Un canal miracle en Terre sainte pour ressusciter la mer Morte

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Son niveau est tellement bas que la mer Morte est désormais coupée en deux par une bande de terre. / Reuters
Son niveau est tellement bas que la mer Morte est désormais coupée en deux par une bande de terre. / Reuters (Crédits : © 2009 Thomson Reuters)
Le niveau de la mer Morte ne cesse de baisser et, si rien n'est fait, elle aura disparu d'ici à 2050. La construction d'un canal pour amener de l'eau de la mer Rouge est donc envisagée. Il permettrait, en outre, d'apporter de l'eau potable dans une région qui en manque cruellement. Mais les risques écologiques sont sérieux. Suite de notre dossier Spécial Méditerrannée

Redonner vie à la mer Morte menacée d'assèchement grâce à un canal de 180 km qui la relierait à la mer Rouge... Sur le papier, ce projet tient du miracle en Terre sainte. Et pourtant, il prend forme. Après des années d'études menées par le cabinet d'engineering français Coyne et Bellier, filiale de Tractebel, société de conseil du Groupe Suez, la Banque mondiale a rendu son verdict : l'opération est faisable.

En fait, sur le papier, l'idée est simple. Le niveau de la mer Morte, située au point le plus bas du monde (- 420 mètres sous le niveau de la mer), ne cesse de baisser. Elle a perdu un tiers de sa masse d'eau en vingt ans. Plus grave, la baisse du niveau est telle que la mer est désormais coupée en deux par une bande de terre... Et si rien n'est fait d'ici à 2050, ce site unique menace de disparaître.

La solution imaginée consisterait à pomper de l'eau dans la mer Rouge à la hauteur du port jordanien d'Aqaba, pour la reverser grâce à un canal - en fait un réseau de canalisations en grande partie souterrain - dans la mer Morte. Détail important : cette opération une fois lancée traduirait mieux que de longs discours une paix régionale entre Israël, la Jordanie et les Palestiniens.

« C'est un exemple de coopération entre des dirigeants, qui ne voient pas toujours les choses de la même façon, mais qui peuvent s'entendre sur une question aussi vitale que l'eau », assure Saad Abu-Hamour, un haut responsable jordanien chargé des questions de l'eau. Le projet des deux mers comprend, en effet, la construction d'une usine de dessalement de l'eau de mer pour alimenter la Jordanie. Ce pays souffre d'une pénurie chronique d'eau potable, qui a pris des allures dramatiques avec l'arrivée, depuis deux ans, de plusieurs centaines de milliers de réfugiés civils syriens fuyant les combats dans leur pays. Pour faire face à cet énorme afflux de population, la Jordanie a dû pomper au-delà du raisonnable ses nappes phréatiques, qui menacent de s'épuiser rapidement.

Un projet à 10 milliards de dollars

Autre avantage d'un canal, des centrales hydrauliques pourraient exploiter la dénivellation entre les deux mers pour faire fonctionner des turbines produisant entre 150 et 250 mégawatts. Avec cette nouvelle source d'énergie, il serait possible de produire près de 850 millions de m3 d'eau dessalée et de stabiliser le niveau de la mer Morte. Enfin, un vaste complexe touristique est envisagé des deux côtés du canal, grâce à une eau devenue abondante et permettant de créer des oasis luxuriantes. Bref, un rêve grandiose à la fois technologique et politique... Encore faut-il passer aux actes et trouver des financements.

Car la facture risque, elle aussi, d'être « salée » : 10 milliards de dollars, selon les estimations de la Banque mondiale. Ce « détail » ne gêne cependant pas Israël. « Les intérêts communs avec la Jordanie et les Palestiniens sont plus importants que toutes autres considérations, assure Silvan Shalom, le ministre israélien de l'Énergie et des Ressources en eau.

Avec le soutien de la Banque mondiale, j'espère que nous allons pouvoir lancer très rapidement les premiers appels d'offres internationaux. »

« Tout le monde comprend qu'il y a urgence, il faut sauver la mer Morte, qui n'appartient pas seulement à ceux qui vivent autour, mais qui est aussi essentielle pour les communautés chrétiennes dans le monde », affirme Uri Shani, responsable de la gestion de l'ensemble de l'opération du côté israélien. Selon lui, le projet permettra également d'éviter que l'eau soit un motif de conflits armés.

 

Un fragile équilibre écologique

D'ores et déjà, précise Saad AbuHamour, les Jordaniens vivent sur la corde raide, malgré la fourniture par Israël de 32 millions de m3 d'eau par an puisés dans le lac de Tibériade aux termes de l'accord de paix conclu entre les deux pays en 1994. « Les habitants n'ont droit qu'à 48 heures par semaine pour constituer des réserves d'eau utilisées le reste du temps »,précise cet expert. Le gouvernement jordanien doit, en outre, subventionner au prix fort l'eau potable. Une usine de dessalement permettrait donc de réduire rapidement la pression.

Dans le tableau de ce canal idyllique subsistent toutefois plusieurs ombres de taille sur le front écologique. La Banque mondiale évoque elle-même plusieurs dangers. Des fuites dans les canalisations pourraient provoquer des infiltrations d'eau salée dans les nappes phréatiques de la région semi-désertique d'Araba, située entre les deux mers. De plus, l'eau pompée dans la mer Rouge risque de favoriser la prolifération d'algues dans la mer Morte où, jusqu'à présent, rien ne pousse en raison d'une teneur record de 32% en sels minéraux, contre 3% en moyenne pour les autres mers.

Le scénario présenté par Les Amis de la Terre au Moyen-Orient, une organisation de défense de l'environnement, est même encore plus inquiétant. Selon ces écologistes israéliens, jordaniens et palestiniens, les partisans du projet jouent aux apprentis sorciers. « La Banque mondiale a mis dix ans pour sortir son rapport et pendant cette période le niveau de la mer Morte a baissé de 15 mètres. Il aurait mieux valu se concentrer sur les véritables causes de ce désastre provoqué par le pompage de 90% de l'eau du Jourdain qui se déverse dans la mer Morte, et l'exploitation sans limite de l'eau de cette mer pour la production de produits minéraux par des groupes privés israéliens et jordaniens », déplore Nader Khateeb, directeur du côté palestinien de l'organisation écologiste.

Les responsables israéliens et jordaniens n'en restent pas moins optimistes. Ils disposent d'un argument de poids : faute d'un canal, il y a de fortes chances pour qu'il n'y ait bientôt plus aucun équilibre écologique à préserver, car la mer Morte... aura disparu pour de bon.

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>>> VIDEO Un Canal Entre La Mer Rouge Et La Mer Morte (Arte)

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Commentaires
a écrit le 08/01/2014 à 12:42 :
Il est évident que je ne maîtrise pas les tenants et les aboutissants de ce projet, mais je me pose juste une question, celle de savoir si le canal ne pouvait pas partir plutôt de la Méditerranée que de la Mer Rouge!
a écrit le 01/08/2013 à 13:28 :
Encore une fois, on bâti (sur le papier) des projets technologiques et pharaoniques sans vouloir s'attaquer aux vrais causes du problèmes, c'est dans l'air du temps ! Et encore une fois, si jamais çà se fait, on s'apercevra 10 ans après que çà aura engendré plus de problèmes qu'apporté de solutions.
Réponse de le 05/08/2013 à 16:14 :
J'ose espérer que vous etes un expert dans dans le domaine des problèmes hydrogéologiques du Proche-Orient pour pouvoir affirmer cela. Quelles sont les vraies causes du problème d'après vous ?
a écrit le 31/07/2013 à 21:13 :
Mer d'Aral,Lac Tchad,Mer Morte meme combat et meme cause la surexploitation de ses fleuves nourrissiers par l'homme.... pas bon etre un lac endoreique depuis 50 ans
Réponse de le 08/08/2013 à 19:48 :
La solution, ce serait donc de supprimmer l'homme ?
a écrit le 31/07/2013 à 15:16 :
Il manque la Palestine sur la carte...
Réponse de le 31/07/2013 à 16:58 :
......."un oubli....." !
Réponse de le 31/07/2013 à 19:52 :
C'est vrai, il n'y pas Lestine.
Réponse de le 18/01/2014 à 17:26 :
La carte est pourtant claire. On y voit très bien la Jordanie qui occupe les 80% de la palestine. Le Liban et Israël se partagent le reste du territoire.
a écrit le 31/07/2013 à 13:48 :
Actuellement, la Mer Morte est alimentée en eau douce par le Jourdain, et son eau s'évapore (sans le sel, qui y reste) : pas d'apport de sel, pas de perte en sel. Demain, avec une alimentation de la Mer Morte en eau salée, on y apportera de l'eau salée et l'évaporation laissera le sel sur place ... : on va donc avoir une Mer Morte encore plus salée, et des dépôts monstrueux de sel vont se former au fil du temps. Il faudra donc en prime prévoir de récupérer ces dépôts de sel et les remettre dans la Méditerranée ! Sauf s'il est exploitable commercialement, mais j'en doute un peu.
Réponse de le 03/08/2013 à 16:00 :
K votre commentaire, ainsi que celui de Photoscope, est tout à fait pertinent et je le partage. Si ce canal se fait, cet apport d'eau salée dans la mer Morte sera une vraie catastrophe. A part ça, effarant de constater que certains autres commentaires imaginent des niveaux sensiblement différents entre les mers Méditerranée et Rouge et le canal de Suez avec des écluses...(le canal de Panama, oui, mais les écluses ne sont pas imposées par une différence de niveau Atlantique-Pacifique).
Réponse de le 03/08/2013 à 21:51 :
@ Enric Cavalhès ;
C'est quoi l' intérêt de mettre en place des écluses ? créer des bouchons.....et on ne parle pas du coup financier.
a écrit le 31/07/2013 à 13:00 :
Intéressant. Même si effectivement l'opération comporte des risques. Mais vaut-il mieux laisser disparaître la Mer Morte que de prendre ces risques? No, il faut bien risquer un peu pour gagner beaucoup. Car derrière ce projet se joue l'avenir de cette région, et notamment la paix... Enfin.
a écrit le 31/07/2013 à 13:00 :
Intéressant. Même si effectivement l'opération comporte des risques. Mais vaut-il mieux laisser disparaître la Mer Morte que de prendre ces risques? No, il faut bien risquer un peu pour gagner beaucoup. Car derrière ce projet se joue l'avenir de cette région, et notamment la paix... Enfin.
a écrit le 31/07/2013 à 12:54 :
pourquoi ne pas pomper dans la Méditerannée le parcours est d'après le plan 3 fois moins important encore une histoire de gros sous ? et d'après toujours le plan cela peut passer par Gaza pour les palestiniens!
Réponse de le 31/07/2013 à 13:25 :
Trop beau, pour être vrai.......
Réponse de le 31/07/2013 à 16:21 :
Vous n'avez pas compris que le dénivelé compte plus que la distance ?
Réponse de le 31/07/2013 à 17:12 :
@ Onze: A mon avis, le niveau de la Mer Rouge doit être le même que celui de la Méditerranée... Sinon, le canal de Suez serait connu comme une formidable attraction pour équipages de cargo... Il y a un autre projet, Méditerranée-Mer Morte, permettant de placer les centrales électriques exclusivement sur territoire israélien. Mais l'association avec la Jordanie semble avoir été (sagement) préféré.
Réponse de le 31/07/2013 à 17:49 :
@ arcesilas ;
Le canal comporte des écluses idem Panama...maintenant, pourquoi Israël ne pompe pas en
Méditerranée via un oléoduc, mystère et boule de gomme....(le but étant de faire remonter le niveau de la mer morte, qui engendrerait moins d' évaporation de celle-ci) .
Réponse de le 01/08/2013 à 11:45 :
Sauf erreur de ma part, il n'y a pas d'écluses sur le canal de Suez. Par contre, il y en a effectivement sur le canal de Panama
Réponse de le 01/08/2013 à 17:30 :
La mer Morte est dans la vallée du Jourdain, qui coule du Nord au Sud. Cette vallée est bordée de collines à l'Est en Jordanie el à l'Ouest en Israël et Palestine. Cette vallée se termine par le golfe d'Aqaba sur la Mer Rouge. Si on construisait un canal à partir de la Méditerranée, il faudrait franchir la chaîne de collines, alors qu'en partant de la Mer Rouge on reste dans la vallée naturelle et il y a très peu de relevage à faire. Maintenant, il y a toujours de gros malins pour expliquer que ce n'est pas comme cela qu'il faut faire.
Réponse de le 03/08/2013 à 21:24 :
@ Ishri ;
exacte pas d'écluse sur le canal de Suez....Mci . Pour moi la pause d' un oléoduc revient moins chère que le
creusement d' un canal, à moins de vouloir y faire circuler des navires......mais là c'est une autre stratégie !
et tout n'est pas dit .
a écrit le 31/07/2013 à 12:47 :
Voilà un beau projet fédérateur, facteur de progrès dans une région qui en a bien besoin. Espérons qu'il voie le jour ! Quant aux écologistes, n'y faisons pas attention: ils sont toujours contre.
Réponse de le 01/08/2013 à 11:43 :
+1 pour une fois qu'on a une idée valable :

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