Les agences de notation seraient-elles plus dures avec les pays en difficulté ?

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En réponse à la critique formulée dans l'étude, un porte-parole de Fitch a dit que l'agence était totalement confiante dans la qualité, la transparence et la rigueur de la méthodologie et des procédures étayant ses notations et ses recherches analytiques. /Copyright Reuters
En réponse à la critique formulée dans l'étude, un porte-parole de Fitch a dit que l'agence était "totalement confiante dans la qualité, la transparence et la rigueur de la méthodologie et des procédures étayant ses notations et ses recherches analytiques." /Copyright Reuters
Dans une étude, deux économistes de l'Université suisse de St Gallen concluent leur recherche en indiquant que les agences de notation se sont montrées de plus en plus sévères dans leurs notes au fur et à mesure que la crise de l'euro s'est intensifiée. Les agences contestent la méthodologie de l'étude.

Les agences de notation ont aggravé la crise de la dette au sein de la zone euro en se montrant plus sévères dans leurs dégradations qu'elles ne l'étaient avant son déclenchement en 2009, estiment des économistes de l'université de St. Gallen en Suisse dans une étude intitulée "Rating agencies, self-fulfilling prophecy and multiple equilibria? An empirical model of the European sovereign debt crisis 2009-2011".

Manfred Gärtner et Bjorn Griesbach ont examiné les liens entre l'évolution des taux d'intérêt et d'autres variables économiques et celle des notes des émetteurs souverains ainsi que l'impact des changements de ces dernières sur les coûts de financement des pays de la zone euro sur la période 2009-2011.

Manque de constance

Selon eux les agences de notation ont manqué de constance dans leurs décisions, devenant de plus en plus sévères au fur et à mesure de l'approfondissement de la crise, réduisant les notes d'un cran de plus en moyenne qu'elles ne le faisaient avant son déclenchement pour un niveau comparable de taux d'intérêt.

Le Portugal, l'Irlande et la Grèce, qui ont dû faire appel à l'aide internationale, ont vu leur note abaissée de 2,3 crans de plus en moyenne qu'elle ne l'aurait été si les critères prévalant avant le déclenchement de la crise avaient continué d'être appliqués.

Il en a été de même pour l'Espagne qui a accepté un plan d'aide de 100 milliards d'euros maximum pour renflouer ses banques mais que la forte hausse de ses coûts de financement pourrait contraindre à solliciter un plan d'aide de plus grande ampleur.

"Un grand nombre de pays de la zone euro (...) ont été traités d'une manière qui diffère de celle qui leur était appliquée avant la crise financière et de la manière dont d'autres pays sont encore traités actuellement", a déclaré Manfred Gärtner, professeur d'économie à l'université de St. Gallen.

Le cas exemplaire de l'Irlande

Il a cité l'exemple de l'Irlande en disant que ses problèmes de dette et de déficit auraient justifié une dégradation de 1,5 cran en appliquant les critères en vigueur avant la crise. "En réalité, leur note a été abaissée de sept crans et une dégradation de cette ampleur aurait précipité n'importe quel pays dans de profondes difficultés", a-t-il dit.

Standard & Poor's et Moody's ont contesté cette étude tandis qu'un porte-parole de Fitch a dit que l'agence était "totalement confiante dans la qualité, la transparence et la rigueur de la méthodologie et des procédures étayant ses notations et ses recherches analytiques."

Standard & Poor's a estimé que l'étude était "fondamentalement défectueuse" dans sa méthodologie comme dans ses conclusions, ajoutant que ses notes avaient été au fil du temps un excellent indicateur des défauts à venir.

"Comme nous l'avons constaté tout au long de l'histoire de l'euro, les notations ne sont qu'un facteur parmi beaucoup d'autres qui influent sur le comportement des marchés", écrit l'agence de notation dans un communiqué.

Un porte-parole de Moody's a déclaré que "les notations souveraines n'ont pas contribué à la crise", expliquant que "les problèmes économiques et structurels qui en sont la cause ultime sont bien connus".

"Les notations de Moody's, tout au long de la crise, se sont révélés plus stable que les mesures de la qualité de crédit fondées sur les marchés d'actions ou d'obligations", a-t-il ajouté.

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a écrit le 01/11/2013 à 0:12 :
En fait la chaine devait s’appeler uppercut…
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a écrit le 13/08/2012 à 20:07 :
Si un pays est en faillite il faut réduire la notation. C'est simple.
a écrit le 30/07/2012 à 18:29 :
@Tyler
C'est très exactement ça. Et oui, quand je parlais de news-feeds, j'y incluais les blogs spécialisées entre autres qui sont de plus en plus suivis. Cependant, en dehors de quelques rares d'entre eux réellement initiateurs d'analyse ou de news (je pense par exemple à Zero Hedge, Market Ticker, Boom Bust Blog par exemple), la grande majorité ne rédige qu'en réaction à des dépêches d'agence, soit directement, soit par ricochet. La nature donc des flux d'information pertinents au regard des analyses est tout de même sous influence. Déterminer l'enjeu du débat est l'équivallent de choisir le lieu de la battaille pour un chef de guerre. Les blogs capables de sortir de ce paradygme sont rares et les journalistes professionnels encore plus (je pense à Lauren Lyster de Capital Account par exemple).
Je ne connaissais pas cet avatar du principe de Schroedinger, mais le parallèle est tout à fait parlant. Une des limites de l'utilisation des modèles et que vous sous-entendez (je crois) est précisément leur automatisme. Il n'y a pas de latence ou de "délai" de réflexion. Quel que soit l'algorythme c'est du brut. Donc, malgré leur caractère "propriétaire", c'est à dire l'originalité supposée de leur fondement, ainsi que celle des stratégies qu'ils sont supposés servir, on aboutit de facto à une concentration plus importante de leur action que leur équivallent humain, en tout cas a priori. Comme par ailleurs l'itération de leur analyse (et c'est peut-être là le point le plus crutial) est également sans commune mesure avec leur équivallent humain, et que contrairement à ce dernier (en tout cas je n'ai jamais entendu citer d'exemple allant dans ce sens) ils ne retiennent pas de biais lié à leur action précédente et ne doutent pas, ils pourraient (peuvent?) être utilisés malgré eux, comme des propagateurs sur le marché d'une action informationnelle concertée.
Si on tient compte du fait (je crois de plus en plus évident) que les marchés (indices serait plus juste) sont devenus un objet de marketing (certains diraient de propagande) plutôt que de découverte des prix, il y a là une fenêtre d'opportunité que je ne crois pas reste inexploitée.
Sur la notion d'effet pervers, il qualifie simplement l'incapacité pour l'initateur d'une action d'anticiper correctement toutes ses conséquences. Souvent, il s'agit de mesures coercitives prises par le législateur ou une autorité réglementaire afin de lutter contre un comportement qu'il veut modifier ou en favoriser un qu'il veut induire. C'est au final souvent la volonté de contraindre le marché pour le propos qui nous intéresse. On sait que ça ne fonctionne pas. "Where there's a will, there's a way" dit le dicton. Je remarque d'ailleurs que dans tout échange volontaire (n'est-ce finalement pas ça un marché) il y a nécessairement un équilibre. Donc vouloir le modifier par la contrainte dans un ensemble complexe ne peut que faire se déplacer le problème, afin qu'au final l'équilibre soit trouvé par un autre moyen, d'où le jeu illusoire de la réglementation de cette nature qui s'appuie sur l'inertie et les forces de frottement (pour reprendre votre référence à la physique) pour faire prévaloir cette "violence" contre l'ordre naturel auquel elle s'attaque. Les résultats ne peuvent qu'être temporaires et le sujet déplacé, d'où en partie l'inflation réglementaire qu'on connait à mon avis. Au bout du bout, il faudra soit revenir aux fondamentaux du marché ou celui-ci n'existera plus en tant que tel (on n'en est pas loin).
Un point de détail sur ce que vous évoquez pour la réaction du marché à la dégradation de la note souveraine sur les obligations d'état de la France et des US: il me semble que cela tient peut être plus de ce que les acteurs estiment possible de la part de leurs banques centrales, et en tout cas du délai, de la transparence et des moyens d'intervention disponibles. L'avènement du ZIRP et de la fin (de facto) de l'aléa moral sont à mon avis de cet ordre. On augmente artificiellement la valeur des actifs de cette classe, démontrant au passage que le problème est bien un problème de solvabilité avant tout. Par ailleurs le spread entre la France et l'Allemagne est in fine une mesure de la contrainte imposée (l'Euro et sa construction) sur un système "naturel".
a écrit le 30/07/2012 à 14:18 :
L'Etat français (qui n'est pas la France ni son peuple) est le maillon faible de l'Europe. L'Europe est malade de l'Etat français socialiste et pourtant l'Etat français conserve une note imméritée. C'est bien la preuve que les agences ne s'attaquent pas aux Etats faibles.
a écrit le 30/07/2012 à 12:05 :
Les agences donnent l'impression de courir derrière leur crédibilité.
a écrit le 30/07/2012 à 12:01 :
Même si de nombreux pays en Europe ont abusés du crédit par manque de volonté politique, force est de constater que si les mêmes critéres étaient appliqués aux Etats Unis, ce pays devrait être depuis longtemps dégradé de plusiers crans. Peut être que la nationalité des agences de notation les rend plus conciliants face à certains niveaux de dettes. Peut être que les USA sont trop puissants pour leur imposer quoique ce soit!. L'on peut se poser la question si tout celà ne reléve pas de la guerre économique actuelle. Affaiblir fortement une Europe qui est encore riche permettra le transfert de la production vers d'autres contrées et donc enrichir d'autres pays, diminuer le nombre de prétendants à l'utilisation de matiéres premiéres de plus en plus rares et profiter, cerise sur le gâteau, de cette déconfiture par la spéculation. A quand les Etats Unis d'Europe et un gouvernement fédéral européen fort d'une économie encore solide globalement et apte à lutter efficacement dans cette guerre où les prédateurs en tous genres officient. L'Union fait la force.
Réponse de le 30/07/2012 à 14:46 :
Encore une fois, n'oubliez pas que les USA ont ete degrade l'ete dernier par S&P... Avant la France donc.
a écrit le 30/07/2012 à 9:06 :
C'est évident!!.
Oooui...les agences ne font que d'étudier et de constater le défaut des pays à peine solvables, les marchés se tournent vers ces officines pour fixer les taux d'intérêts pour les prêts consentis aux états!.
C'est comme vous, si vous êtes plein aux as, des biens immobiliers un peu partout, votre banquier vous déroulera le tapis rouge et vous prêtera autant d'argent que vous le souhaitez à des taux très bas; si par malchance votre patrimoine se résume à des dettes, crédit en cours sur la maison, crédit sur votre voiture, vos équipements de la maison et que vos revenus sont assez maigres, il va sans dire que votre banquier ne vous regarderas pas de la même façon et vous obtiendrez difficilement un nouveau prêt, si toutefois il vous est accordé, ce sera avec des taux d'intérêts très élevés!.
Réponse de le 30/07/2012 à 14:13 :
Si vous avez des dettes, ce n'est pas par malchance mais par choix volontaire. S'endetter ou épargner, c'est un choix de vie personnel : rien à voir avec la chance. Les pays, c'est pareil.
a écrit le 29/07/2012 à 23:41 :
Le lien direct vers le site: http://foolsonthehillmovie.com/
a écrit le 29/07/2012 à 23:38 :
De toute façon, il n'y a pas à tortiller: ou les agences ont fait leur boulot, y compris en appliquant des législations biaisées, auquel cas il faut s'attacher à ces dernières et au pourquoi elles ont été votées et on retombe sur ce simple fait: il y a bien longtemps qu le législateur (ici comme aux US) n'écrit plus aucune loi (il n'en a pas la compétence, ni le courage, ni l'envie selon) et que les "régulateurs" et autres gendarmes délégués sont des enceintes peuplées de ceux-là mêmes qu'ils sont censés surveiller.
Les texes de loi devraient être lisibles et lus, discutés avant leur vote, y compris en les rendant publics avant afin de faciliter les réactions de la société civile hors les lobbies et représentants institutionnels qui ne remplissent plus leur fonction.
Et tout manquement et de la part des régulateurs et des acteurs doit être systématiquement poursuivi et sanctionné. Et quand il est sanctionné, ce doit être au profit de ceux qui sont lésés et non de l'état (fini les amendes qui ne sont que des taxes d'enregistrement) et surtout ils doivent l'être intuitu personnae. Faire payer une amende par une entreprise dont le montant est de 10% de la fraude ou du bénéfice concerné est insuffisant, mais la faire payer au final par le client qui est ainsi lésé deux fois est proprement insupportable et un véritable déni de justice.
Histoire de nous rappeler les choses élémentaires, voici le film d'un gars qui en a eu assez: Jerrol Lebaron. Son docu s'appelle "Fools on the Hill".
http://www.honorinoffice.org/
Réponse de le 30/07/2012 à 10:32 :
Je ne vois pas le lien entre votre reaction et l'article...
Réponse de le 30/07/2012 à 10:32 :
Je ne vois pas le lien entre votre reaction et l'article...
Réponse de le 30/07/2012 à 12:07 :
Simple citoyen dit que les gens dans les agences de notation sont juges et parties (enfin si j'ai bien compris, je ne veux pas parler à sa place non plus).
Réponse de le 30/07/2012 à 12:26 :
@Tyler: Oui, vous avez raison, je me suis totalement trompé d'article. Impossible de supprimer le commentaire cela dit. Merci pour l'avoir remarqué. ;-)
Réponse de le 30/07/2012 à 12:56 :
@Havoc. C'est également un peu vrai Havoc, mais la teneur précise de cet article adresse un tout autre problème que celui auquel je réagissais. Le sujet est cela dit intéressant à plus d'un titre.
Dans beaucoup de systèmes de décision avec des acteurs dont les comportements (décisions) sont dictés par des règles endogènes et exogènes, les circuits en boucle crééent souvent problème. Celui qui est étudié indirectement ici tient à la nature des critères d'évaluation. La question étant de savoir si in fine ces critères reflètent la réalité ou non. J'ai tendance à penser que oui. Car ce qui est critiqué ici serait l'influence (indue?) de la "connaissance" (évaluation, mesure et ses conséquences, y compris celles dictées par la législation) sur la décision. Mais la réalité est-elle différente? Dire qu'elle l'est reviendrait à dire que le système d'équilibre ne saurait être détruit par la connaissance d'une information sur son état réel... plutôt contradictoire à mon avis.
Pour le dire autrement, si le jugement porté sur l'état des finances d'un acteur (notation) est crédible, et qu'il entraine uen décision en conséquence, en quoi cela opse-t-il problème? En quoi cela serait-il différent du phénomène très humain de la perte de confiance, telle qu'on la retrouve dans un "bank run" par exemple? Doit-on lutter contre ce type de réaction? Je ne le crois pas, car c'est la sanction normale de la perte de confiance, qui est au coeur de ce système. Critiquer le modèle pour en revenir à ça est ridicule. Cela reviendrait à dire qu'on ne peut pas (doit pas?) émettre de jugement fondé sur une certaine classe d'actifs par exemple.
Le seul lien (mais je répète que ce n'est initialement pas mon intention) entre ce que j'adressais et cette situation, tient au fait que le législateur a cru bon d'imposer un niveau formel (rating) pour une certaine classe d'actifs, dont la détention est elle-même régulée et imposée. La véritable origine du "self-fulfilling process" est à mon avis là. On substitue au jugement des acteurs, celui de la réglementation, dans un domaine où précisément c'est le jugement des acteurs et leur perception (confiance) qui conditionne la décision. Lui substituer un jugement "réglementaire" le délie de son obligation de décision: c'est le critère essentiel, car alors l'effet de "self-fulfillment" devient mécanique et donc lui-même intégrable dans les modèles, créant littéralement un "levier".
J'espère avoir été assez clair, malgré un rédaction en quelques minutes.
Ah, et un autre point que je voulais mentionner: il existe un nouveau risque dont peu parlent à ce niveau. La présence de plus en plus importante dans la rédaction des dépêches de programmes automatiques. Quand on sait qu'une partie (tous?) des algos de trading automatique prennent en compte un certain nombre de "news feeds", on risque de se trouver en présence d'un effet beaucoup plus dévastateur de ce genre de "self-fulfilling prophecy"... Au point que je me demande parfois si cela n'influence pas d'ores et déjà la rédaction d'un certain nombre de brèves sur l'état des marchés, que de nombreux lecteurs et commentateurs trouvent de plus en plus déconnectés de la réalité, avec des accroches (titres en particulier) peu en rapport avec les faits. Manip ou tentative de limitation de ce biais?
Réponse de le 30/07/2012 à 13:52 :
"Le seul lien (mais je répète que ce n'est initialement pas mon intention) entre ce que j'adressais et cette situation, tient au fait que le législateur a cru bon d'imposer un niveau formel (rating) pour une certaine classe d'actifs, dont la détention est elle-même régulée et imposée": je vous rejoins sur ce point-la, si toutefois je vous suis bien. Ce que vous evoquez la se rapproche de la notion de "Schrodinger Market" (ou comment la mesure influence-t-elle ce que l'on cherche a observer, en reference au celebre physicien et a son apport concernant la mecanique quantique...). D'un cote, on a vu a de nombreuses occasions que les marches n'attendent pas les decisions des agences de notation pour se faire une idee (i.e. voir le spread entre bonds allemands et francais l'annee derniere, avant la degradation de la note Francaise: les prix des obligations francaises ne correspondaient clairement plus a AAA. A l'inverse, Les T-bonds aux US n'ont pas souffert de la degradation de S&P de la dette souveraine americaine l'ete dernier). Mais d'un autre cote, le fait que l'on utilise les notations des agences comme criteres reglementaires (i.e. normes Bales II, ou encore categorie d'investissements autorises pour un certain nombre d'institutionnels) cree un effet "pervers", en tout cas mecanique (pervers n'est peut-etre pas le bon terme, car est-ce finalement une mauvaise chose ou non? C'est une autre question). Sinon, votre point sur les algo de trading est interessant, mais c'est difficile a mesurer... Les algos utilisent certes les news feeds, mais egalement les reseaux sociaux (Twitter par exemple) et blogs specialises pour anticiper les sentiments de marche...
Réponse de le 30/07/2012 à 17:26 :
C'est également un peu vrai Havoc, mais la teneur précise de cet article adresse un tout autre problème que celui auquel je réagissais. Le sujet est cela dit intéressant à plus d'un titre.
Dans beaucoup de systèmes de décision avec des acteurs dont les comportements (décisions) sont dictés par des règles endogènes et exogènes, les circuits en boucle crééent souvent problème. Celui qui est étudié indirectement ici tient à la nature des critères d'évaluation. La question étant de savoir si in fine ces critères reflètent la réalité ou non. J'ai tendance à penser que oui. Car ce qui est critiqué ici serait l'influence (indue?) de la "connaissance" (évaluation, mesure et ses conséquences, y compris celles dictées par la législation) sur la décision. Mais la réalité est-elle différente? Dire qu'elle l'est reviendrait à dire que le système d'équilibre ne saurait être détruit par la connaissance d'une information sur son état réel... plutôt contradictoire à mon avis.
Pour le dire autrement, si le jugement porté sur l'état des finances d'un acteur (notation) est crédible, et qu'il entraine uen décision en conséquence, en quoi cela opse-t-il problème? En quoi cela serait-il différent du phénomène très humain de la perte de confiance, telle qu'on la retrouve dans un "bank run" par exemple? Doit-on lutter contre ce type de réaction? Je ne le crois pas, car c'est la sanction normale de la perte de confiance, qui est au coeur de ce système. Critiquer le modèle pour en revenir à ça est ridicule. Cela reviendrait à dire qu'on ne peut pas (doit pas?) émettre de jugement fondé sur une certaine classe d'actifs par exemple.
Le seul lien (mais je répète que ce n'est initialement pas mon intention) entre ce que j'adressais et cette situation, tient au fait que le législateur a cru bon d'imposer un niveau formel (rating) pour une certaine classe d'actifs, dont la détention est elle-même régulée et imposée. La véritable origine du "self-fulfilling process" est à mon avis là. On substitue au jugement des acteurs, celui de la réglementation, dans un domaine où précisément c'est le jugement des acteurs et leur perception (confiance) qui conditionne la décision. Lui substituer un jugement "réglementaire" le délie de son obligation de décision: c'est le critère essentiel, car alors l'effet de "self-fulfillment" devient mécanique et donc lui-même intégrable dans les modèles, créant littéralement un "levier".
J'espère avoir été assez clair, malgré un rédaction en quelques minutes.
Ah, et un autre point que je voulais mentionner: il existe un nouveau risque dont peu parlent à ce niveau. La présence de plus en plus importante dans la rédaction des dépêches de programmes automatiques. Quand on sait qu'une partie (tous?) des algos de trading automatique prennent en compte un certain nombre de "news feeds", on risque de se trouver en présence d'un effet beaucoup plus dévastateur de ce genre de "self-fulfilling prophecy"... Au point que je me demande parfois si cela n'influence pas d'ores et déjà la rédaction d'un certain nombre de brèves sur l'état des marchés, que de nombreux lecteurs et commentateurs trouvent de plus en plus déconnectés de la réalité, avec des accroches (titres en particulier) peu en rapport avec les faits. Manip ou tentative de limitation de ce biais?



C'est très exactement ça. Et oui, quand je parlais de news-feeds, j'y incluais les blogs spécialisées entre autres qui sont de plus en plus suivis. Cependant, en dehors de quelques rares d'entre eux réellement initiateurs d'analyse ou de news (je pense par exemple à Zero Hedge, Market Ticker, Boom Bust Blog par exemple), la grande majorité ne rédige qu'en réaction à des dépêches d'agence, soit directement, soit par ricochet. La nature donc des flux d'information pertinents au regard des analyses est tout de même sous influence. Déterminer l'enjeu du débat est l'équivallent de choisir le lieu de la battaille pour un chef de guerre. Les blogs capables de sortir de ce paradygme sont rares et les journalistes professionnels encore plus (je pense à Lauren Lyster de Capital Account par exemple).
Je ne connaissais pas cet avatar du principe de Schroedinger, mais le parallèle est tout à fait parlant. Une des limites de l'utilisation des modèles et que vous sous-entendez (je crois) est précisément leur automatisme. Il n'y a pas de latence ou de "délai" de réflexion. Quel que soit l'algorythme c'est du brut. Donc, malgré leur caractère "propriétaire", c'est à dire l'originalité supposée de leur fondement, ainsi que celle des stratégies qu'ils sont supposés servir, on aboutit de facto à une concentration plus importante de leur action que leur équivallent humain, en tout cas a priori. Comme par ailleurs l'itération de leur analyse (et c'est peut-être là le point le plus crutial) est également sans commune mesure avec leur équivallent humain, et que contrairement à ce dernier (en tout cas je n'ai jamais entendu citer d'exemple allant dans ce sens) ils ne retiennent pas de biais lié à leur action précédente et ne doutent pas, ils pourraient (peuvent?) être utilisés malgré eux, comme des propagateurs sur le marché d'une action informationnelle concertée.
Si on tient compte du fait (je crois de plus en plus évident) que les marchés (indices serait plus juste) sont devenus un objet de marketing (certains diraient de propagande) plutôt que de découverte des prix, il y a là une fenêtre d'opportunité que je ne crois pas reste inexploitée.
Sur la notion d'effet pervers, il qualifie simplement l'incapacité pour l'initateur d'une action d'anticiper correctement toutes ses conséquences. Souvent, il s'agit de mesures coercitives prises par le législateur ou une autorité réglementaire afin de lutter contre un comportement qu'il veut modifier ou en favoriser un qu'il veut induire. C'est au final souvent la volonté de contraindre le marché pour le propos qui nous intéresse. On sait que ça ne fonctionne pas. "Where there's a will, there's a way" dit le dicton. Je remarque d'ailleurs que dans tout échange volontaire (n'est-ce finalement pas ça un marché) il y a nécessairement un équilibre. Donc vouloir le modifier par la contrainte dans un ensemble complexe ne peut que faire se déplacer le problème, afin qu'au final l'équilibre soit trouvé par un autre moyen, d'où le jeu illusoire de la réglementation de cette nature qui s'appuie sur l'inertie et les forces de frottement (pour reprendre votre référence à la physique) pour faire prévaloir cette "violence" contre l'ordre naturel auquel elle s'attaque. Les résultats ne peuvent qu'être temporaires et le sujet déplacé, d'où en partie l'inflation réglementaire qu'on connait à mon avis. Au bout du bout, il faudra soit revenir aux fondamentaux du marché ou celui-ci n'existera plus en tant que tel (on n'en est pas loin).
Un point de détail sur ce que vous évoquez pour la réaction du marché à la dégradation de la note souveraine sur les obligations d'état de la France et des US: il me semble que cela tient peut être plus de ce que les acteurs estiment possible de la part de leurs banques centrales, et en tout cas du délai, de la transparence et des moyens d'intervention disponibles. L'avènement du ZIRP et de la fin (de facto) de l'aléa moral sont à mon avis de cet ordre. On augmente artificiellement la valeur des actifs de cette classe, démontrant au passage que le problème est bien un problème de solvabilité avant tout. Par ailleurs le spread entre la France et l'Allemagne est in fine une mesure de la contrainte imposée (l'Euro et sa construction) sur un système "naturel".
Réponse de le 30/07/2012 à 18:28 :
désolé, je reprends le fil plus haut, erreur de manip... ;-)
si le modérateur a la gentillesse d'éliminer ce post ci dessus.

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