"Les gouvernements sont censés nous représenter, pas nous espionner" E. Snowden (téléconférence, Paris)

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L'ex-consultant de la NSA (l'agence de sécurité américaine), qui a obtenu l'asile en Russie, participera depuis Moscou à un débat intitulé Surveillance des données et respect de la vie privée, organisé à la Gaîté Lyrique à Paris.
L'ex-consultant de la NSA (l'agence de sécurité américaine), qui a obtenu l'asile en Russie, participera depuis Moscou à un débat intitulé "Surveillance des données et respect de la vie privée", organisé à la Gaîté Lyrique à Paris. (Crédits : reuters.com)
[REPLAY] A l’occasion de la Journée internationale des droits de l’homme, l'Américain Edward Snowden, qui avait révélé l'ampleur de la surveillance d'internet par les États-Unis, a donné, ce mercredi 10 décembre, sa première téléconférence publique en France.

L'événement est organisé par Amnesty International au théâtre de la Gaîté Lyrique, à Paris, avec le soutien du Monde, de Mediapart et d'ARTE, qui diffusera l'intégralité des débats dans ce dossier.

L'ex-consultant de l'Agence de sécurité américaine (NSA), qui a obtenu l'asile en Russie, participera depuis Moscou à un débat intitulé "Surveillance des données et respect de la vie privée". Cette journée du 10 décembre est également le point d'orgue de l'opération "10 jours pour signer" - la campagne annuelle d'Amnesty pour la Défense des droits de l'homme, programmée du 3 au 12 décembre.

A cette occasion, l'organisation invite les citoyens à signer des pétitions en faveur de personnes dont les droits sont bafoués: "12 situations emblématiques de personnes menacées" choisies par l'ONG et que le public est invité à soutenir. Retrouvez dans le dossier d'ARTE des interviews et une sélection des lanceurs d'alerte les plus emblématiques.

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>>> VERBATIM :

Interviewé par Nicolas Demorand pour France Inter, Edward Snowden a évoqué sa sécurité personnelle, son point de vue sur les avancées en matière de protection des données privées, ainsi que sur la publication du rapport de la CIA concernant la torture. En voici les principales remarques, sélectionnées par La Tribune tout au long de sa téléconférence qui s'est déroulée de 17h à 17h45:

  • Sécurité personnelle

"Actuellement, je vais plutôt bien et je suis en sécurité. Je continue de travailler aujourd'hui activement à la protection des données sur Internet. Je suis en contact constant avec des activistes."

  • La prise de conscience

"Ce qui est en train de faire changer la structure du renseignement américain, c'est l'opinion publique mondiale. J'ai vu une étude faite récemment au Canada qui montre que 60% des utilisateurs d'Internet ont entendu parler de la révolution de l'an dernier et se sont engagés à mieux se protéger sur le net.

En révélant les informations sur la surveillance à grande échelle, je ne voulais pas changer le monde et le fonctionnement de mon gouvernement, mais leur montrer qu'ils étaient censés nous représenter, pas nous espionner. Car nous sommes devenus des «sujets » du gouvernement."

"Quand les gens commencent à comprendre l'impact de cet espionnage, on peut envisager un début d'évolution politique. Ils deviennent plus citriques contre les programmes proposés par leur gouvernement. Notre rôle, via les plateformes en ligne, est d'expliquer et de montrer le coût de ces programmes pour notre société. Les gens ne vont pas accepter un monde où tout ce qu'on fait est jugé comme bon ou mauvais."

  • Les programmes "d'espionnage"

"Le problème n'est pas que le gouvernement veuille combattre le terrorisme, mais c'est d'inventer des systèmes d'espionnage pour toute la population et non pas pour des individus en particulier. Les systèmes de communication des terroristes ont d'ailleurs évolué depuis 2001, la surveillance de masse ne se justifie donc plus. Les renseignements collectent en grande quantité nos informations et communications personnelles auxquelles ils appliquent des algorithmes à une échelle industrielle. Puis on utilise des pans de vie privé pour discréditer des suspects en public. Même si les intentions sont bonnes, après des années de recul, on voit que les résultats sont toujours désastreux."

  • Le rapport de la CIA sur la torture

"J'ai travaillé à la CIA. Et même si je n'étais pas en lien avec ce programme, des rumeurs couraient dessus. Aujourd'hui, je ne peux pas m'empêcher d'être triste et révolté contre ces crimes inexcusables. Ce qui est dangereux, c'est que cette torture était devenue une norme, malgré la loi internationale et américaine. Si les Etats-Unis autorisent ses officiers à torturer, quel signal cela va-t-il envoyer dans des pays moins « démocratiques »! On ne peut pas s'appliquer à nous-mêmes des exceptions. Des individus sont morts sous la torture, on ne peut pas avancer si on ne condamne pas ces crimes."

  • Révéler pour stopper

"Pourquoi, malgré les oppositions d'officiers de la CIA à ces tortures, le programme ne s'est-il pas arrêté? Le problème est là. Ces officiers choqués ont envoyé des rapports officiels disant que ces méthodes étaient inefficaces et dangereuses. Mais ils n'ont pas eu d'écho. Ce programme ne s'est arrêté que lorsque les journaux ont révélé l'affaire au grand public. Ce n'est qu'en sortant ce programme du secret que la torture a été stoppée."

  • Le cas de la France

"Je n'ai pas de scoop sur la France. C'est le rôle de la presse. Ce que je peux dire, c'est que la surveillance de masse s'applique dans tous les pays modernes. En France, on a eu l'exemple d'Orange qui donnait des infos sur les communications de Français à la DGSE. C'est très dangereux. Même si ça a de la valeur, est-ce moralement bien de violer le droit de plusieurs milliers de citoyens ? C'est une question qu'il faut se poser."

  • L'Europe en avance sur la protection des données?

"Des choses bougent en Europe sur la "data" protection. Mais le plus important est d'avoir des standards internationaux, des règles mondiales sur ce qui est autorisé ou pas. Après 10 ans d'expérience de l'espionnage de masse, on voit que ça n'a pas empêché les bombes, les morts et les attentats, et ça a coûté des millions de dollars, et une partie de notre vie privée. Il ne faut pas appliquer des règles militaires pour la sécurité, mais des règles citoyennes."

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Commentaires
a écrit le 12/12/2014 à 18:22 :
hheinnnnnn…excusez moi, je baille déjà….
a écrit le 11/12/2014 à 22:29 :
Non mais, regardez moi les sponsors français d'Amnesty International : Le Monde, Mediapart et ARTE !!!! je crois toujours au Père Noël mais pas aux ONG !
a écrit le 11/12/2014 à 13:59 :
Ça me fait rigoler cette indignation alors que volontairement, tous les internautes offrent toute leur vie jusqu'à la plus intime aux plus grandes multinationales de l'Internet...
Facebook / Whatsapp.
Google Via ses services et Android qui sait tout de vous.
Idem Apple...
On prostitue notre vie privée au nom de la fausse gratuité de ces services et applications.
Je préférais l'époque où on payait. On se sentait un peu plus respecté...
La NSA ne reprend que ce que tout le monde sait déjà de vous...
a écrit le 11/12/2014 à 10:21 :
Le danger, c'est le systématique.
Le moyen , c'est le systématique.
Il faut donc tuer les standards. Cela réduira le chômage. On paiera un mec pour surveiller ceux qui en valent la peine. et on fouttera la paix aux autres.
a écrit le 11/12/2014 à 10:20 :
Peu après l'envahissement de l'Irak par les SS américains, on savait déjà ce que faisait le grand sauveur de la planète à l'égard de ses prisonniers. On savait que l'armée américaine torturait avec l'aval de Bush et consorts.
Alors moi ça me fout la gerbe qu'on fasse semblant de le découvrir aujourd'hui. On vit dans un monde vraiment pourri. L'humanité ne mérite pas d'exister.
a écrit le 10/12/2014 à 23:50 :
C'est un héros des temps modernes ! Il a démasqué ces faux-culs d'Américains et a fait ouvrir les yeux à des millions de gens. Il a montré que ce pays avait une morale digne du Moyen-Age. S'il me demandait de l'aider, je le ferais sans hésiter comme ces Français qui ont accueilli chez eux des juifs pendant la dernière guerre.
a écrit le 10/12/2014 à 22:58 :
Ne serait-ce pas une manipulation pour faire oublier les tortures qui ont précédé l’attentat du 11 septembre 2001 et jouer sur ce dernier pour se faire pardonner depuis 2001? La journaliste Naomi Klein rapporte dans son livre la Stratégie du choc des faits de tortures depuis la seconde guerre mondiale et cite le rapport Kubark très explicite sur les méthodes employées.
Léa Salamé aurait-t-elle le courage d’accuser Obama d’anti-américanisme primaire comme elle l’a fait avec François Asselineau sur ONPC ? Comment poserait-elle la question de la torture à un prix Nobel de la paix ! Et puis l’affaire Snowden existe bel et bien !
La prochaine étape est nécessairement le tribunal pénal international pour les coupables ! Osez la Obama, rappelez-vous Martin Luther King!
a écrit le 10/12/2014 à 20:57 :
Les "droits de l'homme"... Nous en sommes actuellement arrivés à un titre qui devrait être : "les devoirs des vassaux." L'argent a gagné. Le Roy est celui qui possède LE milliard minimum. Pour les autres, au pire, de simple contes, ducs, ridicules car seulement millionnaires.
Mais le peuple se doit d'être espionné car il pourrait devenir dangereux.
Réponse de le 10/12/2014 à 21:41 :
" le peuple se doit d'être espionné car il pourrait devenir dangereux. " est temps de paix, en temps de paix... car en temps de guerre c'est un bon soldat bon pour la première ligne.
Réponse de le 10/12/2014 à 22:30 :
la paix c'est la guerre

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