Egypte : la transition démocratique plus que jamais en question

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Ahmed Chafiq, ancien Premier ministre, arrivé en deuxième position au premier tour des élections présidentielles, pourra se présenter au second tour. La plus haute juridiction constitutionnelle du pays a en effet indiqué que la loi sur l'isolement politique qui prévoyait l'exclusion d'un candidat pour ses responsabilité sous l'ancien régime est jugée inconstitutionnelle. /Copyright AFP
Ahmed Chafiq, ancien Premier ministre, arrivé en deuxième position au premier tour des élections présidentielles, pourra se présenter au second tour. La plus haute juridiction constitutionnelle du pays a en effet indiqué que la loi sur l'isolement politique qui prévoyait l'exclusion d'un candidat pour ses responsabilité sous l'ancien régime est jugée inconstitutionnelle. /Copyright AFP
A deux jours du deuxième tour des présidentielles deux décisions de justice controversées soulèvent des accusations de coup d'Etat masqué chez nombre d'Egyptiens.

Faire campagne coûte que coûte, occuper le terrain. A deux stations de métro de la Cour constitutionnelle, Imen et trois autres membres du parti Liberté et Justice distribuent des "flyers" à l'effigie de leur candidat Mohamed Morsi, avec une ferveur imperturbable.

Le dernier Premier ministre de Moubarak pourra se présenter

La décision de justice est tombée il y a moins de deux heures : la plus haute juridiction constitutionnelle appelée à se prononcer sur deux lois controversées a rendu sur verdict : la loi sur l'isolement politique qui prévoyait l'exclusion d'Ahmed Chafiq, pour ses responsabilité sous l'ancien régime est jugée inconstitutionnelle. Le dernier Premier ministre de Moubarak, arrivé deuxième au premier tour, est donc autorisé à rester dans la course.

L'autre décision annule l'élection d'un tiers des députés. Le système électoral égyptien est complexe et panache les listes (2/3) et les candidatures individuelles (1/3), la loi qui a autorisé les partis à présenter des candidats dans cette dernière catégorie a lésé les candidats indépendants.

Retour au lendemain de la Révolution ?

Sur le fond, rien de surprenant, la jurisprudence est respectée, mais le moment est particulier : à deux jours du début du deuxième tour des élections présidentielles, l'Egypte se demande si le parlement tout entier est dissous, suspendu, si le pays, qui n'a pas de Constitution et une assemblée constituante dissoute puis reformée mais déjà contestée, n'est pas subitement revenu au lendemain immédiat de la Révolution. Sur twitter, les réactions n'ont pas traîné : « Coup d'Etat », analysent la plupart des militants révolutionnaires, qu'il soit qualifié de« soft » ou vêtu d'un albi juridique, le mot est lâché, et tourne en boucle sur le réseau social.

La campagne continue

Devant le métro, Imen, qui milite pour le candidat de Frères, est plus sereine : « On ne sait pas encore si tout le Parlement est dissous, mais de toute façon nous respecterons ces décisions de justice. On dit aux gens qu'il faut voter pour Mohamed Morsi, c'est le moment ou jamais. On nous a accusés de vouloir tout le pouvoir pour nous : la Présidence après le Parlement, mais regardez la facilité avec laquelle le Parlement est renvoyé. C'est maintenant qu'il faut qu'il y ait un équilibre du pouvoir de l'armée. »

Ahmed Chafiq a rapidement tenu une conférence de presse, jouant sur « la stabilité » et le refus du « chaos » et l' « unité » de l'Egypte, des slogans qui lui ont valu le soutien de nombreux Egyptiens; Ces derniers sont en effet las d'une d'une transition sans fin, émaillée d'incidents violents, durant laquelle l'économie s'est dégradée. Et ils craignent la toute puissance de Frères musulmans.

La Bourse suit les hauts et les bas de la vie politique

La Bourse dont la tendance suit le rythme de la vie politique égyptienne est orientée à la baisse depuis les résultats du premier tour. L'indice qui avait dégringolé en fin de matinée, était bien remonté à la clôture, n'affichant finalement qu'une légère baisse par rapport à la veille.

Ce jeudi, en fin d'après-midi, le candidat des Frères musulmans avait prévu de tenir une conférence de presse pour réagir à la décision de la Cour. Elle a été reportée sine die, signe que la stratégie du parti islamiste n'est pas fixée.

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Commentaires
a écrit le 15/06/2012 à 9:53 :
On sait déjà comment ça va finir. La confiscation des élections algériennes de 1992, gagnées par le FIS a conduit à 10 ans de guerre civile. 20 ans plus tard, le même scénario se reproduit. Quelle tristesse !
Précipitez-vous visiter l'Egypte avant que le pays de ne referme pour 10 ans.
a écrit le 15/06/2012 à 0:26 :
Le peuple Egyptien devrait condamner le tyran Moubarak vrai faux démocrate à mort. Il n'a fait que flouer la population par ses mensonges.
a écrit le 14/06/2012 à 22:49 :
"...la transition démocratique plus que jamais en question" dit le titre de l'article. Le mot "démocratie" ne devrait jamais être cité dans des pays qui rejettent un concept judéo-chrétien qui leur est fondamentalement étranger. La révolution égyptienne a été récupérée dès la 1ère semaine par les frères musulmans non pour y installer une quelconque démocratie - notion occidentale - mais pour opérer un virage résolument islamique c'est-à-dire une société régie par la charia. Aucun des 57 pays où l'islam est religion d'Etat ne sont des démocraties. On est atterré par le manque de discernement de certains occidentaux lorsque sont abordés certains sujets.

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