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ÉconomieInternational

Spécial élections italiennes: « La France doit mener des réformes que l'Italie a déjà faites »

Propos recueillis par Eric Jozsef

Publié le 25 février 2013 à 13:24 - Mis à jour le 25 février 2013 à 13:27

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Emma Marcegaglia, patronne des patrons italiens de 2008 à 2012, fait le point sur la situation économique et politique de l'Italie.

LA TRIBUNE - Après une nouvelle année de récession en 2012, l'Italie va-t-elle voir la fin du tunnel?
EMMA MARCEGAGLIA -
L'année dernière a été mauvaise, le PIB reculant de 2,2%, en particulier durant les derniers mois, où la tendance s'est accentuée, à -2,7%. Seuls le Portugal, la Grèce et Chypre ont des résultats plus faibles. Le premier semestre 2013 devrait rester difficile avant de s'améliorer. Mais sur l'ensemble de l'année, la Confindustria estime que le PIB devrait encore reculer d'un point, notamment en raison d'une faible consommation des ménages et d'un niveau d'investissement bas. Seules les exportations apportent une note positive. Nous affichons la meilleure balance commerciale depuis 2001 avec un solde de 11 milliards d'euros grâce à la diminution de 5% des importations et à l'accroissement de 3,7% des exportations. Une partie de l'industrie italienne résiste, donc. Néanmoins, le monde des affaires reste préoccupé. La reprise économique est chaque fois repoussée. On pensait qu'elle interviendrait à la mi-2013. Désormais, on mise sur 2014. Aussi, on espère que le prochain gouvernement soutiendra la demande interne. Le niveau de la consommation des ménages est retombé à celui des années 1990 et les gens craignent une augmentation de la fiscalité pour atteindre l'objectif de réduction du déficit budgétaire.

Mario Monti a mené deux grandes réformes : les retraites et le marché du travail. Doivent-elles être complétées?
La réforme des retraites a été très importante et courageuse. Désormais, nous avons un des systèmes parmi les plus solides d'Europe. En revanche, je suis critique sur la réforme du marché du travail. Il est désormais plus difficile d'embaucher, et si la possibilité de licencier a été rendue plus flexible, cela reste insuffisant. Finalement, le marché du travail est plus rigide. Les embauches ont diminué car les procédures sont devenues plus compliquées et plus coûteuses. Il faut revoir cette réforme. Même Mario Monti reconnaît qu'elle doit être améliorée. Mais l'Italie a besoin d'autres réformes, notamment la baisse des charges sur le travail, au profit des entreprises mais aussi des salariés.

Est-ce possible tout en réduisant la dette publique?
Oui, en diminuant les dépenses publiques et en relançant sérieusement les privatisations. L'État italien mais aussi les collectivités locales détiennent de nombreuses sociétés et un important patrimoine immobilier. En la matière, le gouvernement Monti aurait pu faire plus. Il faut aussi libéraliser davantage. Les mesures prises par le dernier gouvernement ont été insuffisantes. Il faut continuer à lutter contre l'évasion fiscale, mais chaque euro récupéré doit contribuer à baisser la fiscalité, comme il avait été promis, et non pas à réduire le déficit public.

Les scandales touchant Monte Paschi di Siena font douter de la solidité du système bancaire. Une réforme est-elle nécessaire ?
Cette affaire montre qu'il faut rompre toute collusion entre les banques et la politique. Pour le reste, rappelons que notre système bancaire n'a pas connu de grosses difficultés, il n'a pratiquement pas eu besoin d'argent public à la différence d'autres pays comme les États-Unis, la France ou même l'Allemagne. Son vrai problème, c'est le « credit crunch », lié à une situation absurde : l'État doit rembourser aux entreprises environ 90 milliards d'euros, notamment dans le secteur de la santé. Jusqu'à présent, l'État leur a dit : « Je ne vous paie pas car sinon le niveau de la dette va augmenter. » C'est insensé. La Confindustria a exigé qu'au moins la moitié de cette somme soit immédiatement versée. Cela redonnerait de l'oxygène aux entreprises. Par ailleurs, il faudrait discuter avec les banques. Car une solution consisterait à fournir des incitations aux entreprises pour qu'elles augmentent leurs fonds propres, en échange de quoi les banques s'engageraient à fournir plus de crédits à ces entreprises.

Face à la crise, quels sont les atouts de l'économie italienne?
Nous avons effectué un travail douloureux mais très important pour réduire de manière substantielle notre déficit budgétaire. Nous présentons, après l'Allemagne, le déficit public le plus bas. Nous avons par ailleurs un secteur manufacturier encore très dynamique malgré la crise. Les dernières données concernant la balance commerciale montrent que l'Italie dispose encore d'une grande capacité exportatrice. Nous conservons par ailleurs une épargne privée importante. Le niveau d'endettement des ménages est relativement faible. Il nous faut désormais consacrer la majeure partie de nos efforts à la croissance, sans remettre en cause l'objectif de l'équilibre budgétaire. Pour cela, il faut à la fois lutter contre l'évasion fiscale, réduire les impôts, privatiser et investir dans les infrastructures, la recherche et l'éducation.

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L'euro fort pénalise-t-il l'Italie?
Oui, en partie, car nous sommes exportateurs, et pas seulement dans la mode, l'agroalimentaire ou le textile. La mécanique de précision, l'électronique ou la sidérurgie représentent désormais 65% de nos exportations. Un euro plus faible nous aiderait d'autant que la monnaie unique est artificiellement forte.

Considérez-vous que les situations économiques de la France et de l'Italie sont similaires?
La force de la France réside dans un système public lourd mais qui fonctionne. Sa bureaucratie est meilleure que celle de l'Italie. À la différence de l'Italie, la France dispose de quelques grandes entreprises, tant publiques que privées, très compétitives à l'international. Cependant, les PME françaises sont moins dynamiques que les nôtres, en particulier à l'exportation. La France doit par ailleurs réduire une dépense publique trop élevée et son système de retraites est moins solide que le nôtre. Elle doit mener des réformes que l'Italie a, dans certains cas, déjà faites.

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N'y a-t-il pas un risque d'instabilité politique qui renforcerait la méfiance des marchés financiers?
Avec les nombreux indécis, le risque existe qu'aucun véritable vainqueur ne s'impose à l'issue du scrutin. Il est plus probable qu'on voie se former une coalition réformiste et européenne. Les forces non extrémistes devraient parvenir à un accord sur un gouvernement, qui aura peut-être une durée de vie brève mais devra mener une réforme électorale, mettre en ordre les comptes publics et réduire les coûts de la politique.

Propos recueillis par Eric Jozsef

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