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ÉconomieUnion européenne

Demetris Christofias, le « mouton rouge » de l'Europe

Elisa Perrigueur, à Nicosie

Publié le 09 juillet 2012 à 13:18 - Mis à jour le 09 juillet 2012 à 13:23

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Depuis le 1er juillet, Chypre assure la présidence de l'U.E. Son chef de l'Etat, Demetris Christofias, est le seul chef d'État communiste de la zone euro. Portrait.

« Ne vous inquiétez pas, le communiste ne va pas nuire à l'UE. Je ne vais pas faire une révolution! » Le 4 juillet, Demetris Christofias a voulu rassurer les eurodéputés de Strasbourg à la tribune du parlement européen. Fidèle à l?idéologie marxiste-léniniste, le président chypriote est membre du parti communiste Akel, l?une des plus anciennes forces politiques de l?île. Ce positionnement très à gauche fait craindre des blocages. Lors d?une récente interview à Euronews, le Chypriote, cheveux blancs lissés, rassure : « Je n?essaierai pas d?appliquer ma propre idéologie communiste (à l?UE). J?utilise le système capitaliste, mais de façon juste.»


Les drapeaux du Che Guevara flottaient dans la capitale

« Il est dévoué», décrypte un proche qui a grandi avec lui à Dikomo. C?est dans cette ville, aujourd?hui occupée par la Turquie, que Demetris Christofias fait ses armes en politique. « Ses parents étaient pauvres, rappelle son ami. Sa situation sociale l?a encouragé à s?investir politiquement. » A 14 ans, celui qui a « une âme de rassembleur » rejoint l'organisation lycéenne Peom (Fédération panchypriote du travail). À sa majorité, Demetris Christofias embrasse le communisme et intègre l'Edon, l?Organisation de jeunesse proche d'Akel. Il en devient secrétaire général en 1977. « Déterminé et têtu », selon son ami, le jeune entre en 1982 au Comité central d?Akel. Il en devient le secrétaire général six ans plus tard. Député en 1991, le marxiste est élu en 2008 6ème président de Chypre avec 53,4% des voix. Le soir du scrutin, les drapeaux du Che Guevara flottent dans la capitale. Nicosie est rouge. Mais l?étiquette communiste du politicien de 66 ans, inquiète. Les observateurs jugent toutefois sa politique de « sociale-démocrate ».


L?attachement à Moscou


Chypre compte 35 000 Russes sur 830 000 habitants. Demetris Christofias est familier du pays de Poutine. De 1969 à 1975, il a étudié les sciences sociales en URSS. Le président qui se targue d?être « le mouton rouge de l?Europe », et assimile la dissolution de l?Union soviétique à « un crime contre l?humanité », cultive sa proximité avec Moscou, à qui il vient de réclamer un prêt de 5 milliards d?euros. Pour Demetris Christofias, « L?UE doit avoir des relations d?amitié avec la Russie, qui fait partie de l?Europe. » Selon Mike Nicolaides, un patron chypriote, « beaucoup désapprouvent sa politique influencée par la mentalité russe. » Et de lâcher : «C?est un enfant de la Russie sans vraie vision européenne, même s?il a fait des efforts ces dernières années. »


Echec des négociations sur le mur


En 2008, Demetris Christofias fait de la réunification de l?île le fer de lance de son mandat. La relance des négociations, avec Mehmet Ali Talat, chef de la zone turque occupée, est accueillie avec ferveur chez les Chypriotes Grecs mais aussi chez les Turcs Chypriotes, dont 400 votent pour la première fois à la présidentielle. Sous l'égide des Nations unies, les tractations s?intensifient jusqu?en 2011 mais finissent par se bloquer en janvier 2012. A l?issue d?une 5ème réunion avec l?ONU, la situation reste dans l?impasse. Demetris Christofias jette l?éponge en mai dernier et annonce qu'il ne se représentera pas à la présidence « puisqu'il n'y a aucun espoir de régler le problème chypriote avant la fin de (son) mandat.»

Excès d?Etat providence

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L'économie chypriote est au plus mal. L?île qui a demandé une aide pour ses banques est en récession de (-0,8% attendu en 2012). Le pouvoir d?achat des ménages chuterait de 10% de 2010 à 2013. Le déficit public est de 6 ,7% du PIB. Selon l?économiste Alexis Michaeledis, une des erreurs du président a été « l?augmentation spectaculaire des aides sociales. » L?universitaire détaille : «Selon Christofias, nous avions un retard sur nos partenaires européens quant aux dépenses sociales.» Problème: «Il n?y avait aucun système pour assurer que l'argent aille aux personnes nécessiteuses.» Crise oblige, depuis mai 2011, une pointe de rigueur a été imposée en Chypre. Georges Sklavos, du ministère des Finances, résume: « Nous réduisons de 5000 agents (sur 52 000) la fonction publique. Les aides accordées sont plus ciblées aujourd?hui. » Malgré tout, Demetris Christofias rejette l?austérité. « On ne peut pas résoudre la crise économique uniquement par une politique d'austérité budgétaire. On ne peut pas avancer (?) sans répartition plus graduelle et plus juste des richesses produites dans l'UE. Voilà notre philosophie.»

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Elisa Perrigueur, à Nicosie

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