Aéroports : le b.a.-ba de la CIA pour que ses espions ne se fassent pas repérer

 |   |  799  mots
Lorsque l'espion est interrogé, il doit toujours privilégier des réponses simples,plausibles et rapide pour rester incognito, détaille la CIA.
Lorsque l'espion est interrogé, il doit toujours privilégier "des réponses simples,plausibles et rapide" pour rester incognito, détaille la CIA. (Crédits : Reuters)
L'agence américaine distille des conseils à ses hommes sur les comportements à adopter pour qu'ils puissent passer une frontière en évitant les interrogatoires ou en les affrontant de manière efficace, dans des documents que Wikileaks a publiés samedi.

Wikileaks a encore frappé. Samedi 20 décembre, le site lanceur d'alertes a publié deux documents de la CIA (agence centrale de renseignement) datés de 2011 et 2012. Ils sont classés secrets et "NOFORN", ce qui signifie qu'ils ne peuvent être partagés avec les services d'espionnage de pays alliés, explique WikiLeaks.

Le premier dossier donne des instructions aux espions de la CIA pour ne pas se faire remarquer dans les aéroport et passer aisément les frontières ; le second détaille les systèmes d"information en vigueur dans les 26 pays européens aux frontières ouvertes avec les pays de l'espace Shengen. Parmi les conseils adressés aux agents de renseignements, la plupart se basent sur des informations concernant la sécurité appliquée dans les différents aéroports internationaux. Certains s'avèrent étonnants. Revue de détail.

  • Avoir un langage corporel neutre

La nervosité est le premier élément à proscrire pour qu'un espion reste incognito. Selon le document de la CIA, certaines agences de sécurité dans les aéroports y sont particulièrement attentives. L'agence américaine donne notamment l'exemple de la République de Maurice qui va jusqu'à scruter les expressions des visages des  personnes qui passent prendre leurs bagages, et ce à l'aide de la la vidéo-surveillance. Ainsi, l'espion doit bannir de son langage corporel tout signe d'anxiété, de nervosité. Cela peut se définir par "des mains tremblantes, une respiration accélérée sans raison apparente, des sueurs froides, des pulsations au niveau de la carotide, des regards fuyants ou cherchant des personnes lointaines".

  • Des bagages qui ne doivent pas sembler suspects

Le personnel de sécurité d'un l'aéroport peut être échaudé par les bagages. Un nombre de bagages disproportionné ou restreint par rapport au lieu de destination peut susciter l'attention. Des objets en plusieurs exemplaires comme un réveil peuvent également donner lieu à un interrogatoire, notamment pour l'aéroport international de Budapest. Quant à l'aéroport du Bahreïn, note la CIA, détenir des objets électroniques inhabituels (type cigarette électronique) suscite à coup sûr la méfiance du personnel.

Autre écueil : avoir acheté son billet en espèce ou dans les 24 heures avant le départ, ou encore avoir réservé pour un aller simple. Cela est vivement déconseillé, particulièrement dans l'aéroport de Prague, très pointilleux pour ce type de détail.

  • Accent, caractéristiques physiques, langue parlée...

Les capacités linguistiques selon la langue parlée dans le lieu de destination sont primordiales. Il y a également des cas particuliers notés par la CIA, qui concernent les accents: par exemple, les Kurdes avec un accent irakien ou turc arrivant dans l'aéroport d'Irbil en Irak sont automatiquement interrogés par la sécurité, qui cherche à démasquer des militants ou sympathisants du PKK (parti des travailleurs du Kurdistan).

L'origine des individus est également un élément qui peut donner lieu à des contrôles poussés. Par exemple, la police chilienne fait particulièrement attention aux hommes de 16 à 28 ans venant de Chine, en raison de l'immigration illégale provenant de ce pays. La police japonaise se méfie quant à elle des jeunes occidentaux, qui peuvent être "des passeurs de drogues".

  • Et si l'on est interrogé ?

Rien n'est inévitable. Même si tous ces conseils sont suivis à la lettre, un contrôle inopiné n'est pas à exclure. La CIA rappelle que le département de la sécurité intérieure des États-Unis estime à 12% le nombre de passagers américains choisis au hasard pour être interrogés par l'agence nationale américaine de sécurité dans les transports. Cela fait partie de ses règles de base de sécurité.

Dans les aéroports internationaux cela peut donner lieu à des détentions... très longues. En Turquie ou au Brésil par exemple, on peut être retenu respectivement jusqu'à 24 et 48 heures respectivement, note la CIA.

Lorsque cela arrive, l'espion doit toujours privilégier "des réponses simples, plausibles et rapides" pour rester incognito, notamment aux questions "Pourquoi êtes-vous ici?" ou "Où résidez-vous ?". Il doit également éviter les "ah" ou "hum" entrecoupant les mots, ainsi que les pauses importantes entre les questions et les réponses, qui selon "un expert de la criminalité financière dans le secteur commercial" relayé par la CIA montrent qu'une personne ment. Celle-ci doit, en outre, absolument éviter de se mordre les lèvres, d'être en sueur, d'avoir une profonde respiration et d'ajuster constamment ses vêtements.

Les mots utilisés ne sont pas anodins non plus. Parsemer ses phrases de termes comme "typiquement", "normalement", "peut-être", "presque", "pour être honnête", "la vérité c'est que" ou "je jure sur Dieu" peut rendre suspect. Ce que tout espion qui se respecte cherche justement à éviter.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 23/12/2014 à 10:22 :
Si c'est ça le contenu des rapports, c'est que les espions ricains sont beaucoup plus amateurs qu'on pouvait le supposer.
Réponse de le 23/12/2014 à 10:52 :
En effet ! Tout ceci n'est que du bon sens ...
Réponse de le 23/12/2014 à 13:51 :
Poudre aux yeux : lu par ailleurs, un gars avait été détecté en France : il a été relâché au bout de deux heures...

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :