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ÉconomieUnion européenne

Traité budgétaire: les enjeux du vote irlandais

Romaric Godin

Publié le 30 mai 2012 à 13:44 - Mis à jour le 30 mai 2012 à 13:59

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Alors que les électeurs des îles irlandaises de l'Atlantique ont commencé à voter sur le pacte budgétaire européen et que le "oui" est donné vainqueur, les deux camps ont tenté de dramatiser l'enjeu du scrutin.

L'Irlande a commencé à voter. Depuis lundi, les électeurs des îles qui entourent la république ont entamé les opérations de vote. Ce mercredi, ce sont les 1164 électeurs enregistrés dans les quatre îles au large de Galway qui sont appelés aux urnes. Et c'est ce jeudi que les 3,1 millions d'électeurs irlandais de la métropole seront convoqués pour donner leur avis sur la ratification du traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance au sein de l'Union économique et monétaire (TSCG), plus communément appelé pacte budgétaire.

Le « oui » part favori

Les derniers sondages donnent le « oui » au traité assez largement en tête. Selon les quatre dernières enquêtes, son avance serait de 8 à 10 points. Mais indécis et abstentionnistes peuvent encore faire basculer la décision. Et dans la dernière ligne droite, les joutes verbales n'ont pas baissé en intensité. Le camp du « oui » a insisté sur deux de ses arguments principaux : le danger de l'isolation du pays en Europe et la perspective d'un adoucissement des conditions imposées par l'Europe au pays.

Pas d'accès au MES en cas de « non »

Les partis favorables au « oui », autrement dit les trois principales formations politiques du pays, ont ainsi insisté sur la menace en cas de « non » de l'arrêt des aides européennes à l'Irlande. Sans compter que le refus du TSCG entraînera automatiquement à partir de mars 2013 l'exclusion de l'Irlande du recours au Mécanisme européen de Stabilité (MES). Le premier ministre Enda Kenny a demandé aux électeurs de voir le pacte budgétaire comme une « police d'assurance » pour le pays au cas où de nouvelles aides soient nécessaires. Or, on sait que le secteur bancaire irlandais demeure fragile et que la croissance, désormais très dépendante de la conjoncture internationale, est passable.

« Ceci pose la question de savoir si l'Irlande sera capable de se refinancer sur les marchés l'an prochain », souligne Jürgen Matthes, économiste à l'institut IW de Cologne, en Allemagne pour qui « les partisans du « non » jouent avec le feu ». Car, selon lui, si le pays n'a pas accès au MES, « une sortie de l'euro ne serait pas exclue au cas où l'Etat et les banques tombent à nouveau dans la spirale de la crise ». On comprend que certains économistes comme David Tinsley, de chez BNP Paribas, craignent un renchérissement du coût de la dette irlandaise en cas de « non ».

Une meilleure position pour l'Irlande en Europe ?

Beaucoup de partisans du TSCG avancent également l'idée que les Européens, satisfaits d'un « oui » irlandais, pourraient montrer plus de compréhension vis-à-vis de Dublin. Le ministre d'Etat Lucinda Creighton, a ainsi affirmé que « l'Irlande doit se placer en première position pour bénéficier de tout changement du MES », notamment d'une aide directe de ce fonds aux banques. Le problème, c'est que ce mécanisme est toujours rejeté par l'Allemagne.

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Les arguments du « non »

Du côté des défenseurs du « non », principalement l'alliance de gauche et les nationalistes de gauche du Sinn Fein, on dénonce un traité « d'austérité », inspiré par l'Allemagne. On estime que si l'Irlande se débarrasse des remboursements qu'elle doit verser à la BCE, autrement dit si elle fait défaut, elle n'aura pas besoin d'avoir recours au MES. La gauche non travailliste entend également profiter du mécontentement après quatre ans d'austérité. « Les gens ne doivent pas utiliser le référendum comme un véhicule de leur colère », a ainsi imploré le chef du parti centriste d'opposition Fianna Fail Micheal Martin, tandis que Gerry Adams, le leader du Sinn Fein, accuse le gouvernement de jouer la carte de la peur.

Conséquences européennes

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Après les élections françaises et grecques qui ont montré de la défiance vis-à-vis de la politique européenne, ce vote irlandais apparaît comme un élément important dans le jeu européen. Angela Merkel pourrait se prévaloir d'un « oui » pour défendre sa position qu'il ne saurait être question de renégocier un traité approuvé par des Irlandais habituellement rebelles aux « diktats bruxellois ». Mais il convient de rappeler qu'un « non » ne condamnerait pas le pacte budgétaire qui peut entrer en vigueur si 12 pays de l'Union le ratifient. Pour l'instant, cinq pays l'ont déjà fait (Grèce, Pologne, Portugal, Roumanie, Slovénie). Mais si les partisans du « oui » en Irlande, dont les Travaillistes, prétendent qu'une approbation irlandaise du traité permettrait ensuite à l'Irlande de défendre avec plus de force un « pacte de croissance », un « non » pourrait apporter de l'eau au moulin de François Hollande. Même s'il en faudra sans doute plus pour convaincre Berlin de céder sur la renégociation et si l'Europe devra rapidement se pencher sur l'attitude à tenir face au cas irlandais si nouvel accès de fièvre bancaire gagne l'île verte.

Romaric Godin

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