La Chine va-t-elle rouvrir les vannes du crédit ?

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Le resserrement du crédit orchestré par la banque centrale chinoise pour assainir le système financier entraîne un ralentissement de la deuxième économie mondiale.
Le resserrement du crédit orchestré par la banque centrale chinoise pour assainir le système financier entraîne un ralentissement de la deuxième économie mondiale. (Crédits : reuters.com)
Le resserrement du crédit orchestré par la banque centrale chinoise entraîne un ralentissement de l'activité, attisant les craintes pour la croissance. Mais tant que l'emploi va, Pékin ne devrait pas intervenir.

L'atterrissage tant attendu est bien en train d'avoir lieu en Chine. Après des années de croissance effrénée, l'économie chinoise montre de véritables signes de ralentissement. Ce n'est pas une surprise pour Pékin , qui s'est lancé dans le rééquilibrage de son modèle de croissance dans le but de rendre le pays moins dépendant des exportations.

Pas de rebond après le Nouvel an

Le recul de la production manufacturière en mars en est l'un des symptômes, après un enchaînement d'indicateurs inquiétants ces derniers mois. A 48,1 ce mois-ci selon HSBC, l'indice PMI a en effet enregistré sa plus forte contraction depuis huit mois, après 48,5 en février. En dessous de 50, cela signifie que l'activité ralentit.

Un ralentissement d'autant plus inquiétant qu'habituellement, l'activité rebondit à cette période, après le creux enregistré pendant les vacances du Nouvel an chinois. Durant cette période, de nombreux travailleurs rentrent en effet dans leurs familles et cessent toute activité. A cette occasion, beaucoup d'usines ferment leurs portes.

Le resserrement du crédit pèse sur l'activité

L'objectif de croissance affiché par Pékin cette année a été fixé à 7,5%, après une année 2013 à 7,7%. Son plus bas niveau depuis 13 ans. Et la multitude de chiffres décevants ces derniers mois fait craindre un score en deçà.

>> Lire Pékin assume le ralentissement de la croissance chinoise

"Les chiffres de la croissance demeurent impressionnants, mais cela occulte d'importants obstacles à surmonter", a commenté lundi à Pékin Christine Lagarde, la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI). Selon elle - c'est aussi l'avis des autorités chinoises -, la croissance doit bénéficier à "davantage de monde". Une remarque qui tombe à point nommé alors que les analystes considèrent que la faiblesse de l'activité manufacturière est dûe en grande parti à un repli continu de la demande intérieure. Celle-là même que les dirigeants chinois cherchent à développer.

La faute au resserrement du crédit orchestré par la banque centrale (PBOC), qui cherche depuis plusieurs mois à endiguer une croissance très importante de l'endettement dans le pays depuis 2008, afin d'assainir le système financier. Une nécessité, après que la PBOC ait arrosé la deuxième économie mondiale de liquidités pour soutenir la croissance face au ralentissement des économies développées durant la crise. Bien que cela pèse sur les investissements.

>> Lire La Chine malade de son système bancaire

Ouvrir les vannes du crédit ?

De nombreux analystes croient à une intervention des autorités afin que l'objectif de croissance soit rempli, comme c'est le cas chaque année depuis 1989, commente notamment la banque Standard Chartered. Parmi les mesures possibles sont évoquées une révision à la baisse des ratio de réserves obligatoires pour les banques chinoises, des investissements publics et une baisse des taux d'emprunt.

Mais tout le monde n'est pas de cet avis. L'objectif principal de Pékin durant ce retournement du modèle est en effet de maintenir l'emploi. Pas forcément de maintenir la croissance coûte que coûte. Une fuite en avant en relançant le crédit ne serait donc qu'un aveu d'impuissance pour les autorités. Ainsi le ministre des Finances Lou Jiwei avait-il prévenu début mars qu'une croissance légèrement en dessous de l'objectif était envisageable tant que l'emploi suit.

Début novembre, le premier ministre Li Keqiang avait expliqué que la croissance chinoise créerait assez d'emploi pour absorber la main d'oeuvre disponible à partir de 7,2% par an. L'indicateur à surveiller est donc plus que jamais l'emploi. Aujourd'hui, le taux de chômage officiel s'établit à 4,1%.

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Commentaires
a écrit le 24/03/2014 à 23:41 :
Merci pour cet article bien documenté.
Les chinois se montrent particulièrement clairvoyant dans leur stratégie, il faudra que la Chine se donne les moyens de moderniser l'appareil d'état et leur arsenal législatif pour encadrer les activités financières et les investissements financés par l'argent public. La privatisation progressive des entreprises d'état s'impose naturellement de même qu'une baisse des contraintes imposées aux investisseurs étrangers.

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