Et si c'était le yuan et non le yen qui était dans le collimateur du G7 ?

Alors que les projecteurs se braquent de nouveau sur la politique monétaire du Japon après le communiqué du G7 en faveur de taux de change fixés par les marchés, certains experts arguent que c'est surtout l'évolution de la valeur du yuan chinois qui inquiète.
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Diplomatie oblige, le dernier communiqué du G7 s'est bien gardé de critiquer tel ou tel pays. Du moins, directement. Mardi, les ministres des Finances et les gouverneurs des banques centrales du club des pays riches (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Italie et Japon) ont ainsi réaffirmé leur "engagement de longue date pour des taux de change déterminés par le marché". Mieux, ils ont également assuré que leurs pays ne se fixeraient pas "d'objectif de taux de change".

La man?uvre a tout de l'opération de déminage. Elle répond aux craintes d'une "guerre des monnaies" entre les grandes puissances qui vont crescendo depuis l'assouplissement monétaire décidé en janvier par la Banque centrale du Japon (BoJ). Statutairement indépendante, l'institution est toutefois soumise à une forte pression du nouveau gouvernement pour combattre la déflation et la cherté du yen, pénalisante pour les exportations.

"Le communiqué du G7 a été mal interprété"

Dans la foulée du communiqué du G7, les critiques se sont donc "logiquement" abattues sur le pays du Soleil-Levant, quand bien même Taro Aso, le ministre nippon des Finances s'est félicité de ce texte, jugeant que "les différents pays ont bien compris que la politique monétaire du Japon n'était pas une manipulation des monnaies". Le même jour, sous couvert d'anonymat, un responsable du G7 a ainsi confirmé à l'agence Reuters que c'était bien Tokyo qui était visé. "Le communiqué du G7 a été mal interprété", a-t-il déclaré à l'agence Reuters. Celui-ci "exprimait sa préoccupation quant aux mouvements excessifs du yen", a-t-il renchéri.

Toutefois, certains interprètent la chose différemment. C'est le cas de Steven Barrow, analyste des marchés des change à la banque sud-africaine Standard bank. Pour lui, les attaques envers le Japon ne sont qu'un écran de fumée. A ses yeux, c'est surtout la Chine, et son yuan jugé trop faible, qui fait peur au club des pays riches. "Le message clé [du communiqué du G7, Ndlr] est que les décideurs internationaux veulent que la Chine ait enfin un taux de change déterminé par le marché", juge-t-il dans une note. Avant de faire référence à la pression des Etats-Unis sur ce sujet brûlant, rappelant que le pays de l'Oncle Sam demeure "l'acteur dominant dans tous les forums du G7 ou du G20".

Le risque d'un essor des réserves de change

Or, ce lundi, c'est bien le yuan chinois, qui - une fois n'est pas coutume - cristallisait les critiques de Washington. Lael Brainard, la sous-secrétaire au Trésor chargée des questions internationales, et qui dirigera la délégation américaine lors du G20 Moscou en fin de semaine, a ainsi fustigé "l'assymétrie dans les politiques de taux de change". Avant d'appeler Pékin à faire davantage pour laisser le yuan flotter plus librement au gré de l'offre et de la demande.

En outre, Steven Barrow rappelle que la politique monétaire de la Chine a pour conséquence le gonflement rapide des réserves de change. "La 'manipulation' de la monnaie a tendance à conduire à une forte augmentation phénoménale des réserves de change mondiales, et particulièrement en Chine", rappelle l'analyste de la Standard Bank. Pour mémoire, les réserves de change de Pékin, les plus importantes du monde, avoisine les 3.200 milliards de dollars, ce qui représente environ 600 milliards de plus que le PIB de la France...

Or "étant donné que ces réserves sont recyclées dans des actifs à l'étranger, principalement des bons du Trésor, cela crée un terrain fertile pour des excès de liquidités mondiales et la création de bulles", alerte Steven Barrow.

Et à terme, cela pourrait devenir le terreau d'une nouvelle crise financière dont évidemment personne ne veut.
 

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Commentaires 4
à écrit le 14/02/2013 à 13:40
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Comme d'habitude, nos problèmes sont toujours "la faute aux autres" ! Pourtant il y d'autres pays Euro qui exportent, non pas à cause ou grace à la valeur de l'?, mais parce que leurs marchés , eux , sont bien évalués et leurs produits adaptés à la ...

le 14/02/2013 à 15:21
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Je suppose que "?" veut dire "Euro"

à écrit le 14/02/2013 à 11:51
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C'est incroyable après que la BCE se soit fait alpaguer par des gens et des moindre que B. Arnault qui a dit tout haut ce que beacoup pensaient tout bas au moins depuis quelques mois et depuis notamment le rapport Gandois sur la compétitivité de l'éc...

le 14/02/2013 à 13:13
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Ceci est une bonne analyse,et d?ailleurs c'est (un peu) bizarre l'empressement avec lequel les USA viennent de proposer leur bouclier anti missiles aux japonais (et aux coréens) et peut importe que ce soit suite à un énième lancement nord coréen. Cel...

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