"En 2014, pas moins de 122 gouvernements ont réduit leurs dépenses publiques".

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Il manque environ 10,3 millions d'emplois de personnels de santé pour garantir un service de qualité à tous ceux qui en ont besoin, selon les estimations de l'OIT. (Photo: Reuters)
Il manque environ 10,3 millions d'emplois de personnels de santé pour garantir un service de qualité à tous ceux qui en ont besoin, selon les estimations de l'OIT. (Photo: Reuters) (Crédits : AFP)
Dans un rapport sur la protection sociale publié mardi, l'Organisation internationale du travail (OIT) déplore les effets sur les populations les plus vulnérables des mesures d'austérité budgétaires prises par les Etats à partir de 2010, pour faire face à la crise.

"Des réformes des régimes de retraites, des systèmes de santé et de sécurité sociale qui ont souvent impliqué la réduction de la couverture ou du financement de ces systèmes, la suppression de subventions, des réductions d'effectifs parmi les travailleurs sociaux et personnels de santé, ou le plafonnement de leurs salaires"... 

Voici le contenu des mesures d'austérité budgétaires prises par les Etats à partir de 2010 et fustigées par l'Organisation internationale du travail (OIT) qui, dans un rapport sur la protection sociale publié mardi, en dénonce les effets sur les populations les plus vulnérables.

24% de la population européenne est considérée comme pauvre

Le coût de ces mesures d'assainissement, adoptées suite à la crise financière de 2008, "est transféré aux populations, à une période où l'emploi est rare et le soutien plus nécessaire que jamais", déplore Isabel Ortiz, directrice du département de la protection sociale de l'OIT. Elle a souligné:

"Contrairement aux idées reçues, les mesures d'assainissement budgétaire ne se sont pas cantonnées à l'Europe. En 2014, pas moins de 122 gouvernements ont réduit leurs dépenses publiques, dont 82 pays en développement".

Ainsi dans l'UE, suite aux coupes dans la protection sociale, il y a désormais 123 millions de personnes considérées comme pauvres, soit 24% de la population, "dont beaucoup d'enfants, de femmes, de personnes âgées et d'handicapés".

Deux phases différentes

Les gouvernements ont réagi à la crise en deux temps différents. Dans une première phase, en 2008 et 2009, au moins 48 pays à revenu élevé ou moyen ont mis en place des plans de relance pour un montant de 2.400 milliards de dollars, dont environ un quart était consacré à des mesures de protection sociale. Cette aide a "agi comme un stabilisateur automatique qui a aidé les économies à retrouver leur équilibre et à protéger les chômeurs et les plus vulnérables d'une catastrophe économique dans les pays où elle a été déployée".

Mais dans une 2e phase, à partir de 2010, "de nombreux gouvernements ont changé de trajectoire et se sont embarqués prématurément dans des mesures d'assainissement budgétaire, malgré l'impérieux besoin de prolonger le soutien aux populations vulnérables et de stabiliser la consommation", note l'OIT.

39% de la population mondiale n'a pas accès à un système de soins

Résultat: aujourd'hui, plus de 70% de la population mondiale n'a pas de véritable protection sociale, "au moment où elle est le plus nécessaire", a relevé Sandra Polaski, directrice générale adjointe de l'OIT. Seul 27% de la population mondiale dispose d'un accès à une sécurité sociale complète.

Environ 39% de cette population n'a notamment pas accès à un système de soins ou de santé et, dans les pays pauvres, ce pourcentage grimpe à 90%. Il manque environ 10,3 millions d'emplois de personnels de santé pour garantir un service de qualité à tous ceux qui en ont besoin, selon les estimations de l'OIT.

Alors que 18 000 enfants meurent chaque jour, les gouvernements du monde allouent seulement 0,4 pour cent du PIB aux allocations familiales, avec des dépenses qui varient de 2,2 pour cent dans l'ouest de l'Europe à 0,2 pour cent en Afrique et dans l'Asie/Pacifique.

12% des chômeurs touchent des allocations chômage

49% des personnes ayant dépassé l'âge de la retraite dans le monde (en prenant en compte l'ensemble des travailleurs, qu'ils aient cotisé ou non durant leur vie) ne touchent aucune retraite vieillesse. Beaucoup de retraites sont en outre en-dessous du seuil de pauvreté et, dans au moins 14 pays européens, les pensions vont baisser pour les futurs retraités.

Les dépenses de protection sociale en cas de chômage, de maternité, handicap ou accident du travail varient beaucoup d'un pays à l'autre, passant de 0,5% de l'ensemble des dépenses en Afrique à 5,9% en Europe de l'ouest. A l'échelle mondiale, seuls 12% des chômeurs touchent des allocations chômage, variant de 64% en Europe de l'ouest, à moins de 3% au Moyen-Orient et en Afrique.

L'OIT prône un changement de politiques après 2015

Face à cette situation, l'OIT demande que les dépenses de protection sociale figurent "en bonne place dans le programme de développement pour l'après 2015". Sandra Polaski insiste:

"La justification de la protection sociale est encore plus incontestable en cette période d'incertitude économique, de faible croissance et d'inégalité grandissante".

"La communauté mondiale a reconnu en 1948 que la sécurité sociale et les soins de santé pour les enfants, les personnes en âge de travailler confrontées au chômage ou à un accident et les personnes âgées étaient un droit humain universel", a rappelé la directrice générale adjointe de l'OIT.

Une recommandation a déjà été adoptée par l'OIT en 2012

Selon l'OIT, la protection sociale est d'ailleurs un outil politique essentiel pour réduire la pauvreté et les inégalités tout en stimulant la croissance inclusive, puisqu'elle améliore la santé et les capacités des segments vulnérables de la société, augmente leur productivité, soutient la demande intérieure et facilite la transformation structurelle des économies nationales.

Une recommandation adoptée en 2012 par l'OIT sur les socles de protection sociale reflète elle aussi un consensus entre les gouvernements et les organisations d'employeurs et de travailleurs de 185 pays sur la nécessité d'étendre la sécurité sociale. Le déploiement de ces socles a aussi été avalisé par le G20 et les Nations Unies, insiste l'OIT.

"C'est maintenant une question de volonté politique pour que cela se concrétise. Une société moderne a les moyens de fournir une protection sociale", conclut Mme Polaski.

Améliorations en Thailande, Afrique du Sud, Chine et Mozambique

Les raisons d'espérer existent en effet. Certains pays, comme la Thaïlande ou l'Afrique du Sud, "sont parvenus à une couverture de santé universelle en quelques années seulement, démontrant que c'est possible", relève le rapport.

La Chine, pays émergent, a presque réussi "la couverture universelle des retraites et a augmenté les salaires minimaux". Le Brésil a aussi accéléré l'extension de la couverture sociale et des salaires minimaux depuis 2009.

Certains pays pauvres, comme le Mozambique, ont également agi au niveau de la protection sociale, même si "souvent par des filets de sécurité temporaires sur de faibles niveaux de prestation".

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Commentaires
a écrit le 03/06/2014 à 13:50 :
Pas assez en France...
Réponse de le 03/06/2014 à 20:15 :
Disons qu'elles sont mal ciblés. L'état n'a toujours pas effectué de réduction du cout de fonctionnement, des sénateurs, membre des assemblés ni des ministres

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