Sotchi : la Russie peut-elle rentabiliser les JO les plus chers de l’histoire ?

Devant le gigantisme du projet, la facture des travaux sur le site olympique de Sotchi a explosé. Le pays organisateur des Jeux Olympiques n'est pourtant pas le premier à dépasser son budget.
Laszlo Perelstein
. Les dépenses pour les travaux ont déjà atteint 50 milliards de dollars. REUTERS/Phil Noble
. Les dépenses pour les travaux ont déjà atteint 50 milliards de dollars. REUTERS/Phil Noble (Crédits : . REUTERS/Phil Noble)

50 milliards de dollars (37 milliards d'euros). Voici le coût total officiel des travaux pour les Jeux Olympiques de Sotchi. Le montant, annoncé il y a quelques jours par le vice-Premier ministre russe, Dmitry Kozak, a de quoi surprendre. Il dépasse le budget des Jeux de Pékin (42 milliards de dollars soit 31 milliards d'euros), propulsant les JO de Sotchi à la première classe des olympiades les plus chères de l'histoire. Et pose la question d'une éventuelle rentabilité des infrastructures.

Si en 2007, Vladimir Poutine annonçait que les coûts des Jeux de Sotchi ne dépasseraient pas les 12 milliards de dollars, ce chiffre de 50 milliards de dollars ne date pas d'hier. L'an passé déjà, le Comité olympique prévoyait une augmentation de 500% de l'estimation du coût initial, rapportait alors le site d'information consacré à la Russie RT.

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Infographie réalisée par  pour www.sportgeschiedenis.nl

Bâtir un site complet à partir de rien

L'explosion du coût des travaux est assez aisée à comprendre, il a fallu tout construire ou presque à Sotchi. D'après Jean-Claude Killy, membre du Comité international olympique (CIO), 85% des infrastructures ont dû être bâties à partir de rien. Et quelles infrastructures !

La Russie a vu grand pour ses Jeux et a tout fait pour rapprocher la station balnéaire située au bord de la Mer noire une des plus grandes stations de sports d'hiver. La liste des bâtiments est longue et comporte entre autres un aéroport, deux gares, 77 ponts, 12 tunnels, plus de 400 km de voies ferrées et trois villages olympiques.

Des travaux pharaoniques, auxquels se sont ajoutées plusieurs difficultés techniques ainsi que d'importants retards. En 2013, la Russie n'avait terminé que 70% de la station. À voir la qualité des hôtels dont de nombreuses photos circulent, prises par les journalistes présents sur place, il est  à espérer que les infrastructures officielles auront une meilleure finition.

Une rentabilité sur « 30 ou 40 ans », vraiment ?

À proprement parler, la somme dépensée pour les Jeux de Sotchi est en fait loin des 50 milliards de dollars puisque «seuls» 6,4 milliards (soit 4,7 milliards d'euros) y ont été consacrés, le reste étant liés aux infrastructures.

Christophe De Kepper, directeur général du Comité international olympique, met d'ailleurs en garde :

"Il ne faut pas confondre les dépenses engagées pour les Jeux proprement dits et les budgets d'infrastructure dont on doit de juger la rentabilité sur 30 ou 40 ans."

L'affirmation paraît pleine de sens mais laisse songeur quand on connaît le sort réservé aux sites olympiques les plus récents. Les 15 milliards de dollars dépensés par la Grèce lors des Jeux d'Athènes en 2004 lui ont permis de bâtir de formidables bâtiments… aujourd'hui à l'abandon. Ou comment le site olympique est devenu une version moderne des ruines grecques, expose un reportage de l'AFP.

Le superbe plongeoir de 10 mètres est nettement moins impressionnant quand il donne sur un bassin vidé de toute son eau et la mauvaise herbe a poussé sur les pistes de certains stades, rapporte Business Insider.

Si les infrastructures héritées des Jeux de Pékin (42 millions de dollars, pour rappel) n'ont pas encore atteint cet état de délabrement, elles sont tout de même négligées et représentent un véritable puits sans fond pour les finances publiques.  Pour les experts interrogés, les organisateurs ont été incapables de penser à l'après JO.

Le phénomène n'est pas propre qu'aux Jeux d'été puisque Turin (2006) arbore désormais un site olympique fantôme alors que Vancouver (2010) ignore encore combien a coûté le village olympique, conçu pour être «durable et peu coûteux».

"Les Jeux n'ont jamais perdu de l'argent"

Reste que, quand on leur pose la question, les membres du CIO n'ont aucun doute sur la rentabilité des Jeux Olympiques. «Historiquement, les Jeux n'ont jamais perdu d'argent», explique même Christophe De Kepper.  Le comité d'organisation est encore plus confiant.

"Ces Jeux seront même les plus rentables avec déjà 1,3 milliard de dollars en programme marketing."

Cela n'a pas empêché les JO d'Athènes de creuser le déficit public grec et le pays d'en payer encore les dettes aujourd'hui, rapportait en 2012 Ouest-France. Et le quotidien régional de préciser :

"De l'aveu même de Jacques Rogge, président du Comité international olympique (CIO), [le dérapage des comptes] a contribué "en partie, pour 2 à 3 %" à l'augmentation de la dette extérieure du pays."

Le coût des Jeux Olympiques de Sotchi est en tout cas considéré comme un "mauvais exemple" par le président de la Fédération internationale de ski, Gian-Franco Kasper, interrogé sur la question par Reuters. Pas sûr qu'il retienne la leçon, après tout, la rentabilité des infrastructures se jugent sur 40 ans…

Laszlo Perelstein

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Commentaires 4
à écrit le 17/02/2014 à 10:12
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Donc ... JO de Pékin + JO de Sotchi > 70 milliards ... soit plus qu'Iter .. ou un vrai programme de recherche solaire, éolien, tout ça ... On avait le choix au début du 21è siècle : - organiser des jeux olympiques - régler dès le départ tous le...

à écrit le 07/02/2014 à 11:11
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@Cherdak a complètement raison. Evidemment la rentabilité ne sera jamais atteinte. Ce projet a été destiné dès le début au gaspillage et vol d'argent et (un peu) à contenter la mégalomanie des certains.

à écrit le 07/02/2014 à 10:04
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Il faut savoir que les Russes qui le peuvent partent souvent à l’étranger pour leurs vacances, car cela leur revient moins cher que de prendre des vacances sur place avec des destinations privilégiées comme la Turquie, la Bulgarie, l'Espagne, la Fran...

le 12/02/2014 à 10:38
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Et voilà comment l'argent brûle les doigts pour tenter de montrer une "supériorité" illusoire financière. La Russie n'étant pas un exemple d'argent bien utilisée ni sociale, pourquoi donc dépenser ainsi le peu de sous qui aurait put être utilisée pou...

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