Présidentielle égyptienne : les Frères musulmans annoncent leur victoire, l'armée verrouille la transition

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Les résultats officiels ne sont pas tombés, mais les amendements constitutionnels laisse planer le doute sur les vrais pouvoirs du Président. Jusqu'à l'adoption d'une Constitution définitive le Conseil suprême des forces armées se taille la part du lion.

Il est 10h30 sur Tahrir et si les résultats sont encore loin d'être officiels et que les deux candidats se disputent la victoire, la place se remplit déjà petit à petit de supporters de Mohamed Morsi. Drapeaux égyptiens et photo du leader islamiste sont agités par une bonne centaine de personnes. Une femme voilée d'une quarantaine d'années passe, le visage fermé « je ne suis pas contente du tout », souffle-t-elle en pressant le pas. Shourouq, 25 ans, elle, exulte. Pourtant elle a voté Abdel Moneim Aboul Foutouh, l'islamiste exclu des Frères au premier tour, mais désormais« Morsi est mon président et il a promis qu'il ferait de la place à tous ceux qui l'ont soutenus ». C'est aussi ce qu'espère Hisham, un électeur du nassérien Hamdeen Sabahi, venu aussi célébrer sur la place la victoire du Frère musulman contre Ahmed Chafiq, l'autre candidat, ancien du régime Moubarak ?

Doutes sur le pouvoir réel du président


Pourtant après la dissolution du Parlement, à majorité islamiste, de la semaine dernière et quel que soit le vainqueur, des doutes subsistent sur les réels pouvoir du président égyptien, après la rédaction d'un addendum constitutionnel dans lequel le Conseil suprême des Forces armées (SCAF) s'attribue des pouvoirs supplémentaires assez conséquents. Malgré une conférence de presse à la mi journée au cours de laquelle des généraux ont tenu à assurer que le Président gardait l'essentiel de ses compétences, le SCAF est bel et bien selon ce texte : détenteur du pouvoir législatif jusqu'à élection d'un nouveau Parlement. il peut nommer l'Assemblée constituante en cas de blocage de l'assemblée existante ? ce qui semble le cas ? et est l'autorité compétente pour adopter le budget.

Economie en attente de stabilité


L'année fiscale égyptienne commence le 1er juillet et l'économie est suffisamment mal en point pour que l'adoption du budget de l'année prochaine ne traîne pas, même s'il creuse allègrement le déficit. Le SCAF se réserve aussi le droit de signer traités et accords ce qui pourrait englober le prêt du FMI, rejeté il y a un an mais à nouveau en cours de négociations depuis plusieurs mois. Le prêt de 3,2 milliards de dollars est jugé indispensable par la communauté des affaires pour rassurer d'autres bailleurs et aider à la reprise économique. Les envoyés de l'organisation internationale ont fait savoir qu'elle souhaitait un consensus large sur la question du prêt et ont rencontré des membres du parti Justice et liberté, émanation des Frères musulmans. Ceux-ci ne se sont pas déclarés opposés au prêt en principe mais demandait une plus grande transparence du programme du gouvernement signataire. Malgré les questions posées par cette nouvelle configuration, le FMI a rappelé que le prêt pourrait être signé après l'élection présidentielle.

Economie en panne


Depuis la Révolution l'économie égyptienne souffre : investissements étrangers en berne, baisse des recettes du tourisme (entre 7 et 11% du PIB), chute des réserves extérieures éprouvée par une volonté de maintien de la livre égyptienne et des conditions de vie difficiles pour une population déjà majoritairement dans le besoin. Rien n'a été fait depuis plus d'un an pour régler la question du chômage que l'on estime autour de 30%. Alaa Ezz, patron de la Fédération des chambres de commerce égyptiennes, résume les attentes des quelques 4 millions de membres qu'il représente : " le président va devoir travailler dur pour mettre le pays sur la voie de la sécurité et de la stabilité, c'est ce qu'attendent les investisseurs. On se moque de qui conduit le train, il faut qu'il reparte maintenant, cela fait trop longtemps que l'on attend dans la gare... Il y a beaucoup de projets qui sont en attente. Une fois qu'il y aura un minimum de certitude, la croissance risque de repartir assez fort, autour de 7%, même si cela risque d'être temporaire".


 

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Commentaires
a écrit le 18/06/2012 à 17:26 :
C'est bizarre, dans de très nombreux medias étrangers (Reuters, Guardian) on peut lire que les deux candidats se prévalent de la victoire. Pas uniquement les Frères Musulmans.

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