Le référendum irlandais, la crise de l'Europe et Platon

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Le référendum n'est pas une procédure appréciée par les instances dirigeantes de l'Europe, surtout en France, traumatisées par le non à la constitution européenne en 2005. Elles se méfient du "gros animal", comme Platon définissait le peuple. En choisissant d'y recourir pour statuer sur le nouveau pacte budgétaire, l'Irlande, qui bénéficie d'une aide européenne et du FMI, redonne à chacun de ses citoyens la responsabilité de ses choix.

Pour qui suit l'Odyssée sans fin de la crise de la zone euro née de la falsification des comptes publics grecs, la décision annoncée mardi par le Premier ministre irlandais Enda Kenny d'organiser un référendum sur le nouveau pacte budgétaire européen est une excellente nouvelle. Après tout, obliger à inscrire pour chaque pays une « règle d'or » d'équilibre budgétaire - qui en cas de non respect entraînera « automatiquement » des sanctions - revient à accepter un transfert de souveraineté nationale, et non des moindres puisque l'adoption d'un projet de budget représente la pierre angulaire du travail du parlement.
La décision irlandaise détonne d'autant plus dans le contexte actuel que le référendum n'a pas vraiment la cote auprès des instances dirigeantes européennes. On se souvient comment en octobre 2011 le Premier ministre grec George Papandreou s'était fait vertement tancé pour avoir suggérer de consulter son peuple sur l'acceptation de l'austérité demandée en échange du plan d'aide de l'Europe et du FMI . Même s'il relevait d'un « coup politique », l'annonce aurait mérité au moins considération. Il n'en a rien été, avec le résultat que l'on connaît, alors que le référendum relève d'une procédure normale en démocratie (pouvoir du peuple en grec).

"Gros animal"

En fait, les instances dirigeantes partagent la vision du philosophe Platon (428-348) (encore un Grec !), qui dans son ouvrage majeur « La République » montrait sa préférence pour l'oligarchie (le pouvoir de quelques-uns en grec), en particulier l'aristocratie (le pouvoir des meilleurs en grec) au détriment de la démocratie. Le grand philosophe ne faisait pas confiance au peuple, qu'il qualifiait de « gros animal », qui, dominé par les passions, préférait suivre les démagogues (en langage moderne les populistes) qui le menait à sa perte plutôt que de suivre les voies de la raison et de la connaissance.
Le choix irlandais contraste d'ailleurs avec certains autres pays, et non des moindres comme l'Allemagne ou la France. Si dans le premier, le débat a été vif, même si son issue ne faisait pas de doute, en revanche au parlement français, le vote n'a pas donné lieu à une véritable discussion au sein des partis qui dominent l'enceinte, les uns approuvant les autres s'abstenant.
Les dirigeants français - socialistes comme UMP - se méfient de la procédure du référendum, car ils gardent en mémoire le rejet en 2005 de la constitution européenne. Mais par là même, ils s'éloignent de l'esprit de la constitution de la cinquième république. En effet, le référendum est une procédure inscrite dans le texte (article 3) qui permet de rééquilibrer les pouvoirs impartis au président. Le général de Gaulle l'a d'ailleurs respecté.

A peine 4 référendums en France entre 1969 et 2004

En onze ans (1958-1969), il a accepté de se soumettre à la volonté du peuple par cinq référendums, le dernier l'ayant conduit, désavoué, à quitter ses fonctions de lui-même. Ses successeurs n'ont pas eu les mêmes scrupules, car seuls 4 référendums ont été tenus jusqu'à 2004, soit en 35 ans ! L'absence de recours à une telle procédure, dans une situation d'aporie (en grec, problème insoluble), a conduit à ce que certains ont nommé le « monarchisme républicain » renforcé par la décision de procéder à l'élection du parlement après celle du président.
Alors que le président Nicola Sarkozy n'a pas même évoqué la moindre consultation populaire sur le nouveau pacte européen, le candidat Nicolas Sarkozy, fin politique, a avancé la proposition d'un référendum sur.. le droit des chômeurs. Même si c'est un sujet important, il n'a rien à voir avec la souveraineté du pays. La mesure s'assimile davantage aux référendums qui se tiennent en Suisse ou en Italie, à cette différence majeure près, que leur tenue n'est pas décidée par le gouvernement mais est... « d'initiative populaire ».
Cette attitude de méfiance se retrouve peu ou prou au niveau européen, en particulier au sein de la Commission européenne, où les experts, désignés pour leurs compétences mais non élus, accentuent le regard platonicien de l'aristocratie de « ceux qui savent » face aux différents « gros animaux » qui peuplent l'Union européenne.


Absence d'objectifs clairs et réalistes

Pourtant force est de constater que depuis le début de la gestion de cette crise de la zone euro, les leaders européens n'on pas montré une grande capacité à élaborer des objectifs clairs et réalistes, et à faire preuve de pédagogie auprès de leurs opinions pour les expliquer. Au contraire, ils ont trouvé plus facile de désigner des responsables comme les « spéculateurs », les banques et les « agences de notation », consistant à accuser le messager de porter de mauvaises nouvelles. Cela pour masquer une incapacité à donner un cap clair à la politique européenne qui aurait traduit la réalité de l'Union, ou devrait-on dire la désunion.

Il est donc remarquable que ce soit un pays dont la population a déjà subi les conséquences de plusieurs plans d'austérité qui soit appelé à se prononcer sur cette nouvelle étape cruciale de l'intégration européenne qu'est le nouveau pacte de stabilité. Si la situation économique du pays s'améliore, grâce à l'aide de 85 milliards d'euros consentie par l'Europe et le FMI, elle reste fragile. Dans un tel contexte, que chacune des parties puisse exprimer ses arguments pour trouver la meilleure voie pour l'Irlande devrait contribuer à mieux éclairer les enjeux. Ainsi le référendum va jouer pour les Irlandais le rôle de l'agora, place de l'Athènes antique où chacun pouvait donner son avis, à travers la dialectique des questions et réponses, la méthode de Socrate, maître admiré de Platon. Le Premier ministre irlandais Enda Kenny a le courage politique de prendre le risque d'être désavoué, mais il peut aussi en sortir légitimé, et pouvoir agir dans une direction clarifiée. En tous les cas, il aura respecté ce qui fonde une large partie de l'histoire de l'Occident : la démocratie qui responsabilise chacun d'entre nous.


 

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a écrit le 03/03/2012 à 10:57 :
du vent ,rien que du vent .
le traité de Lisbonne interdit les référendum
a écrit le 03/03/2012 à 10:56 :
ce référendum n'aura pas lieu . ça va tomber à l'eau très vite . mais il faut faire semblant
a écrit le 03/03/2012 à 8:28 :
" le non à la constitution européenne en 2005" ça a tout simplement le traité de Lisbonne qui est le même alors les Referendum c'est juste histoire de faire semblant, il n'y a qu'en Suisse que c'est vrai. Le Irlandais vont voter OUI ils peuvent faire quoi d'autre, en plus j'imagine assez bien la Télé en boucle pour endoctriner sa Nation.
a écrit le 03/03/2012 à 7:09 :
Quand l'europe a commencé à forcer les pays, dont l'irlande, à transférer des dettes privées sur les dettes des états( seule l'islande a eu le courage de s'y opposer), les gens ont commencé à comprendre( enfin) que la liberté n'existait plus et que l'europe était dirigée par des intérêts anti-démocratiques dont le but était de détruire les états et d'asservir leurs peuples en créant de la dette ad vitam eternam.
Quelle est l'origine de l'esclavage depuis 5000 ans ? un type qui n'arrive pas à payer ses dettes( ce peut-être aussi un état qui va vendre ses habitants pour rembourser) et prend alors le statut d'esclave pour lui et souvent sa famille( ça dépend selon les civilisations). Ce n'est pas pour rien que les religions ayant du succès étaient principalement axées sur l'interdiction des taux d'intérêts et de l'esclavage.
Réponse de le 03/03/2012 à 7:32 :
Comment sortir de cette Europe cauchemar ?
Réponse de le 03/03/2012 à 12:43 :
En en sortant tout simplement.
a écrit le 02/03/2012 à 20:59 :
Consulter un peuple à propos de son destin et de sa souveraineté ? Quelle folie ! Les dirigeants irlandais vont être remplacés par un boy de Goldman Sachs s'ils continuent leurs effrontées provocations ! L'U(E)RSS ne tolère pas que les peuples soient écoutés, car ils ont parfois l'outrecuidance d'oser penser que le dogme européiste n'a fait que nous mener dans la mauvaise direction.
a écrit le 02/03/2012 à 18:54 :
La Parlement européen est une douce rigolade. Il s'agit que de copains casés en attente d'un nouveau poste et mis sur une voie de garage. Élus sur des listes, ils ne connaissent pas leurs électeurs et réciproquement. D'où l'intérêt décroissant des citoyens pour ce scrutin. Il s'agit en fait d'une Chambre des pais comme sous la Monarchie de Juillet. ni plus ni moins.
Réponse de le 03/03/2012 à 7:31 :
Tout à fait d'accord.
a écrit le 02/03/2012 à 18:45 :
Il est logique que si l'on veut accumuler des avantages par rapport aux voisins on ne leur demande pas leur avis mais, si l'on se sent injustement traité on fait appel aux dit voisins!
a écrit le 02/03/2012 à 18:36 :
Il est bien dommage que l'on trouve la suite ailleurs et gratuitement que sur le site de la Tribune. Donc voici la suite : 'La décision irlandaise détonne d'autant plus dans le contexte actuel que le référendum n'a pas vraiment la cote auprès des instances dirigeantes européennes. On se souvient comment en octobre 2011 le Premier ministre grec George Papandreou s'était fait vertement tancé pour avoir suggérer de consulter son peuple sur l'acceptation de l'austérité demandée en échange du plan d'aide de l'Europe et du FMI . Même s'il relevait d'un coup politique , l'annonce aurait mérité au moins considération. Il n'en a rien été, avec le résultat que l'on connaît, alors que le référendum relève d'une procédure normale en démocratie (pouvoir du peuple en grec).
Réponse de le 03/03/2012 à 2:03 :
Il vous en manque encore trois paragraphes
Réponse de le 03/03/2012 à 8:15 :
@Et quelques autres : Alors soyez sympha, mettez les lignes.
Réponse de le 03/03/2012 à 8:16 :
@Et quelques autres : Alors soyez chic, mettez les en lignes.
a écrit le 02/03/2012 à 17:52 :
nos amis Irlandais vont encore tout gâcher...
Réponse de le 02/03/2012 à 18:09 :
oui, après ils ont un côté démocratique assez intéressantça change un peu de notre Sarkozie
Réponse de le 02/03/2012 à 18:29 :
Non pas du tout. Le peuple a le droit de s'exprimer, et de ne pas être spolier. Ou alors, il faut tout remettre en question. Exemple, le peuple n'a plus à s'exprimer en tant que jury dans les tribunaux. Alors bonjour la démocratie...
Réponse de le 02/03/2012 à 18:48 :
pas faux ! après la Grèce a failli jouer son avenir sur un referendum ça c'est un peu suicidaire non?
Réponse de le 02/03/2012 à 19:40 :
Le mot démocratie vient de deux mots grecs : dêmos (le peuple) et kratos (le pouvoir) = le pouvoir au peuple
Réponse de le 02/03/2012 à 21:17 :
@danton dans la situation des grecques avec ce qui leur arrivent . Le referendum aurait soudé ces gens et permis pour eux de passer 3 ans très très difficile ...mais quel ménage ..dans leur vie politique et quelle énergie de sa jeunesse pour redémarrer . Dans le cas présent ce sera très très difficile mais avec les mêmes...voir des ingérences...
a écrit le 02/03/2012 à 17:05 :
maintenant votre site est payant?
Réponse de le 02/03/2012 à 17:31 :
en tant qu'abonnée ça ne me dérange pas mais il y avait un temps où ces articles n'étaient accessibles que dans la zone abonnée... pas en haut du site ! Mais bon on ne va pas s'en plaindre parce que moi j'arrive à le lire :-)
Réponse de le 02/03/2012 à 18:31 :
La moindre des choses aurait été d'informer ses lecteurs...
Réponse de le 02/03/2012 à 19:06 :
@Youpi
Avant, c'etait avant la faillite du journal !
Le journal la tribune a fait faillite !
alors maintenant : No Free lunch ! Tu veux lire l'article tu paies !
Evidemment, il faut en mettre un bout gratuit comme "appel" ou appat du consommateur !!!!

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