Turquie : 24 arrestations dans la presse d'opposition à Erdogan

Vingt-quatre personnes ont été interpellées lors de perquisitions dans les locaux d'une chaîne de télévision et d'un journal considérés comme proches de Fethullah Gülen, grand rival du président Recep Tayyip Erdogan.
Ceux qui ont commis de crimes peuvent avoir peur, nous pas !, a lancé le directeur du journal Zaman, Ekrem Dumanli, avant d'être poussé dans une voiture de la police.
"Ceux qui ont commis de crimes peuvent avoir peur, nous pas !", a lancé le directeur du journal Zaman, Ekrem Dumanli, avant d'être poussé dans une voiture de la police. (Crédits : Reuters)

Le président turc Recep Tayyip Erdogan s'en prend une nouvelle fois aux médias. Dimanche 14 décembre, la police turque a en effet interpellé 24 personnes lors de perquisitions dans les locaux de la chaîne de télévision Samanyolu et du journal Zaman, considérés comme proches du dignitaire musulman Fethullah Gülen, grand rival du président. Un acte qui marque une escalade dans l'offensive menée par le président contre cet ancien allié vivant aux États-Unis et avec lequel il est en conflit ouvert depuis plus d'un an.

    Lire aussi>> La Turquie accuse Twitter d'évasion fiscale

"Ceux qui se sont mal conduits doivent payer"

Dans un communiqué, le procureur général d'Istanbul, Hadi Salihoglu, a annoncé que des mandats d'arrêt avaient été lancés contre 31 personnes accusées de vouloir mettre en place "un groupe terroriste", ainsi que de faux et de diffamation. "Ceux qui se sont mal conduits doivent payer", a affirmé le ministre de la Santé Mehmet Muezzinoglu.

La chaîne de télévision TRT Haber rapporte que deux anciens chefs de la police ont été arrêtés. Le président de la chaîne Samanyolu et un producteur de télévision figurent parmi les personnes interpellées.

 "C'est un spectacle honteux pour la Turquie"

Le coup de filet a immédiatement déclenché des protestations. "On ne peut pas réduire la presse libre au silence !" a scandé la foule dans les locaux stambouliotes du journal Zaman, alors que son directeur, Ekrem Dumanli, s'adressait à cette dernière avant que les policiers ne l'emmènent. Le personnel du journal, rassemblé sur les balcons de l'immeuble, l'a acclamé et applaudi. "Ceux qui ont commis de crimes peuvent avoir peur, nous pas !", a lancé Dumanli avant d'être poussé dans une voiture de la police.

"C'est un spectacle honteux pour la Turquie", a déclaré à la presse le président du groupe de télé Samanyolu, Hidayet Karaca, lui aussi interpellé. "C'est triste, mais au XXIe siècle, voilà le traitement qu'ils réservent à un groupe de médias qui compte des dizaines de chaînes de télévision et de radio, de médias internet et de magazines", a-t-il ajouté.

"Un coup d'Etat est en cours contre la démocratie"

Le chef de file du principal parti d'opposition, le CHP (Parti républicain du peuple, laïque), Kemal Kilicdaroglu, a pour sa part dénoncé "un gouvernement putschiste". "Un coup d'Etat est en cours contre la démocratie", a-t-il dit.

L'Union européenne a également fustigé ces perquisitions, qualifiées d'incompatibles avec la lberté de la presse et contraires aux valeurs européennes. La Haute représentante aux Affaires étrangères de l'Union européenne, Federica Mogherini, et la Commissaire à l'Elargissement Johannes Hahn, ont ainsi déclaré, dans un communiqué au ton inhabituellement vif:

"Les perquisitions de la police et les arrestations d'un certain nombre de journalistes aujourd'hui en Turquie sont incompatibles avec la liberté de la presse qui est au coeur des principes démocratiques".

Des "terroristes" et des "traîtres"

L'opération lancée dimanche 14 décembre était attendue depuis plusieurs jours. Un compte Twitter particulièrement suivi, qui a averti par le passé de l'imminence d'autres coups de filet, ayant indiqué récemment que la police s'apprêtait à interpeller 400 personnes, dont 150 journalistes considérés comme des soutiens de Gülen.

Vendredi dernier, le président avait promis de pourchasser "jusque dans leurs tanières" les partisans de Gülen, qu'il présente comme des "terroristes" et des "traîtres".

Une répression "dix fois pire" que celle menée après le putsch militaire de 1980

Voici un an, des enquêtes pour corruption ont visé le premier cercle des collaborateurs d'Erdogan, alors Premier ministre. Pour ce dernier, ces enquêtes participaient d'un complot orchestré contre lui par une "structure parallèle" constituée de partisans de Gülen, nombreux dans la justice et la police. L'enquête avait entraîné la démission de trois ministres et poussé Erdogan à procéder à une reprise en main de l'appareil d'Etat: des milliers de policiers et des centaines de juges et de procureurs ont été mutés.

Fethullah Gülen, qui est exilé depuis 1999 aux Etats-Unis, a estimé cette année que la répression menée par Recep Tayyip Erdogan était "dix fois pire" que celle qu'a connue la Turquie après le putsch militaire de 1980.

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaires 10
à écrit le 15/12/2014 à 16:36
Signaler
Et on voudrait faire entrer ce pays en Europe, sans doute pour la détruire...

à écrit le 15/12/2014 à 14:51
Signaler
@Caliba : la France ne prétend pas disposer d'un système parfait mais les journalistes ne vont pas en prison pour délit d'opinion, ils font leur travail en toute liberté et avec leurs sensibilités politiques propres. Ca n'a jamais été le cas en Turqu...

le 16/12/2014 à 10:58
Signaler
donc selon vous faire pression sur des journalistes et les mettre sur écoute est digne d'une démocratie, la presse comme vous dites n'est pas libre en France la preuve en est qu'on continue à occulter certaine histoire sous la pression de lobby, et o...

à écrit le 15/12/2014 à 13:56
Signaler
la passivité de l'europe fait peur voici une mise en place de dictature en europe et tout nos dirigeants ne pense qu"avec l'aide du magicien de l'evasion fiscal qu'il ont mis en place pouvoir echapper a leur responsabilite créant la pauvreté la p...

à écrit le 15/12/2014 à 13:40
Signaler
@ JB38 belle argumentation digne d'un Tuche ! on sait tous pourquoi la France ne veut pas de la Turquie, simplement à cause de cette petite odeur nauséabonde si culturel ici en France ! Disons le franchement si la Turquie entre dans l'union avec son...

le 15/12/2014 à 16:59
Signaler
C'est exactement à cause de cette odeur nauséabonde que nous ne voulons pas de la Turquie. La croissance ne fait pas tout, vous le découvrirez. Et si vous même étiez vraiment occidentale, dans le sens culturel et intellectuel, vous remettriez en ques...

le 16/12/2014 à 10:51
Signaler
il est vrai que la France est si propre eux méchant nous gentils, ou comment se faire passer en victime, remettre en cause une religion, j’attends que vous remettiez en cause la politique de l'occident avec ses mensonges, la capitalisme est aussi une...

à écrit le 15/12/2014 à 12:58
Signaler
Un point de plus pour ceux qui ne veulent pas de la Turquie dans l'UE.

à écrit le 15/12/2014 à 12:12
Signaler
ce n'est pas "des médias proches de l'opposition" mais une secte au service des pays occidentaux! İmaginez l'ordre du temple du soleil amplifié par dix mille avec des policiers, des juges, des soi disant journalistes....

le 15/12/2014 à 13:07
Signaler
C'est la secte d'une autre secte alors ? Ou bien une secte parmi d'autres sectes ?

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.