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ÉconomieInternational

Pourquoi Israël ne peut se permettre des sanctions économiques trop lourdes contre les Palestiniens

Pascal Lacorie, à Jérusalem

Publié le 04 décembre 2012 à 15:18 - Mis à jour le 04 décembre 2012 à 15:19

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La reconnaissance d'un statut d'État observateur pour les Palestiniens à l'ONU a bien sûr déclenché la colère de l'État hébreu qui ne peut malgré tout remettre en cause tous ses accords économiques au risque de mettre en péril ses entreprises.

Les Palestiniens ont fait un pas historique vers leur indépendance en obtenant la semaine dernière un statut d'Etat observateur à l'ONU. Mais la question reste de savoir si l'intendance suivra. L'économie constitue en effet leur point faible. Comme le souligne la Banque Mondiale, l'Autorité palestinienne présidée par Mahmoud Abbas « a fait des progrès vers l'établissement d'institutions nécessaires à un Etat, mais l'économie n'est pas encore assez développée pour assurer le maintien d'un Etat durable sans une aide étrangère». Bref, le chemin à parcourir risque d'être long et ce d'autant plus, que les Palestiniens continuent à être très largement dépendants d'Israël.
L'Etat hébreu reste de très loin leur principal partenaire commercial en absorbant 89% de leurs exportations. De plus, sur le terrain, l'Autorité palestinienne ne contrôle aucune des frontières en Cisjordanie, ce qui lui interdit de couper les ponts avec Israël. La bande de Gaza, de son côté, se trouve sous le contrôle total des islamistes du Hamas, les frères ennemis du Fatah, le mouvement de Mahmoud Abbas. Circonstance aggravante : le succès diplomatique remporté à l'ONU s'est produit en pleine crise financière.

19% de la population palestienne est au chômage
L'Autorité palestinienne vit au jour et au jour. Son endettement ne cesse de se creuser et devrait atteindre un record de 400 millions de dollars cette année en raison notamment de la diminution de l'aide internationale notamment des pays exportateurs de pétrole de plus en plus réticents à assurer les fins de mois difficiles. Pour payer les 150.000 fonctionnaires, qui constituent la base sociale du régime, Salam Fayyad, le Premier ministre et ancien haut responsable du FMI, a du emprunter massivement. Les dettes auprès des seules banques palestiniennes ont bondi de 500 millions de dollars à 1,2 milliard en quatre ans, l'équivalent de 99% des fonds propres de ces établissements.
Pour parer au plus pressé, Salam Fayyad a tenté en septembre d'augmenter les taxes sur les carburants, et les impôts. Mais il a du reculer face à une menace d'Intifada sociale ». Il y a pourtant urgence. La croissance a connu un net ralentissement, tandis que le chômage touche 19% de la population, 3% de plus en un an. Circonstance aggravante : le gouvernement israélien de Benjamin Netanyahu a gelé le transfert de quelque 130 millions de dollars correspondant à la TVA et aux droits de douane prélevés mensuellement sur les importations des Palestiniens ayant transité par des ports israéliens. Benjamin Netanyahu a ainsi sanctionné les Palestiniens pour s'être livrés, selon lui, à une « violation flagrante des accords » en s'adressant à l'ONU plutôt que de mener des négociations directes avec Israël, gelées depuis plus deux ans.

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Les militaires ont également mis en garde contre des sanctions trop dures
Détail important : l'Etat hébreu n'a pas annulé les accords économiques conclus en 1994 à Paris avec les Palestiniens comme le suggéraient certains de ses ministres. Les chefs d'entreprises israéliens ont fait savoir qu'en prenant une telle mesure, Israël se « tirerait une balle dans les pieds ». Les Palestiniens constituent un des principaux débouchés pour les exportations israéliennes qui s'élèvent à 2,85 milliards de dollars par an. Difficile, en période de crise mondiale, de renoncer à un tel marché. Les militaires, de leur côté, ont également mis en garde contre des sanctions trop dures qui pourraient provoquer une faillite de l'Autorité palestinienne. Dans ce cas de figure, l'armée serait obligée de reprendre la gestion de l'éducation, de la santé, de l'ordre public en Cisjordanie assumée actuellement par l'Autorité palestinienne avec un financement assuré en grande partie par les pays européens.

Pascal Lacorie, à Jérusalem

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