Ukraine : Européens et Américains sanctionnent la Russie
Julien Sauné
Julien Sauné
L'Europe sort les griffes. Lors d'un sommet à Bruxelles mercredi, les Européens ont décidé de geler des programmes menés en Russie par la Banque européenne d'investissement (BEI) et la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD). L'UE travaille également à définir une liste d'entités menaçant « matériellement ou financièrement » la souveraineté ukrainienne contre lesquelles des sanctions ciblées pourraient être prises.
Des initiatives qui montrent l'impatience grandissante des Européens face à une situation d'instabilité qui commence à s'enliser et qui remet en cause le principe de souveraineté des Etats. A Berlin, la chancelière Angela Merkel estime en effet que la Russie n'a « pas suffisamment satisfait » les attentes pour faire baisser les tensions en Ukraine. Face à cela, les Européens ont la volonté de « faire preuve de fermeté tout en maintenant le dialogue » avec les autorités russes, comme l'a assuré le chef de la diplomatie française Laurent Fabius avant l'annonce des sanctions.
Même son de cloche du côté de Washington qui a adopté des sanctions de plus grande ampleur encore : le géant pétrolier russe Rosneft a été mis sur liste noire, ses avoirs aux Etats-Unis ont étés gelés et les entreprises américaines ont interdiction de mener des transactions avec lui. La Gazprombank, banque du groupe gazier Gazprom, est également sanctionnée, de même que deux hauts responsables russes ainsi que les autorités séparatistes de Donetsk et de Lougansk en Ukraine, soupçonnées d'être soutenues par les Russes.
a déclaré le président américain Barack Obama lors d'une allocution à la Maison Blanche. Comme pour corroborer ces paroles, les indices de la bourse de Moscou Micex (libellé en Roubles) et RTS (libellé en Dollars) perdaient respectivement 2,03% et 3,26% jeudi matin du fait de l'annonce des sanctions, alors que le Rouble se dépréciait face aux monnaies occidentales.
Ce sont notamment les sanctions américaines qui ont provoqué de vives réactions de la part des Russes. « Nous ne tolérerons pas le chantage et nous nous réservons le droit de prendre des mesures en représailles » a affirmé le ministère des affaires étrangères russe dans un communiqué. Ces sanctions sont « une tentative primaire de se venger du fait que les événements en Ukraine ne se déroulent pas selon le scénario élaboré par Washington. » On retrouve là l'irritation des Russes qui considèrent toute ingérence étrangère dans leur zone d'influence comme un affront, voire une humiliation.
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Si ce sont les Etats-Unis qui ont concentré le gros des critiques russes, c'est aux Européens que le président ukrainien Petro Porochenko a exprimé sa reconnaissance. Il a notamment salué les nouvelles sanctions prises par le Conseil européen comme « un pas important dans le soutien à la souveraineté, l'intégrité territoriale et l'indépendance de l'Ukraine. » Au-delà de ça, « l'Europe a manifesté sa solidarité avec l'Ukraine » a-t-il écrit sur sa page Facebook. Le ministère des affaires étrangères ukrainien avait déjà fait appel aux Occidentaux pour sanctionner les Russes en soulignant que « des combattants et des armes » continuaient à être acheminés dans l'Est de l'Ukraine depuis la Russie.
Même si la journée de mercredi a été relativement calme au niveau des affrontements, des centaines d'habitants de Donetsk ont fui vers la Russie dans des bus mis à disposition par les séparatistes. « J'espère revenir un jour à la maison, mais pour l'instant ce n'est plus possible de vivre là, ils nous bombardent », a témoigné Viktor Gontcharov, 67 ans, de Krasnogorivka, localité à l'ouest de Donetsk. Cela montre bien que l'on ne s'attend pas à une issue rapide du conflit dans ces zones de l'est de l'Ukraine.
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Kiev a affirmé qu'un missile tiré depuis la Russie avait abattu son avion de transport militaire An-24 lundi alors que les Russes accusent l'armée ukrainienne d'être à l'origine d'un tir d'obus qui aurait fait un mort dans une ville frontalière russe dimanche. Les provocations continuent de part et d'autre et les tensions ne semblent pour l'instant pas prêtes de s'apaiser. La première victime en est l'économie de l'Ukraine, dont la banque centrale a récemment dû relever son taux directeur de 9,5% à 12,5% pour faire face à une inflation croissante. Selon les estimations du FMI, la croissance ukrainienne devrait être négative en 2014 et atteindre -5%.
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