« Bientôt, la Grameen organisation prendra place à Paris » (Muhammad Yunus)

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Organisée à l'hôtel de ville, mercredi soir, la manifestation Impact 2 a réuni plus de 1.500 personnes, entrepreneurs sociaux, représentants des collectivités, et personnalités venues de 50 pays, pour écouter notamment le prix Nobel de la paix 2006, Muhammad Yunus.
Organisée à l'hôtel de ville, mercredi soir, la manifestation Impact 2 a réuni plus de 1.500 personnes, entrepreneurs sociaux, représentants des collectivités, et personnalités venues de 50 pays, pour écouter notamment le prix Nobel de la paix 2006, Muhammad Yunus. (Crédits : Reuters)
A chacune de ses apparitions, le charisme du Prix Nobel de la Paix 2006 emporte l'adhésion des auditeurs. Mercredi soir, à Paris, ces propos simples et passionnés, dénonçant la vision court termiste de la finance, obnubilée par la seule rentabilité ont séduit l'assemblée. Muhammad Yunus, est pour beaucoup considéré comme le maître à penser du social business et de la finance solidaire.

Comment analysez-vous la situation économique en France et en Europe ? Quel est le potentiel de développement du social business sur notre continent ?

« L'Europe est dans une situation inédite et dramatique en terme de chômage dans nombre de ses pays, en Espagne, au Portugal, en Grèce. Les Etats n'ont plus les moyens de gérer la crise ; le social business est une solution qui permet de sortir une personne du chômage pour qu'il devienne un entrepreneur. Je suis profondément convaincu, et mon expérience, me conforte à le penser que tous les êtres humains naissent naturellement entrepreneurs. C'est la société, par l'éducation et les normes qu'elle érige qui annihile le désir d'entreprendre des individus. Et les convainc que leur seul avenir est de travailler au service d'autres individus. On ne peut exclure les gens du système sous prétexte qu'ils n'ont pas de job, c'est inhumain. Grâce au social business, les personnes exclues retrouvent leur dignité, en devenant les créateurs de leur propre activité. Tout l'argent investi est remboursé et tous les bénéfices sont réinvestis.

L'Europe n'est pas la seule région du monde en proie à la crise, mais, comme elle est la plus riche, elle est particulièrement observée. Les Européens n'avaient jamais été confrontés à une telle situation de pauvreté et de chômage. Jamais les jeunes n'avaient eu aussi peu d'espoir ; ils sont touchés de plein fouet par le chômage de masse. Ils ne sont pourtant pas des illettrés, ils ne sont pas incultes, ceux sont des diplômés qui souvent ont suivi des cursus de 3, 5, 7 ans ; ils ont envie de travailler mais le système ne leur offre rien. C'est une situation inique ; on devrait tous en avoir honte. Comment en humaniste peut on condamner, exclure des individus. Au nom de quoi ? Ne pas vouloir regarder cette réalité en face, c'est dangereux. Cela nous concerne tous. C'est le combat de ma vie. Si l'Europe, la région la plus riche du monde, est dans un tel état, que va-t-il advenir du reste du monde ? Personne n'est à l'abri. Les inégalités font le nid de la violence, personne n'y a intérêt. Les entreprises ont besoin de paix sociale pour se développer, elles ne peuvent fermer les yeux.

Vous avez une relation forte avec la France. Quels sont vos projets ?

La France est le seul pays au monde où je n'ai pas besoin de me justifier quinze fois avant d'être compris. C'est dû au modèle social français. De grandes entreprises comme Danone et Veolia nous accompagnent depuis longtemps. Je connais bien Jacques Attali qui a co-fondé PlaNet Finance, j'ai rencontré à plusieurs reprises Martin Hirsch. Mes entrevues avec François Hollande ont toujours été positives. Lors du premier Sense Morning à la Gaieté Lyrique, Najat Vallaud Belkacem s'est montrée très à l'écoute de nos actions en faveur des jeunes. Et des femmes en particulier, puisqu'elles représentent plus de 90 % des entrepreneurs sociaux. A Paris, l'élan et la volonté sont là. J'ai proposé à Anne Hidalgo de lancer la Grameen Organisation ici, elle a répondu « Oui ». Comme à New York et partout dans le monde, si le projet se concrétise, nous allons commencé petit, et grandir au fur et à mesure.

Pensez-vous que votre modèle de social business est universel ?

Quand j'ai voulu débuter l'aventure du micro-crédit, les banquiers me disaient que cela ne marcherait jamais, que j'étais un rêveur, que j'allais perdre tout l'argent que j'investissais. Que c'était impossible. Je leur ai répondu, laissez moi essayer. Je l'ai fait, et j'ai réussi. Non seulement, cela a marché, on a créé des milliers d'entreprise, 99,9 % des prêts ont été remboursés, on a récupéré notre argent, on a fait des bénéfices dont 100 % ont été réinvestis pour étendre les micro-crédits au plus grand nombre.

Aujourd'hui, 35 ans après sa naissance au Bengladesh, le micro-crédit fait la preuve qu'il fonctionne dans le monde entier et que partout il contribue à sortir des millions de personnes de la misère.

Aux Etats-Unis, 5 ans après notre lancement, nous avons alloué plus de 140 millions de dollars ; nous enregistrons la plus forte croissance parmi les ONG. Le succès est phénoménal. Nous disposons désormais de 7 antennes à New York, 3 à Los Angeles, 3 à San Francisco, nous sommes à Austin, Boston, Indianapolis. Qui aurait pu imaginer il y a dix ans que nous nous implanterions au pays de l'Oncle Sam ? Et que les États-Unis deviendrait l'un de nos plus gros marchés ? Personne. La crise est passée par là. Et ce succès qui est le même que nous rencontrons partout dans le monde le démontre bien,

Que ce soit au Bengladesh, en France, aux Etats-Unis, qu'il s'agisse d'un problème de chômage, d'immigration, d'environnement, le social business apporte des solutions que le capitalisme traditionnel n'a pas. »

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a écrit le 26/05/2014 à 15:20 :
L’expansion des microcrédits et la mise en application des Plans d’ajustement structurel dans les années 1980 sont des phénomènes non sans lien et qui témoignent de l’implication des Institutions financières internationales dans le développement de la microfinance qui considère la pauvreté non comme une réalité à combattre mais comme un business. Les microcrédits sont chapeautés dans le monde par les Etats, les agences et banques de « développement », la Banque mondiale et des fondations privées, les client-e-s de la microfinance n’ont, la plupart du temps, pas d’autre alternative pour rembourser leurs prêts que de puiser dans leur épargne personnelle (lorsqu’elle existe), de vendre leurs biens (lorsqu’il en ont) ou de contracter de nouveaux crédits. Nous pouvons établir le lien entre micro et macrocrédit, entre endettement des personnes et endettement des Etats. Qu’elle soit au niveau des individus ou des Etats, la dette demeure est un instrument qui sert uniquement les intérêts du capitalisme. La dette publique est synonyme de fuite de capitaux et sert bien souvent à l’achat d’armes tandis que les microcrédits se développent sur le dos des pauvres. S’ils n’ont pas beaucoup d’argent, ils sont du moins toujours plus nombreux et constituent de ce fait, un marché rentable . Face à la complicité des Etats avec la microfinance et les Institutions financières internationales I, La seule alternative est l’éducation populaire tournée vers l’action et l’organisation et le renforcement de la lutte. Pour Yunus, « le social-business est la pièce manquante du système capitaliste. Son introduction peut permettre de sauver le système » Le tout est de savoir s’il faut sauver un système mortifère. Yunus essaye de nous présenter des fausses solutions. Ne tombons pas dans le piège. Aujourd’hui, il est difficile d’ignorer l’écrasante évidence : ce ne sont pas que les créanciers à la recherche de profits, mais également les ONG, qui poussent à la microfinance. Considérée comme un remède miracle, liée à la pauvreté des femmes, elle fait souvent plus de mal que de bien. Alliés au Département d’Etat, à la Banque mondiale et à Burson-Marsteller, même ceux qui, comme Mary Robinson, s’efforcent d’élever le niveau de vie des femmes sont en train de suivre la chute de la Grameen tout comme le rapide déclin de la réputation du microcrédit
a écrit le 24/05/2014 à 13:08 :
On ne partagera pas mais pas du tout la vision économique de Yunus. Un prix Nobel (Nom de fieffés escrocs du pétrole) est toujours le complice d'une vision hyperlibérale teintée de "progressisme" que l'on veut projeter et justifier. Un bon client. Un paravent. Il accompagne la paupérisation comme Bové en France accompagnait le démontage sans réelles compensations de l'agriculture française. Mais bien entendu, et c'est là le talent de l'artiste, on pense au contraire que ce sont des "bienfaiteurs" qui viendraient soudain proposer une solution pensée par leur génie. Le crédit est une part à réclamer de chaque personne auprès de son gouvernement. Pour des raisons d'organisation et d'éducation, un temps, on a favorisé certains acteurs capables de le transformer en actifs tangibles et probants, mais le fond reste : le crédit est un droit et non une mendicité. Les établissements qui ont mission dans un pays et sous la responsabilité du gouvernement de ce pays d'organiser la banque ont aussi celui de respecter ce droit. Il semble que ce soit oublié. Ici Yunus veut nous persuader d'un différentiel : les petits, traités au minimum insuffisant et les grands dont les affaires et les crédits massifs qu'ils reçoivent ne regarderaient pas le reste des citoyens et ne seraient pas distribués à la même caisse. C'est honteux.
a écrit le 24/05/2014 à 12:35 :
@ Toto. La fin je justifie pas les moyens. Pablo Escobar aussi faisait du "social" à Medellin ce n'est pas pour autant qu'il a eu un prix Nobel.
a écrit le 24/05/2014 à 9:50 :
Franck.. lisez son livre "Vers un Monde Sans Pauvreté" et vous verrez ce que c'est que cette usure dont vous parlez... vous ignorez tout... cet homme à sorti réellement des millions de pauvres de l'usure pour leur permettre de s'enrichir et d'envoyer des enfants à l'école !
Il explique bien dans son livre la distance qu'il prend petit à petit avec l'Islam...
a écrit le 24/05/2014 à 5:32 :
Cet usurier devrait honte de lui. Il se prétend musulman alors que l'islam interdit l'intérêt.

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