La Grèce en ballotage légèrement favorable

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Après la victoire de la nouvelle démocratie en Grèce, la capacité de renégociation du futur gouvernement restera très limitée. Mais l'idée d'un nouveau délai pour atteindre les objectifs fixés à Athènes commence à faire son chemin. Cette apparente et certes très légère détente au sein de la zone euro est accréditée par le projet d'émissions d'eurobills, ces obligataires conjointes d'une maturité très courte, qui lui aussi avance.

Le vote grec de dimanche a ouvert une fenêtre à un ajustement des conditions imposées à la Grèce par les autres pays de la zone euro qui, depuis deux ans, couvrent l'essentiel de ses besoins de financement. Mais elle est étroite. « Il ne peut y avoir de changements substantiels des engagements » pris par le pays. « Mais je peux imaginer que nous discutions à nouveau d'un délai » pour atteindre les objectifs, a déclaré dimanche le ministre allemand des affaires étrangères Guido Westerwelle sur une chaîne nationale. Les discussions ne pourront commencer qu'une fois le gouvernement grec constitué, note-t-on à Bruxelles. « La priorité pour la Commission est maintenant la mise en place rapide d'un gouvernement stable, reposant sur la majorité la plus large, afin de conduire la mise oeuvre des réformes inscrites dans le MoU (memorandum of understanding) », a déclaré lundi à La Tribune un porte-parole de la Commission.

Trois jours pour un gouvernement

La coalition de gauche Syriza a annoncé dimanche refuser vouloir participer à un gouvernement, en dépit de l'appel du pied du leader du Pasok, Angelos Venizelos, qui espérait inclure cette « nouvelle gauche » qui est en train d'éroder son électorat dans une coalition de gouvernement avec la Nouvelle Démocratie, le parti de centre-droit d'Antonio Samaras, victorieux. « Il n'y a pas un jour à perdre... Si nous voulons que la Grèce reste dans l'euro, nous devons avoir un gouvernement d'ici demain », avait déclaré dimanche le leader socialiste. Mais le président de la République grecque, Carolos Papoulias, a donné lundi trois jours à Samaras pour constituer son gouvernement.

Un programme ambitieux

Le second programme d'ajustement grec négocié pendant l'hiver, parallèlement à la restructuration de la dette détenue par les créanciers privés, fixe un objectif de déficit structurel de 1% du PIB en 2012. Le déficit public est sensé passer de -7,3% en 2012 à -4,6% en 2013 et -2% en 2014. Ces objectifs semblent difficilement atteignables, ne serait-ce que du fait de la contraction continue du produit intérieur brut.

Réglage fin

Pendant la campagne électorale, Antonio Samaras, tout en défendant le programme négocié avec les bailleurs de fonds internationaux du pays, avait annoncé qu'il demanderait un délai. Lundi, le président du Parlement européen a estimé que la « coopération constructive » entre le futur gouvernement et l'Union européenne justifiait un « fine tuning », autrement dit un réglage fin, « de la stratégie de réforme et des objectifs économiques ». La composition de la nouvelle assemblée grecque plaide par elle-même en faveur d'un tel ajustement, les partis « anti bail-out », au premier rang desquels Syriza, ayant accru leur emprise par rapport au scrutin du 6 mai avec 46% des sièges contre 42% pour les « pro bail-out » du Pasok et de Nouvelle Démocratie.

Moindre capacité de négociation d'Athènes

Cependant la capacité de négociation d'Athènes s'amoindrit au fur et à mesure que les autres pays de l'eurozone travaillent à endiguer les risques de contagion ou les effets systémiques d'une sortie de la Grèce de l'eurozone. La semaine dernière, on apprenait ainsi que les seize autres membres de la zone euro étudiaient les possibilités de rétablir les contrôles à la fois des capitaux et des personnes aux frontières grecques. Une disposition prévue par le traité dans des cas très limités de risques de trouble à l'ordre public.

La piste des Eurobills

Cette semaine, les gouvernements devraient être saisis par le quatuor de présidents (BCE, Eurogroupe, Commission et Conseil européens) chargés de préparer la rencontre des chefs d'Etat des 27 et 28 juin, d'un projet d'émissions obligataires conjointes. L'émission d'eurobills (d'une maturité de 1 ou 2 ans) bénéficiant d'une garantie conjointe et solidaire de tous les pays participants aurait pour effet de limiter fortement en pratique les risques de contagion. Mais les pays sous programme en serait exclus, ce qui isolerait fortement la Grèce. Les ministres des finances de la zone euro qui se retrouvent jeudi soir à Luxembourg devraient examiner cette proposition, en même temps qu'ils retrouveront leur nouvel homologue grec... s'il est nommé. La troïka qui regroupe la BCE, le FMI et la Commission n'attend que la formation de l'exécutif pour revenir à Athènes et évaluer les progrès réalisés comme les besoins de financement.

 

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Commentaires
a écrit le 19/06/2012 à 10:23 :
encore une nouvelle façon de repousser à plus tard les problèmes sans les régler...
a écrit le 18/06/2012 à 21:29 :
J'attends avec impatience que les factures des eurobills soient présentées à l'Espagne, l'Italie, le Portugal, l'Irlande et la France. On va bien rire.

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