Comment la crise a failli emporter une vieille enseigne irlandaise

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Alors que le pays va se prononcer 'hui sur son cinquième référendum européen en trois ans, la reprise paraît lointaine pour les commerces irlandais. A l'exemple de Peats World of Electronics, une enseigne dublinoise passée tout proche de la disparition.

Sur la sonnette de ce bureau aux vitres teintées dont l?entrée donne sur la rue, aucun nom. A l?intérieur réside pourtant l?un des commerces les plus réputés de Dublin, Peats World of Electronics. « Mon père était chauffeur de camionnette, il s?est mis à vendre des batteries, puis des radios et des pièces détachées. A l?époque, les gens réparaient leur matériel, et la boutique est née en 1934 », raconte avec fierté Ben Peat, son patron actuel. L?entreprise familiale s?est développée et a fini, avec l?explosion des nouvelles technologies, par compter jusqu?à douze magasins au milieu des années 2000. « Nous agrandir était le seul moyen de ne pas disparaître face à l?arrivée des multinationales de l?électronique, venues profiter du boom irlandais, » justifie-t-il.

Liquidation

Le 2 avril, Ben Peat a pourtant annoncé à ses soixante-dix-huit employés la liquidation judiciaire du groupe. La crise est passée par là. « Dès 2007, les gens ont arrêté de dépenser pour des produits qui ne sont pas de première nécessité afin de rembourser leurs crédits, au cas où ils perdraient leur emploi », raconte Ben Peat qui ajoute : « Nous en avons sacrément bavé ».  La baisse des revenus ne s?est pas accompagné d?une baisse des coûts. Première charge : les loyers, devenus totalement « démentiels » (sic) au cours des années 2000 suite à la multiplication des commerces et la course effrénée aux locaux commerciaux. « Pour obtenir ou garder notre espace, il fallait accepter un doublement du loyer et la signature d?un bail de trente ou trente-cinq ans, dont on ne pouvait légalement pas se dégager et qui ne pouvait jamais être diminué, même si le marché venait à s?écrouler, » précise-t-il en secouant la tête.

Pas de renégociation

Lorsque la société se retrouve véritablement en difficulté il y a deux ans, il tente de renégocier les loyers à la baisse en précisant à ses propriétaires qu?il devra bientôt fermer boutique s'ils refusent, ce qui les privera de tout revenu. Sans succès. « Certains devaient penser que je bluffais, mais surtout, ces propriétaires possèdent bien souvent des crédits garantis par mes loyers. Leurs banques ont donc refusé ces baisses de loyers car cela aurait augmenté leur propre exposition au risque, ce qui n?était pas bon pour leurs résultats et pour leurs rapports à leurs actionnaires ! »

Espoir tenu

Après avoir annoncé sa liquidation à ses employés, nouvelle qui a fait le jour-même la une du JT national, Ben Peat se penche sur une autre solution : le placement en administration judiciaire. La solution est actuellement étudiée par un juge. « Les loyers ont été rompus par l?administrateur qui négocie avec certains propriétaires pour pouvoir garder entre trois et cinq magasins et vingt-cinq à trente-cinq employés, » précise-t-il. « Dans la situation actuelle, ce n?est pas si mal. Et avec l?euro de foot et les Jeux Olympiques, les ventes de téléviseurs devraient rebondir. On est peut-être encore là pour quelques années ! Surtout que mon fils a envie de poursuivre l?aventure après moi? » Un peu d?espoir loin d?être désagréable dans une Irlande secouée par les mesures d?austérité successives et pour qui la reprise reste une idée encore très vague.
 

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