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ÉconomieUnion européenne

Les Grecs prudemment optimistes sur leur avenir

Elisa Perrigueur, à Athènes

Publié le 20 juin 2012 à 17:06 - Mis à jour le 20 juin 2012 à 17:08

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Après le scrutin de dimanche, les Grecs qui attendaient la composition du gouvernement d'Antonis Samaras mercredi soir, s'interrogent sur la façon dont la situation va évoluer. Si la coalition est d'accord pour obtenir un assouplissement des conditions exigées en échange de l'aide internationale, son programme politique risque d'être plus flou.

Si les marchés financiers et l'Union européenne (UE) respirent après le résultat du scrutine de dimanche, l'avenir de la république héllènique reste incertain. Mercredi, dans la soirée, la compostion du nouveau gouvernement était attendu, dirigé par Antonis Samaras (Nouvelle Démocratie) (ND). Outre des technocrates, des membres du Pasok (socialiste) devaient y participer et cette coalition devrait bénéficier du soutien au parlement de la Gauche démocratique (Dimar). En attendant, les Grecs sont inquiets.

Un nouveau paysage politique fragile

« Le danger d'une catastrophe économique est derrière nous », se rassure Panagiotis Korliras, professeur d'économie à l'Université d' Athènes et Président du Centre des études économiques (KEPE). « Des fonds retournent dans les banques, la Bourse a évolué en hausse lundi. » L'euphorie des économistes grecs reste malgré tout partielle. De nombreux acteurs le confirment, les premiers pas du gouvernement s'annoncent « difficiles. » « Il s'agit de rassurer les marchés, les électeurs et la troika, rappelle Panagiotis Korliras, notre maître mot doit être la crédibilité. »

Paradoxe, alors que les Grecs accusent les deux grands partis historiques, Pasok et ND, d'être à l'origine de la crise actuelle, c'est ce duo qui reprend le pouvoir. « Cette victoire est due à la crainte de Syriza, qui avait un programme irréalisable, nuance Panagiotis Korliras, les Grecs voulaient éviter le pire et rester dans l'euro. » Pour cet économiste, le Pasok, fortement divisé, a contribué à la victoire d'Antonis Samaras. « La base socialiste du Pasok est partie à Syriza, beaucoup de ses électeurs se sont donc tournés vers Samaras, seule alternative au Pasok, désormais faible et centriste. »

"Il n'y a pas de majorité claire"

Si certains traduisent le soutien au pouvoir de la gauche démocratique Dimar comme un gage d'« équilibre », d'autres doutent de la fiabilité de la nouvelle union tripartite. « Nous entrons dans un gouvernement sans majorité claire, je pense qu'il y aura vite des points de mésentente entre les trois partis», prédit Michael Masourakis, en charge du Département des études économiques chez Alpha Bank. La figure populaire du leader de Dimar, Fotis Kouvelis, semble toutefois apaiser une partie de l'électorat. L'ancien ministre de la Justice qu'il fut en 1989 « apportera une politique plus sociale », affirme Marta, une retraitée. Si les forces Dimar, Pasok et Nouvelle Démocratie s'entendent effectivement sur une renégociation du Memorandum européen, elles n'ont en revanche aucun programme commun sur le plan interne.

Renégociation du mémorandum et réformes structurelles

Élue sur la promesse de revoir le fameux mémorandum qu'elle avait ratifié une première fois en février dernier, ND a une lourde mission. Michael Masourakis prédit : « La renégociation de ce plan de redressement devra passer par des concessions des deux parties. » En clair : « La troika devra revoir ses mesures d'austérité avec un degré d'assouplissement plus important car la récession grecque est plus importante que prévue -moins 6 % au lieu des 4 % initialement annoncés -, le gouvernement devra pour sa part se montrer plus indulgent envers sa population. »

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Plusieurs économistes plaident aussi pour une révision des mesures structurelles de l'accord, «surtout concernant les salaires du privé, qui sont la clé de notre compétitivité», insiste Panagiotis Korliras. Le mémorandum prévoit une baisse 751.39 euros à 586,08 euros. L'économiste préconise : « Une baisse moins conséquente. »
Comme le défendent d'ailleurs le Pasok et ND, un ajustement de l'échéance du plan de redressement de 2014 à 2016 est un critère essentiel pour les entreprises grecques. « Il s'agit du délai nécessaire pour relancer l'économie. Nous estimons que la baisse de notre PIB sera stoppée en 2013, nous rentrerons ensuite dans une phase de stabilité pour enfin renouer avec la croissance », augure Panagiotis Korliras.

Relancer les privatisations

Enfin, les secteurs de l'économie grecque aspirent à une relance rapide. « Nous avons des domaines comme l'énergie, le tourisme, la chimie qui peuvent reprendre une compétitivité d'ici deux ans », affirme Panagiotis Korliras. « Il faut engager vite des réformes, indique Michael Masourakis, d'Alpha Bank. Dans un premier temps, il est capital de relancer les privatisations dans tous le pays. » Et de déplorer : « Aujourd'hui, la tâche du gouvernement est malheureusement trop concentrée sur la renégociation du mémorandum par rapport à l'application de réelles réformes en Grèce ! »

Incertitude de la rue face à l'austérité

« Le mémorandum ne changera pas », confie pessimiste John, salarié dans une agence immobilière à Athènes. Comme beaucoup de Grecs, il doute de la capacité d'Antonis Samaras à revenir sur l'ensemble des mesures d'austérité, « notamment les salaires du privé. » De fait, il craint d'assister à de nouvelles manifestations anti-austérité, fin juin, au terme des décisions prises au prochain sommet européen. Dimitris, un partisan de Syriza, prévient : « Nous n'avons pas subi une défaite dimanche soir, au contraire, notre parti est devenu une puissante force d'opposition qui doit maintenant avoir voix au débat. » Et de menacer : « Si les mesures d'austérité ne changent pas, nous manifesterons! »

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Dans les rues d'Athènes, si l'heure est au calme, la surveillance policière a discrètement été renforcée dans certains quartiers. Panagostis Korlikas tempère : « Le plus gros de l'austérité est déjà passé, les Grecs le savent, il n'y aura pas d'autres mouvements. » Pour Michael Masourakis, « la tolérance du peuple a été testée », à travers ces élections. « Le résultat tragique est l'arrivée des extrêmes comme l'Aube Dorée. Le sentiment de peur, d'angoisse de la population a fait beaucoup de mal à l'économie. » Selon lui, aucune réforme ne se fera « sans la confiance du peuple. »

Elisa Perrigueur, à Athènes

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