L'ombre d'un doute venu d'Italie

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DR (Crédits : Albert Caen)

Dans Plaidoyer pour l'Europe décadente, publié en 1976, Raymond Aron écrivait que « la civilisation de jouissance se condamne elle-même à la mort lorsqu'elle se désintéresse de l'avenir ». On a dit longtemps à propos de l'Italie, pays de la Dolce Vita, que le malheur des sociétés hédonistes, c'est de ne pas avoir de destin. Après quinze ans sans croissance, l'Italie de Mario Monti vient pourtant de s'en redonner un. En quinze mois, sans mandat populaire, l'ancien technocrate de Bruxelles Monti a sorti son pays de la dictature du « spreado » (écart de taux avec l'Allemagne) en menant un programme de redressement spectaculaire : baisse des dépenses publiques pour retrouver la maîtrise d'un endettement chronique; lutte contre les rentes de toutes sortes d'un pays clientéliste et champion de l'évasion fiscale; réforme des rigidités du marché du travail, encore insuffisante, mais qui a permis la renaissance de Fiat et de l'industrie italienne.

Bien sûr, les résultats ne sont pas (encore) là, si on les mesure en termes de croissance nominale ou de taux de chômage. Et c'est une Italie en plein doute qui est venue voter ce dimanche et ce lundi, d'où le score spectaculaire du populiste Beppe Grillo. Pour les opposants à la ligne Monti, ce n'est que le résultat, prévisible, de l'accumulation d'austérité qui accable toute l'Europe du Sud depuis le début de la crise des dettes souveraines. D'autres indicateurs montrent pourtant que l'exemple italien pourrait bien, au contraire, être un modèle, notamment pour la France. Comme l'Espagne, l'Italie est en effet en train de retrouver sa compétitivité. Et cela marche : sa balance commerciale est excédentaire de 10 milliards d'euros en 2012, là où la France accuse toujours un déficit abyssal.

Pourtant, nous partageons bien la même monnaie, et les exportations italiennes sont au moins autant sinon plus sensibles que les nôtres à la force supposée de l'euro. C'est donc bien qu'il y a des choix de politique économique plus pertinents que d'autres. L'Italie de Monti a choisi sans états d'âme le modèle rhénan qui fait reposer la prospérité du pays sur les exportations, au prix d'une relative stagnation de la demande interne. Les coûts de cette politique ne sont bien sûr pas à prendre à la légère. Le « montisme » n'a d'ailleurs pas réussi à se transformer en une force politique structurée, les Italiens étant, comme tous les peuples européens, fatigués des réformes incessantes. Ce sera donc sans doute à la gauche de Pier Luigi Bersani de poursuivre, à sa manière, l'héritage de Monti.

L'ancien commissaire européen à la concurrence lègue cependant deux axiomes que ferait bien de méditer François Hollande à l'heure où la France, à son tour, accuse une fatigue dans la rigueur. Le premier, c'est que plus tôt on fait les réformes nécessaires, moins elles sont difficiles : on ne gagne rien à retarder les ajustements, même s'il faut bien sûr les adapter à la capacité de l'économie et du corps social à les supporter; le second, c'est qu'il faut du temps pour engranger les bénéfices des changements. Monti a eu quinze mois; François Hollande a encore quatre ans sans élections majeures devant lui, à part les élections locales de 2014. 

Ce lundi, le vote italien semble tourner à la confusion, avec une majorité de centre-gauche à la Camera (Chambre des députés) mais un Sénat qui repasserait à droite, rendant le pays difficilement gouvernable. Le risque italien revient donc en force pour hanter l'Europe et les marchés. Mais ce test italien va aussi remettre la France en première ligne pour confirmer à son tour sa volonté de réforme. Et François Hollande ne va pas manquer d'occasions pour cela dans les mois qui viennent.

La question n'est pas tant de savoir si le déficit sera ou pas de 3% du PIB cette année ou en 2014. Ni même de savoir si l'équilibre budgétaire sera atteint en 2017 ou même en 2020. Elle est de fixer un cap et de construire un consensus social et politique sur les moyens d'y parvenir. Évidemment, c'est plus facile à dire qu'à faire. Il n'y aura jamais de consensus pour plafonner ou fiscaliser les allocations familiales, désindexer les pensions de retraites ou faire payer une CSG normale aux retraités. Mais plutôt que de distiller les réformes impopulaires les unes après les autres, au risque de cristalliser les résistances, ou de laisser planer l'ombre d'un doute sur la détermination de l'exécutif, c'est un plan d'ensemble qui manque encore à François Hollande. Il y a 40 programmes inscrits sur la liste de la Modernisation de l'action publique. Chacun d'entre eux fera des mécontents, plus ou moins nombreux. La méthode consistant à les annoncer les uns après les autres, en tentant d'en dissiper les effets politiques au fur et à mesure, n'est peut-être pas la meilleure. Sauf à faire vivre le pays à l'heure de la rigueur pendant plusieurs années, ce qui n'est pas forcément bon psychologiquement, ni efficace politiquement.

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a écrit le 28/02/2013 à 0:24 :
Les italiens ne sont pas différents des français !
La moitié d'entre eux a vote pour des lendemains qui chantent, des promesses farfelues et du rêve a bon compte..........
Tant de gens persuadés que c'est "Bruxelles" qui est la cause de leurs problèmes, tant de gens qui croient que la finance les ruinent quand il s'agit tout simplement d'arrêter de dépenser plus qu'on ne gagne et tant de gens croyant dur comme fer qu'il suffit de sortir de l'Europe pour retrouver la richesse après une petite dévaluation.
On ne peut malheureusement rien contre les illusionnistes et les crédules rêveurs, l'Europe du Sud ne jure plus que par le miracle du retour à un passé qu'elle a naïvement réinventé tel qu'il n'a jamais été en oubliant que ce sont les subsides de l'Europe qui lui ont permis, pour un court moment, de se croire les égaux des pays riches de leur travail.
Tant pis, les peuples passent toujours par des hauts et des bas et n'apprennent jamais du passé.
Les mêmes qui auront entrainé la chute de leur pays se retrouveront pour prétendre que c'est à cause des autres nations riches qu'ils sont devenus pauvres. C'est bien ce qui se passe aujourd'hui en Europe et ce que démontre le retour de Berlusconi !

Réponse de le 28/02/2013 à 16:48 :
Mais enfin Vercaud, vous êtiez parti ou pendant ces dernières années? En tout cas, ll vous manque quant même 2 ou 3 épisodes de la série visiblement....
a écrit le 26/02/2013 à 9:24 :
"Bien sûr, les résultats ne sont pas (encore) là, si on les mesure en termes de croissance nominale ou de taux de chômage." et qu'est qui peut vous faire prétendre qu'ils seront là demain ???
Réponse de le 27/06/2015 à 16:45 :
Pour le finlandais ( nom imprononçable) l'expression de la démocratie serait un triste recours! Ce monsieur est un bien triste sire.
Réponse de le 27/06/2015 à 21:27 :
Que les grecs votent ! Soit ils payent soit ils quittent la cee. C est simple.
Pib de la grece inférieur a celui des Hauts-de-Seine, on ne va pas mettre l Europe à genoux pour cela.
a écrit le 25/02/2013 à 15:22 :
Monsieur Mabille, voyons!! Est ce bien raisonnable? Tous les jours ou presque, une nouvelle récurrente s'insinue dans le flot de l'actualité: "Voyez! tel ou tel pays qui était si mal en point est en train de s'en sortir! Tout va finir par s'arranger, vous verrez!" La liste des pays bénéficiant de ce signalement se remplit tout en se vidant par la grâce de l?oubli. Et je crains que votre papier ne déroge pas à cette dure règle... C'est au tour de l'Italie, rappelons-le sauvée d'affaire, ainsi que la zone euro par la même occasion,de revenir sur le devant de la scène. Non pas uniquement en raison de la tenue de ses élections du week-end mais aussi des thèmes mêmes de la campagne électorale dont les échos ne nous parviennent que faiblement. Aucun signe n'annonce une sortie de la récession et si l'on en croit l'Association des banques italiennes, le pourcentage de prêts douteux augmente et la disponibilité du crédit se restreint, selon un scénario bien connu des Espagnols. Il était facile pour Mario Monti de multiplier les pseudos miracle sur le devant de la scène avec un Mario Draghi en coulisse à la BCE tirant les ficelles... L'affaire Italienne se complique bel et bien, la notre aussi du même coup

Réponse de le 26/02/2013 à 9:29 :
+1 la lucidité ne fait pas trop recette; pour les néolibéraux Monti est un dieu pas touche... bizarre les italiens ne l'endendent pas de cette oreille.
a écrit le 25/02/2013 à 10:33 :
Je ne crois pas l'auteur ; "c'est reculer une échéance devenue maintenant inéluctable " :
1) Le retour du franc ; Ayant toujours voté contre les traités mortifères créant l'Europe dite "de Bruxelles", tel celui de Maestrich , voulus par nos élus en raison des profits financiers qu'ils leur procurent ?bien que ne connaissant rien ,en général , à l'économie-- mais contre le peuple de France ! On ne peut changer pacifiquement quoi que ce soit avec ces gens là ! A défaut d'une révolution , il ne faut plus voter "contre" un parti ; sans se préoccuper avant tout à la compétence réelle du candidat ( ou son simple bon sens ) , ou voter BLANC ( ce que je ferai à l'avenir)
2) L' euro et Europe : Après être sorti de l'euro et de lEurope , au prix d'une dévaluation difficile et très coûteuse ,certes , mais en tout cas pas plus qu'une dévaluation "forcée" ultérieure , nous serions enfin libres de notre destin ! Il suffit de constater le "sauve qui peut "actuel des Etats ( d'Europe ou d'ailleurs ) pour comprendre que ce moment est enfin venu ( je me suis trompé de plus d'un an ) et que les autres Pays d'Europe n'attendent que cela pour nous suivre Ce sera le moment de poursuivre ou commencer une fructueuse coopération entre états ou entreprises d'europe ou d'ailleurs et de reconstruire une "autre" Europe , celle des Nations
Réponse de le 25/02/2013 à 14:36 :
Tout à fait d'accord avec vous et j'espère qu'il en est de même pour la majorité de nos concitoyens!

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