Le Japon compte sur les femmes et les immigrés pour relancer son économie

Lors de son discours mardi à l'OCDE, le Premier ministre japonais Shinzo Abe a annoncé vouloir ouvrir les portes de l'emploi aux femmes et aux immigrés. Une révolution culturelle au Japon, mais aussi une nécessité pour l'économie de l'archipel.
La population active se réduit rapidement au Japon, alors que les plus de 65 ans compteront pour plus de 40% de la population total en 2055. Pour préserver son modèle social, le Japon n'a d'autre choix que d'ouvrir l'emploi aux femmes et aux immigrés. (Photo : Reuters)
La population active se réduit rapidement au Japon, alors que les plus de 65 ans compteront pour plus de 40% de la population total en 2055. Pour préserver son modèle social, le Japon n'a d'autre choix que d'ouvrir l'emploi aux femmes et aux immigrés. (Photo : Reuters) (Crédits : reuters.com)

"Je veux une société dans laquelle la femme puisse briller", ou encore "le Japon doit devenir une terre d'espoir" pour les immigrés. Voilà des propos qui détonnent dans la bouche d'un dirigeant japonais. Ces mots ont pourtant bel et bien été prononcés par Shinzo Abe mardi matin au siège parisien de l'OCDE, lors d'un discours dressant un état des lieux des Abenomics, qui désignent son plan de relance de l'économie lancé il y a un an. 

Les femmes vont-elles être les grandes gagnantes du retournement du modèle économique japonais ? Les immigrés se verront-ils enfin ouvrir les portes de l'emploi au Japon ? C'est en tout cas le chemin que le père de l'Abenomics souhaite faire prendre à son pays.

Chute de la population active

Pour les femmes, la route est toutefois encore longue. Selon les chiffres de l'organisation, environ 60% des Japonaises arrêtent de travailler après avoir mis au monde leur premier enfant, à cause des difficultés à combiner vie privée et vie familiale. Et celles qui souhaitent préserver leur vie professionnelle choisissent souvent de ne pas avoir d'enfant.

Permettre aux femmes de travailler tout en ayant des enfants est pourtant devenu une nécessité pour le Japon. Car le pays a l'un des taux de fécondité les plus bas au monde avec 1,39 enfant par femme en 2011, selon la Banque mondiale. Si bien que depuis des années, la population active ne cesse de fondre, alors que le nombre des plus de 65 ans augmente à très grande vitesse. En 2055, l'OCDE considère que plus de 40% de la population japonaise aura plus de  65 ans.

Ce qui d'un côté réduit le potentiel de croissance et de rentrées fiscales du pays, et de l'autre, fait exploser le coût des systèmes de retraite et de santé. 

Situation budgétaire intenable à long terme

Si rien n'est fait pour changer cela très rapidement, le pays court au désastre. En effet, aujourd'hui, le système social du pays est financé par la dette publique la plus élevée au monde, à plus de 240% du produit intérieur brut.

Pour l'instant, la situation est tenable parce que plus de 90% de la dette publique est financée par l'épargne japonaise. Mais depuis la catastrophe nucléaire de Fukushima, l'épargne du pays fond très rapidement en raison d'un important déficit commercial. L'arrêt des réacteurs nucléaires oblige en effet le Japon à importer des hydrocarbures. En clair, à moyen terme, le Japon risque de devoir montrer patte blanche sur le plan budgétaire afin d'emprunter sur les marchés internationaux.

>> Lire Faut-il craindre une explosion de la dette japonaise ?

La nécessité d'une politique familiale propice au travail des femmes 

"La moitié des consommateurs du monde sont des femmes. Nous ne pourront développer des produits pour elles sans elles", a lancé le ministre lors de son discours. Jusqu'à présent, sa stratégie pour offrir un avenir à l'économie de l'archipel reposait sur la relance des investissements, l'accroissement des revenus des entreprises japonaises à l'étranger, et sur la consommation.

Désormais, il faudra aussi compter sur les femmes. D'ici à 2020, elles devront occuper 30% des postes à responsabilité au Japon, contre 7,5% aujourd'hui dans les entreprises de plus 100 salariés. Pour cela, Shinzo Abe entend s'inspirer des modèles du type de celui de la France, pour développer des crèches et inviter les hommes à prendre des congés, explique-t-on dans son entourage. Selon lui, la culture qui consiste à faire du présentéisme pour les hommes est mauvaise pour l'économie.

Le but, en élargissant ainsi la population active, est d'augmenter le nombre des revenus imposables afin de faire supporter à un plus grand nombre le coût croissant des pensions de retraites et des dépenses de santé. Cela doit aussi avoir un effet bénéfique sur la consommation.

L'immigration en renfort

Conscient que cela ne suffira toutefois pas, le très actif Premier ministre a par ailleurs souligné l'importance de favoriser l'immigration de travail dans l'archipel, qui ne compte aujourd'hui que moins de 2% de population immigrée et dont le taux de chômage n'atteint que 3,6% de la population active. Jusque là, l'une des principales barrières était la langue, comme le souligne l'entourage du Premier ministre. Des cours de langue japonaise simplifiée seront désormais dispensés aux candidats à l'immigration.

"Nous devons complètement revoir notre manière de penser trop centrée sur nous-mêmes", a insisté Shinzo Abe dans son discours devant les économistes de l'OCDE.

L'objectif, explique-t-on par ailleurs dans son entourage, est d'attirer des candidats principalement en provenance d'Asie du Sud-est, notamment des Philippines et d'Indonésie pour soutenir les secteurs des services à la personne et de la construction. Avec sa population vieillissante, le Japon a en effet un grand besoin d'infirmières pour s'occuper des personnes âgées. Le pays aura aussi besoin de personnes pour garder les enfants des femmes qui travailleront. Les Jeux Olympiques et les besoins d'infrastructures permettront d'offrir des opportunités aux candidats dans le bâtiment.

Bref, malgré des résultats pour l'instant mitigés, une révolution culturelle est toujours en cours au Japon, à la faveur de la nécessité économique.

>> Lire Le choix du Japon, s'ouvrir ou souffrir

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Commentaires 14
à écrit le 11/05/2014 à 10:42
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Le japon doit revoir revoir ça façon de penser, il croit pouvoir gérer tous tout seul sans l'aide de personne mais dans une situation géographique comme la leur c'est compliqué. J'ai des amis qui vivent au Japon et croyez moi a Tokyo beaucoup de jap...

à écrit le 08/05/2014 à 20:29
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La France, par contre, compte sur les Femen pour irriter Poutine et quelques monarques étrangers.

à écrit le 08/05/2014 à 12:52
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Ne vous inquiétez pas :D ! J'arriverai un jour vivre au Japon !!! *w*

à écrit le 07/05/2014 à 16:54
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Ce serait une véritable révolution culturelle. Pourquoi au Japon ne voit-on en général que de jeunes (et jolies) femmes dans les entreprises, les services publics, etc. ? Parce que quand Mademoiselle rencontre à 25-30 ans Monsieur et qu'ils se marie...

à écrit le 07/05/2014 à 16:31
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Si c'est une immigration choisie et contrôlée ça peut marcher

à écrit le 06/05/2014 à 22:26
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Abbe se fait beaucoup de sushi;

le 07/05/2014 à 18:39
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C'est la seule chose qu'il n'aime. ;-)

à écrit le 06/05/2014 à 18:36
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sans donner le choix des immigrés il est implicitement fait dans le texte .

à écrit le 06/05/2014 à 17:20
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Le mythe des asiatiques acharnés du boulot en prend un coup lorsque l'on considère que la plupart de femmes d'origine asiatique ne travaillent pas plus que celles d'origine africaine...

à écrit le 06/05/2014 à 15:13
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C'est vrai que TEPCO recrute tout même du SDF. Bientôt les enfants? Abe toujours plus fort, "Japan is back!". Au moins ça remonte le moral de voir plus calamiteux que chez nous.

le 06/05/2014 à 16:32
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Parce que vous croyez que c'est facile de gérer la plus grande maison de retraite du monde?

le 06/05/2014 à 17:17
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@Jeff Avec des sushis et autres sashimis radioactifs cela devrait permettre d'alléger le nombre de résidents...

le 06/05/2014 à 18:20
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Bonjour l'humour du pmu ..

le 06/05/2014 à 18:32
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@anonyme C'est toujours mieux que de ne pas avoir d'humour du tout. ;-)

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