La Grande-Bretagne profite de la crise de la zone euro pour séduire les Chinois

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Le Royaume-Uni mise de plus en plus ouvertement sur les investissements chinois pour l'aider à relancer une économie au bord de la récession, et pousse ses pions au moment où la crise dans la zone euro peut le rendre plus attractif que ses voisins.

Depuis plusieurs mois, le Premier ministre conservateur David Cameron et son ministre des Finances George Osborne multiplient les appels du pied à la Chine, répétant à son intention que leur pays est "totalement ouvert aux investissements étrangers".
Une manière de se démarquer de capitales comme Washington ou Paris, où des voix hostiles se sont fait entendre sur les visées du fonds souverain chinois CIC, qui gère quelque 410 milliards de dollars et cherche à investir dans des infrastructures en Europe et en Amérique du nord.
Les dirigeants britanniques espèrent quant à eux que la Chine aidera au financement du programme de grands travaux de 30 milliards de livres (35 milliards d'euros) lancé à l'automne pour donner un coup de fouet à l'économie.

8,6% du distributeur d'eau Thames Water

Leur offensive de charme a donné ce mois-ci un premier résultat concret, sans susciter de réserves : le CIC a acquis - pour un montant non divulgué - 8,6% du distributeur d'eau Thames Water, qui compte quelque 14 millions de clients en Angleterre.
"C'est un vote de confiance dans la Grande-Bretagne", s'est aussitôt réjoui M. Osborne, en saluant "une bonne nouvelle pour l'économie britannique comme pour l'économie chinoise".
Lors d'une visite en Chine quelques jours plus tôt, M. Osborne s'était dit prêt à faire de Londres la première plateforme occidentale pour l'utilisation de produits financiers en yuans.
L'entrée au capital de Thames Water est le plus gros investissement chinois de ce type au Royaume-Uni, Pékin s'étant surtout contenté jusque-là d'acheter discrètement via sa banque centrale des paquets d'actions dans quelques groupes emblématiques comme le distributeur Tesco.
De l'avis général, cela ne devrait être qu'un début.
Si le méga-projet de construction d'un nouvel aéroport dans l'estuaire de la Tamise est un jour lancé, "attendez-vous à ce qu'il y ait beaucoup d'argent chinois derrière", assure le journal The Daily Telegraph, selon lequel il est déjà "trop tard pour s'inquiéter" des conséquences d'un afflux massif de capitaux chinois.

Les Etats-Unis véritable cible à long-terme

Largement distancé au niveau des échanges commerciaux par des pays comme l'Allemagne, le Royaume-Uni compte en revanche s'imposer sur le terrain des investissements directs. Et il bénéficie actuellement d'un net avantage sur les autres Européens, englués dans la crise de la zone euro.
"La comparaison lui est d'autant plus favorable qu'il ne fait pas face à l'incertitude d'une possible disparition de l'euro", explique à l'AFP Philip Shaw, du cabinet spécialisé Investec Securities.
"L'indépendance du Royaume-Uni en termes de souveraineté monétaire est un plus" pour attirer les investissements publics chinois, qui privilégient avant tout la sécurité à long terme, renchérit Colin Ellis, analyste de la BVCA, une association d'investisseurs britanniques.
Il rappelle quand même qu'il faudrait "un afflux très conséquent de capitaux chinois pour faire une différence sur l'ensemble de l'économie britannique", aux prises avec un chômage record et qui semble se diriger vers une nouvelle récession après celle de 2008/2009.
Mais le sauvetage des Britanniques n'est sûrement pas la priorité de Pékin dont la véritable cible à long terme est, selon les experts, les Etats-Unis. Le Royaume-Uni ne serait ainsi qu'un tremplin pour prouver aux Américains que les Chinois ne sont pas uniquement des acheteurs de dette, mais aussi des partenaires fiables capables d'investir dans des secteurs sensibles comme l'énergie ou les transports.

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