La banque centrale russe perdra-t-elle son indépendance après le choix de Poutine ?

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Le président russe a proposé de nommer l'économiste Elvira Nabioullina au poste de gouverneur de la banque centrale de Russie. Sa proximité avec le Kremlin inquiète les milieux économiques, dans un contexte de "guerre des monnaies".

Elvira Nabioullina portera-t-elle un coup à l'indépendance de la Banque centrale de Russie (BCR) ? Actuellement conseillère économique au Kremlin et ancienne ministre du Developpement économique, cette économiste de 49 ans a été sélectionnée, mardi soir, par le président russe, Vladimir Poutine pour prendre la tête de la BCR. Sa nomination doit être validée par la Douma, le Parlement russe. Une formalité pour le président de la Russie qui y dispose d'une majorité écrasante.

Pour Ivan Tchakarov, économiste de Renaissance Capital interrogé par l'AFP, ce choix "porte un coup à l'indépendance" de la banque centrale de Russie (BCR). "Cela peut être interprété plus généralement comme un nouveau renforcement du pouvoir de Vladimir Poutine sur les institutions clés du pays", regrette-t-il.

Une banque centrale respectée

La BCR a évolué ces dernières années vers un modèle proche de ses grandes homologues occidentales, avec une politique centrée sur le contrôle des prix et une plus grande flexibilité du rouble, ce qui lui vaut un certain respect sur la scène financière.

"C'est aussi un régulateur du système financier", a souligné mardi l'homme fort du Kremlin. La banque centrale doit hériter d'ici à 2015 de fonctions de régulation des marchés financiers jusque là assurées par le gouvernement, qui envisage à ce titre de faire siéger plusieurs de ses représentants au sein de la BCR. Cette idée a été perçue par certains observateurs comme une atteinte à son indépendance, garantie par la Constitution.

Le choix de Vladimir Poutine "porte un coup aux espoirs d'une politique monétaire plus indépendante dans les années à venir, même s'il ne devrait pas se traduire par des changements majeurs", ont estimé les analystes de Capital Economics.

"Une fonctionnaire remarquable"

"Economiste équilibrée et très qualifiée", selon les analystes d'Alfa Bank, Elvira Nabioullina est réputée plutôt libérale et connue pour avoir suivi des dossiers délicats, comme l'entrée de la Russie dans l'Organisation mondiale du commerce, sans se faire d'ennemis. L'ex-ministre des Finances Alexeï Koudrine, dont le nom circulait pour le poste, a jugé qu'Elvira Nabioullina était une "bonne candidate", louant sa "poigne" et son "expérience".

Pour Dmitri Boutrine, spécialiste des questions macroéconomiques au quotidien Kommersant, elle est "une fonctionnaire remarquable". Pour autant, "le fait qu'elle ait bâti sa carrière sur sa loyauté sans réserve à Vladimir Poutine et son respect du système au pouvoir montre que le président veut inclure les compétences de la BCR dans le giron des décisions prises au Kremlin", observe-t-il dans un éditorial mercredi.

Vers une baisse des taux ?

Le président russe, reprenant des critiques répandues au gouvernement et dans les milieux d'affaires, s'était inquiété en janvier du niveau élevé des taux d'intérêt. La banque centrale maintient depuis septembre son principal taux à 8,25% et ses dirigeants n'ont cessé de répéter qu'ils ne le baisseraient que quand l'inflation, au plus haut depuis 18 mois, ralentirait, affichant une fermeté peu commune en Russie.

Les économistes craignaient d'ailleurs que le choix de Vladimir Poutine, qui avait promis la semaine dernière "une personnalité inattendue" ne se porte vers un partisan d'une baisse drastique des taux pour relancer l'activité. Sur ce plan, Elvira Nabioullina apparaît comme "un compromis entre les demandes d'une politique monétaire ferme (face à l'inflation, ndlr) et les voix qui s'exprimaient en faveur d'une baisse de taux au sein de la classe politique", estime Alexander Kliment, du centre d'analyse Eurasia Group. Mais pour cet expert basé à New York, "comme le marché la soupçonne d'être moins indépendante, elle devra justifier toute baisse de taux par la situation économique" et "résister si besoin à de fortes pressions politiques".

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Commentaires
a écrit le 18/03/2013 à 21:56 :
La Tribune a encore censurer mon commentaire en faveur de ce brave Patrickb qui n'a pas encore compris qu'il n'y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre... JCM
a écrit le 13/03/2013 à 15:09 :
franchement la tribune, il faut arreter de faire de l'anti Putin. Le president de la FED est choisi par le president des etats unis et le senat valide.
a écrit le 13/03/2013 à 13:38 :
"Sa proximité avec le Kremlin inquiète .." Non mais franchemenbt, est-ce que le délégué syndical Hollande va chercher des adversaires (ou même Mélanchon) pour mettre à des postes importants ? Ce type de commentaire accrocheur a quelque chose de manipulateur pour entretenir un sentiment anti-russe.
Réponse de le 14/03/2013 à 7:19 :
Ca, c'est le parisien de service qui se fâche !!!
a écrit le 13/03/2013 à 13:31 :
L'indépendance = La convergence ou la neutralité vis à vis des principes d'organisation des banques centrales occidentales. Il va être temps de recevoir d'autres acceptions à l'indépendance ou de s'en débarrasser pour désigner la BCE.
De même concernant la FED qui n'est qu'une banque privée. Ou la Banque du Japon qui se voit "ordonnée" sa politique.
Encore une belle hypocrisie déguisée derrière un terme bien pensant comme "indépendance des médias", "démocratie", "égalité" etc
a écrit le 13/03/2013 à 12:51 :
Entre nous, on se demande bien de quel droit toutes nos soit disant élites se permettent de critiquer le choix d'une banque centrale indépendante ou non. Qu'en est-il des notres? Qu'ont dit les mêmes quand la BCE a ouvertement poussé Berlusconi vers la sortie en mettant fin à son programme d'achat pour l'Italie?

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