et veut remplir dès 2014, soit deux ans avant l'exigence constitutionnelle la "règle d'or" budgétaire qui limite à 0,35 % du PIB le déficit structurel de l'Etat fédéral, qui lui-même représente la moitié du budget des administrations publiques. On le voit : Berlin a d'autres priorités et ne semble pas prête à freiner sa politique de réduction des déficits pour se lancer dans une relance coûteuse. On se souvient également outre-Rhin que les deux plans de relance de 80 milliards d'euros engagés début 2009 avaient mis du temps à agir et n'avaient pas montré beaucoup d'efficacité.

Affaiblissement intérieur

Deux clés pourraient faire évoluer la chancelière. D'abord, la situation intérieure allemande. Angela Merkel est dans une situation de plus en plus difficile, là aussi. Après la débâcle de la CDU dimanche dernier en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, le dernier sondage paru sur la chaîne ARD ce vendredi est inquiétant : le SPD gagne trois points à 30 % et n'est plus qu'à trois points de la CDU, au plus bas depuis l'automne. En termes de coalition, l'alliance SPD-Verts n'aurait pas la majorité, mais compterait cinq points d'avance sur celle entre la CDU et les Libéraux.

Surtout, et c'est le plus inquiétant, Angela Merkel semble avoir trouvé un adversaire à sa mesure : la ministre présidente SPD de Rhénanie du Nord Westphalie Hannelore Kraft qui, selon un autre sondage, convaincrait 43 % des Allemands contre seulement 34 % qui soutiendraient toujours la chancelière.

Recentrage ou durcissement ?

Quelles conséquences Angela Merkel tirera-t-elle de cette situation ? La réponse est incertaine. Certains pensent qu'elle ne pourra se maintenir à la chancellerie qu'en réalisant une grande coalition et qu'elle devra alors "social-démocratiser" son discours. Mais en 2005, elle avait mené une campagne très à droite avant de s'allier avec le SPD. Et surtout, sa politique centriste est très critiquée au sein de son propre camp. Si elle veut mobiliser ses propres troupes avant le scrutin de septembre 2013, elle a tout intérêt à durcir son discours. Et dans ce cas, il n'y aura pas de compromis sur le pacte fiscal et l'austérité en Europe. D'autant que si la CDU continue à perdre du terrain, le SPD pourrait passer devant et imposer son candidat pour diriger la grande coalition. Du coup, la chancelière aura tout intérêt à "muscler" son discours pour mobiliser dans son propre camp.

Le facteur chinois

Le vrai élément qui pourrait déterminer la chancelière à agir (un peu), c'est la Chine. C'est dans l'Empire du Milieu que se trouve la vraie source de la croissance des exportations allemandes. Si l'économie chinoise ralentit fortement en raison de la situation européenne, Berlin pourrait s'en alarmer. Mais si Pékin parvient à relancer la demande intérieure, l'Allemagne ne devrait pas modifier rapidement sa position. Fût-elle la seule à la défendre.

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a écrit le 20/05/2012 à 13:44 :
Je maintiens mon pronostique: Bientôt l'Allemagne sera membre des BRICS.
Attention à la "gamelle" pour ceux qui n'y comprennent rien...Jean-Claude Meslin
Réponse de le 05/06/2012 à 20:23 :
Le terme correct est bride, et non BRIC.
L'allemangne a investit dans les pays dits en cours de développement, et massivement. Sa croissance est due à son commerce extérieur. Maintenir les autres pays membres de l'EU sous son joug n'est que mieux contrôler sa main-mise sur l'industrie automobile (entre autres) dans les nouveaux pays développés.
L'Allemagne ne sera donc jamais "membre des BRICs" mais bel et bien leur partenaire économique européen unique, si nous ne réagissons pas et laissons la matrone teutonne mener sa politique en Europe.
a écrit le 19/05/2012 à 9:56 :
Le directeur du monde ,c'est Obama. Donc Merkel sera bien obligé de céder aux demandes des USA .Un signe :Cameron s'est déjà incliné .Hollande n'était pas un précurseur;mais il avait simplement intégré la tendance
a écrit le 18/05/2012 à 22:49 :
La relance a credit ce n'est pas serieux.....La france a 1.7 billion d'euros de dette.
Il faut restructurer les depenses et en aucun cas depenser plus pour se ruiner plus.
Une equation simple que les francais ne comprennent pas?.
a écrit le 18/05/2012 à 21:32 :
Elle n'est pas isolée ... c'est quoi c'est conneries ???. ... Elle pilote tout en coulisse ... Faudrait arrêter de croire ce que l'ensemble des médias racontent ... Ils sont quasiment que de gauche ... Cela devient une vraie propagande permanente ...
a écrit le 18/05/2012 à 18:39 :
elle a raison de tenir, a quoi ça sert de faire des dettes, encore des dettes, vivre via le crédit, et de ne pas vouloir réduire le train de vie. Celui ci nous coûte 5 % de PIB par rapport à l'Allemagne. Trop de fonctionnaires, trop d'élus, trop de charges pour les ménages et les entreprises. L'Etat paie ses salaires et les retraites via le crédit, or celui ci est devenu la ligne la plus importante de nos dépenses....... Et vous voulez encore l'augmenter..... Vivre aux crochets des futures générations ne me semble pas une bonne solution. C'est incroyable quand on li ces commentaires, et surtout quand on voit Hollande quémander de l'argent pour la croissance. Qu'il réduit d'abord le nombre de ministères inutiles, et d'ailleurs que faire de tous les doublons de l'état et des régions, qui ruinent ce pays?????????? C'est par là qu'il faut commencer. Il ne sert a rien de dépenser 1500 euros, si on n'en gagne que 800 euros par mois...... au final on va droit au mur.......
a écrit le 18/05/2012 à 18:36 :
Hollande , moi président je ne prends pas la ligne pour aller chez Obama . Je prends l' avion de Sarko si tant ruineux ! je ne suis plus un manant maintenant ... J' ai changé .
a écrit le 18/05/2012 à 18:06 :
Elle n'a rien vu venir ; elle n'y connait rien en économie et surtout en macro-économie. Vivant sur le remarquable travail de son prédécesseur et de ses résultats, Merkel n'apporte rien ; aucune stratégie et l'Allemagne commence a connaitre de grosses difficultés sans qu'elle réagisse. On comprend pourquoi elle s'entendait bien avec Sarkozy. Vision manichéenne du monde et hop, alles gut!
a écrit le 18/05/2012 à 17:39 :
A mon avis les français doivent prendre cette brave dame par le coude dans les couloirs et lui dire "Vous savez, je suis obligé de tenir officiellement une ligne d'ouverture par rapport à mes concitoyens, ils ne comprendraient pas, vous n'avez pas ce boulet et au fond je vous admire car vous êtes la vérité même" Et elle de les croire et de continuer ... à couler son pays. Il lui sera temps ensuite de comprendre où elle a eu faux et comment on l'a circonscrite. Déjà trop tard.

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